Cresci, une saga niçoise entre audace et fidélité à un esprit familial

Pour Ludovic Cresci, fils du fondateur et aujourd’hui aux commandes des établissements familiaux, cette placette, située à l’angle de l’avenue de Suède et de l’avenue Maccarani, représente « une joie immense » . Elle consacre le parcours d’un homme qui « en dehors du fait qu’il avait beaucoup de charisme, a tiré le monde autour de lui » tout en imaginant très tôt le potentiel stratégique de cet emplacement. Un emplacement situé à l’ouest du Paillon, au confluent de plusieurs rues très fréquentées, où passait à l’époque la route nationale 7.

Pour Francis Cresci, l’enfant de Riquier, l’histoire entrepreneuriale débute au début des années 1950 avec le Hot Club puis le Whisky Club, avant l’ouverture de La Pizza Cresci à Nice en 1956, puis quatre ans plus tard à Cannes. Suivront la Taverne bavaroise -devenue Taverne Masséna- en 1963 et le restaurant Le Québec quelques années plus tard (1965). « Il a eu l’idée de créer la Taverne à la suite de la fête de la bière à Munich et des accords entre De Gaulle et Adenauer. Elle symbolisait le rapprochement avec l’Allemagne. Le Québec est une référence au Québec Libre » , résume Ludovic Crecsi. Deux hôtels niçois, transformés ensuite en résidences (le Share Inn et le Club Inn), viendront compléter ce développement à la fin des années 90, début 2000. Autant d’initiatives qui traduisent l’audace, le charisme et l’enthousiasme, sans oublier le côté visionnaire, que Ludovic Cresci attribue à son père. Un entrepreneur animé par la volonté de « faire s’effondrer les barrières pécuniaires » pour rassembler toutes les clientèles autour d’une même expérience festive.

Avant de devenir le « créateur du premier restaurant de pizza de France » comme l’indique l’encadré présent sur la placette, celui qui a aussi eu l’idée de démocratiser les burgers avec Le Québec, multiplie les expériences. Des saisons au casino de Trouville, en passant par l’ouverture du casino de Marrakech, sans oublier un passage dans un pub londonien après-guerre, aiguiseront son appétit entrepreneurial. Un parcours nourri par une conviction forte : démocratiser la fête et la convivialité. La pizza devient un produit fédérateur, pensé comme un plat accessible au prix d’une place de cinéma, avec un four visible depuis la rue pour créer une véritable animation. Sa signature ? Une pizza en demie-lune « ni romaine, ni napolitaine, ni américaine » , située « entre deux » , à la fois croustillante et gourmande avec du fromage français, devenue au fil des décennies une « madeleine de Proust » pour plusieurs générations de clients. L’enseigne accueille « toutes les bourses » . Célébrités de toutes les époques (De Shakira à Johnny Depp en passant par Édith Piaf et Charles Aznavour) comme anonymes s’y côtoient sans traitement particulier, un principe qui constitue encore aujourd’hui l’ADN même de l’entreprise. « Les pizzas n’ont pas changé. Tout le monde s’assoie au même endroit autour de nos petites tables qui favorisent les rencontres » .

Proximité humaine et croissance maîtrisée

La reprise par Ludovic Cresci s’est opérée en douceur. Après des études de commerce et une expérience bancaire de sept ans à Singapour, il rejoint son père à 30 ans. « Main dans la main, tous les deux, nous avons travaillé ensemble » , raconte-t-il, évoquant une transition fondée sur le respect de l’existant et l’ouverture aux idées nouvelles. Aujourd’hui, si la pizza est à la carte de tous les restaurants, chaque adresse conserve sa personnalité. A Nice, la pizzeria historique demeure « chère au cœur » de la clientèle, tandis que l’établissement cannois, situé Quai Saint-Pierre, s’impose comme le plus « grandiose » avec jusqu’à 450 couverts en été. La Taverne Masséna cultive l’esprit de brasserie française, quand Le Québec assume une ambiance nord-américaine davantage tournée vers la viande.

Source de l’article : Tribuca.net

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