Crédit bancaire : une reprise concentrée sur la demande finale

La dynamique du crédit bancaire au Maroc s’est raffermie en novembre 2025, mais sans diffusion homogène à l’ensemble de l’économie. Les dernières statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib montrent une accélération portée principalement par les ménages et la consommation, tandis que l’investissement productif et les besoins de trésorerie des entreprises évoluent plus modestement.

Le crédit bancaire au secteur non financier a progressé, selon Bank Al-Maghrib, de 4,2% en glissement annuel en novembre 2025, contre 3,6% un mois auparavant. Cette amélioration marque une inflexion par rapport au rythme observé au cours des mois précédents, mais sa structure révèle une reprise concentrée sur la demande finale plutôt qu’un redémarrage généralisé du financement de l’économie. Les crédits au secteur privé enregistrent ainsi une hausse de 3,7%, tandis que ceux destinés au secteur public hors administration centrale progressent de 8,2%, un rythme stable mais en décélération pour les entreprises publiques.

La contribution des ménages apparaît déterminante dans cette évolution. Les concours qui leur sont destinés augmentent de 3,4% après 3,1% en octobre, portés principalement par les prêts à la consommation, dont la croissance s’accélère légèrement à 4,7%. Les crédits immobiliers, pour leur part, continuent de progresser mais à un rythme en léger ralentissement, passant de 3,2% à 3%, confirmant une dynamique modérée du marché résidentiel. Cette configuration suggère un recours accru au crédit pour soutenir la consommation courante, dans un contexte de pouvoir d’achat sous pression et d’arbitrages prudents des ménages.

Du côté des entreprises privées, la reprise demeure plus contenue. Les crédits accordés aux sociétés non financières privées progressent de 2,3%, contre 1,4% le mois précédent, signalant une amélioration, mais encore insuffisante pour traduire un cycle d’investissement pleinement enclenché. Les crédits à l’équipement, bien qu’affichant un niveau de croissance élevé, décélèrent marginalement à 16,2% après 16,4%, tandis que les facilités de trésorerie restent orientées à la baisse, malgré une atténuation du repli. Ces évolutions traduisent une approche encore sélective des entreprises, davantage tournées vers l’optimisation de leur structure financière que vers une expansion franche de leurs capacités productives.

Parallèlement, les indicateurs de qualité du crédit appellent à la vigilance. Les créances en souffrance enregistrent une hausse de 5,8% en glissement annuel, après 3,7% en octobre, portant leur ratio à 8,7% du total du crédit bancaire. Cette progression, bien que graduelle, souligne l’importance du maintien de standards prudentiels élevés dans un contexte de reprise encore partielle.

Dans l’ensemble, les données de novembre confirment une amélioration de la dynamique du crédit, mais centrée sur la consommation et les ménages, sans effet d’entraînement massif sur l’investissement productif, selon les statistiques monétaires publiées par Bank Al-Maghrib.

Cette configuration interroge la capacité du canal du crédit à jouer pleinement son rôle de levier de croissance, dans un contexte où l’abondance de liquidité ne se traduit pas encore par une expansion plus marquée de l’investissement privé. Elle renvoie également aux arbitrages des banques, entre soutien à la demande et gestion du risque, dans un environnement macroéconomique encore contrasté.

Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc