Conscientisation en Corée du Sud après l’affaire des tests d’entrée à la maternelle
La pression scolaire précoce est au cœur d’un débat national en Corée du Sud, après des révélations selon lesquelles de jeunes enfants, âgés dans certains cas d’à peine 3 ans, ont dû passer des examens écrits pour être admis dans des écoles prématernelles ou maternelles anglophones privées.
Face à la controverse, le Comité de l’éducation de l’Assemblée nationale de Corée du Sud a adopté le 8 décembre une modification à la loi visant à interdire ces examens d’entrée.
Si la modification est adoptée par l’Assemblée nationale, pour une entrée en vigueur en juin prochain, il interdira également aux écoles de langues et aux tuteurs privés de faire passer des tests d’admission aux enfants âgés de 3 à 6 ans.
Un documentaire de la chaîne télé sud-coréenne KBS a révélé l’existence de ces examens controversés en février dernier. Première étape d’un système d’éducation qui épuise les enfants, ces tests évaluent les compétences d’écoute, d’expression orale et écrite et de lecture, mais requièrent un niveau largement supérieur aux capacités de développement normales des enfants d’âge préscolaire.
KBS a également mis en lumière des problèmes systémiques, ces tests servant de porte d’entrée à des écoles prématernelles ou maternelles anglophones d’élite, dont un bon nombre sont situées dans le quartier Gangnam, à Séoul.
Préparer les tout-petits à devenir médecins
De nombreux parents perçoivent ces établissements comme un tremplin essentiel vers des programmes prestigieux promettant la maîtrise de l’anglais, un atout professionnel indéniable en Corée du Sud.
Les occasions continuent de se faire moins nombreuses, mais [l’anglais] demeure un avantage pour aller dans une bonne université. Dans ce contexte, la compétition pour entrer dans une bonne université devient de plus en plus féroce, expliquait au Washington Post Won-pyo Hong, professeur d’éducation à l’Université Yonsei à Séoul.
Le but de nombreux parents qui inscrivent leurs bambins dans les écoles et les garderies privées est de leur ouvrir les portes des meilleures universités du pays et des places très convoitées dans les facultés de médecine.
Près de 47,6 % des enfants sud-coréens de moins de 6 ans sont inscrits dans des écoles privées de rattrapage et dépassent souvent le niveau offert en classe. Le quart des enfants âgés de moins de 2 ans fréquentent déjà ces établissements, appelées hagwons. Avant même que ces enfants sachent parler correctement, on les prépare à l’examen d’entrée à l’université, réputé pour sa difficulté.
Ce n’est plus de l’éducation, mais un système qui s’apparente à une forme de maltraitance institutionnalisée, où la maternelle devient la ligne de front d’une compétition scolaire acharnée, commentait dans The Diplomat Soeun Jeon, chercheuse à l’Association nationale américaine des femmes en agriculture.
Les révélations de la chaîne KBS sur les tests préscolaires ont provoqué un tollé. De nombreuses voix se sont élevées pour critiquer ce système qui impose une pression scolaire intense et inutile à de très jeunes enfants, les privant ainsi de la chance de se reposer et de jouer normalement.
La bonne nouvelle est qu’une révolution discrète prend forme chez les jeunes générations. À mesure que les millénariaux et la génération Z deviennent parents, ils laissent paraître un changement d’attitude à l’égard de l’école et des cours de rattrapage presque obligatoires, estimait dans The Korea Herald Lim Woong, professeur à l’Université Yonsei.
Surmenage et troubles de santé mentale
Les détracteurs des tests d’admission à la prématernelle et à la maternelle ont soulevé le fait que cette exposition précoce aux pressions scolaires encourage les dépenses d’éducation privée, déjà astronomiques en Corée du Sud.
Selon une enquête du gouvernement coréen sur les coûts de l’éducation privée pour les enfants d’âge préscolaire, plus de 81 % des enfants de cinq ans recevaient une forme d’éducation privée l’an dernier.
Le coût moyen mensuel par enfant, pour une école d’anglais de niveau préscolaire, s’élevait à 1,545 million de wons (environ 1440 $) en 2022.
Si le système d’éducation sud-coréen est internationalement reconnu pour ses performances, s’étant classé en première ou deuxième place en mathématiques et en deuxième place pour la lecture et les sciences parmi les 81 pays participant au test PISA de 2022, le portrait de la santé mentale des jeunes Sud-Coréens soulève des inquiétudes.
La Corée du Sud se classe au 27e rang sur 36 pays de l’OCDE en matière de bien-être des enfants, avec des notes particulièrement faibles pour la santé mentale.
Selon le rapport de l’an dernier du Service de recherche de l’Assemblée nationale sud-coréenne, la proportion d’élèves du primaire dormant suffisamment a chuté à moins de 52 % en 2023.
La proportion d’élèves de première année à l’université identifiés comme étant à risque de suicide a augmenté, et le nombre de tentatives de suicide chez les étudiants a grimpé, passant de 3,66 % à 5,99 % en trois ans.
La Corée du Sud fait face au défi de démanteler son système obsédé par la performance pour reconstruire un avenir plus sain pour sa jeunesse, écrivait Mme Soeun Jeon dans The Diplomat.
Selon la modification de la loi portant sur les tests pour les tout-petits soumise à l’Assemblée nationale sud-coréenne, les écoles et les établissements privés contrevenants s’exposeraient à des amendes, à des suspensions de leur droit de pratique et même à la révocation de leur licence d’exploitation.
Mais l’efficacité de cette modification est déjà remise en question.
La proposition initiale visait à interdire tous les examens pour les jeunes enfants, mais la version finale est plus nuancée. Elle permettrait aux écoles et aux établissements privés de continuer à effectuer des vérifications orales du niveau des élèves une fois qu’ils sont inscrits.
Source de l’article : Radio-Canada



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