Conférence-débat de La Vie Eco / Investissement : L’État catalyseur au service d’une nouvelle dynamique privée
Un panel de haut niveau est revenu sur les ambitions chiffrées du Royaume, les réformes structurelles engagées et les défis relevés durant ces dernières années, dessinant ainsi les contours d’un modèle marocain en pleine mutation.
Débat : L’investissement public a été au cœur de la rencontre inaugurale du Cycle de conférences-débats de La Vie Eco pour l’année 2026. Représentants du secteur public et privé ont mis l’accent sur l’effet d’entraînement de cette dynamique transformationnelle de l’économie marocaine. Décryptage.
Le rôle de l’investissement public comme catalyseur d’une dynamique privée a été décrypté en profondeur lors de la séance inaugurale du cycle de conférences-débats de La Vie Eco pour l’année 2026. Entre l’ambition d’un État social et les impératifs de la souveraineté économique, un panel de haut niveau composé de Nadia Fettah, ministre de l’économie et des finances, Saadia Slaoui Bennani, vice-présidente de la CGEM, Brahim Benjelloun Touimi, président du conseil d’administration de la Bourse de Casablanca, et Larbi Jaïdi, professeur universitaire-Senior Fellow au Policy Center for the New South, est revenu sur les ambitions chiffrées du Royaume, les réformes structurelles engagées et les défis relevés durant ces dernières années, dessinant ainsi les contours d’un modèle marocain en pleine mutation. « L’investissement public au Maroc n’est plus un simple poste budgétaire, c’est désormais une doctrine. Le Royaume a fait ce choix assumé d’un État stratège, d’un État investisseur et planificateur avec l’ambition d’orienter les flux financiers et de structurer des filières et de préparer surtout les terrains à l’initiative privée » , rappelle dans ce sens Fahd Iraqi, directeur de publication de La Vie Eco, ouvrant ainsi le débat autour d’un paradigme de développement où la dépense publique devient un levier structurant de compétitivité, d’inclusion sociale et de transformation productive.
Les intervenants ont insisté, dans ce sens, sur le caractère clair et volontaire du pari engagé : considérer l’investissement public comme un moteur transformationnel pour l’économie nationale. « En modernisant les infrastructures et en consolidant les fondations économiques, cet investissement crée un socle solide, capable à la fois de renforcer les secteurs existants et d’en attirer de nouveaux, générant ainsi une croissance durable » , peut-on relever de Nadia Fettah, ministre de l’économie et des finances. Pour sa part, Larbi Jaïdi confirme le passage du Maroc d’un État investisseur à un État catalyseur créant ainsi un écosystème économique dynamique et résilient.
Un quinquennat record pour structurer les filières d’avenir
Les indicateurs dévoilés par la ministre de l’économie et des finances confirment la pertinence de cette transition. Il ressort que sur le quinquennat actuel, l’enveloppe projetée affiche une progression de 61 % atteignant un record de 1.600 milliards de dirhams contre 800 milliards de dirhams mobilisés durant la mandature précédente. Une évolution qui affiche la volonté du gouvernement d’orienter les flux financiers pour la structuration des filières d’avenir. Se référant à Nadia Fettah, « le taux d’exécution est globalement bon. Les décaissements se situent en effet dans des marges de progression soutenues avoisinant les 80% pour certains départements » .
Et de rappeler que « l’investissement est partout avec une concentration dans les secteurs sociaux, en l’occurrence la santé et l’éducation » . L’eau figure également parmi les secteurs prioritaires. L’engagement étant de sécuriser cette ressource face à la sécheresse structurelle en déployant un dispositif de plus de 140 milliards de dirhams pour la construction de barrages et la mise en œuvre de stations de dessalement. Le développement des infrastructures s’inscrit également dans cette logique de développement structurant. L’effort engagé vise entre autre, à faire bénéficier l’ensemble des territoires de leur juste quotité d’infrastructures et par conséquent assurer une meilleure équité spatiale. Au-delà des infrastructures, toute une panoplie d’interventions publiques est mobilisée. Les établissements et entreprises publics (EEP) poursuivent naturellement cette vocation. La ministre a évoqué dans ce sens le modèle réussi du groupe OCP qui déploie un important programme d’investissement couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, et ce de la recherche et développement jusqu’à la transformation industrielle en misant profondément sur la durabilité. Une démonstration concrète de la manière dont l’investissement public peut servir de catalyseur à l’innovation, à la souveraineté industrielle et à la compétitivité économique du Royaume.
Un effet d’entraînement confirmé par le secteur privé
Cette dynamique transformationnelle enchante le secteur privé. « On ne peut naturellement que se féliciter du montant des investissements qui sont réalisés par le secteur public. Ce qui est intéressant de souligner, c’est que cela devient assez structurel puisque sur 5 ans, il y a une augmentation de 90% » , assure de son côté Saadia Slaoui Bennani, manifestant le souhait que le public et le privé profitent l’un de l’élan de l’autre pour pérenniser et consolider cet effet d’entraînement. Les indicateurs semblent valider cette dynamique. L’investissement privé est passé de 100 à 120 milliards de dirhams en 2024. De même, l’objectif défini dans le Nouveau modèle de développement, à savoir d’inverser la tendance de l’investissement pour atteindre un ratio de deux tiers d’investissement privé pour un tiers de public à horizon 2035, semble en voie d’être atteint, avec même une perspective de dépassement.
Autre signal révélateur de la solidité de cette synergie est la bonne santé du secteur bancaire. Une performance qui, selon Brahim Benjelloun Touimiest, est portée par la dynamique d’investissement public, dans la mesure où les banques ont aligné leur stratégie de financement sur les priorités nationales et ont su innover dans leurs instruments et leurs mécanismes d’intervention. Le président du conseil d’administration de la Bourse de Casablanca a énuméré dans ce sens les prêts classiques, les financements syndiqués ainsi que les dispositifs de garantie. Le responsable note également l’émergence d’outils sophistiqués à l’image des fonds de dette. A cela s’ajoutent les mécanismes développés par l’État pour la monétisation de ces actifs à travers notamment les OPCI et les partenariats publics et privés qui, selon M. Benjelloun Touimi, permettent d’avoir « la signature sérieuse crédible de l’État en associant le secteur privé » .
Financements innovants et discipline budgétaire : Le pari !
La question de la soutenabilité budgétaire a été au cœur des discussions lors de la rencontre. L’occasion étant de mettre en lumière le choix établi par le Royaume, à savoir : investir pour transformer, financer avec pragmatisme et innovation, tout en maintenant une discipline macroéconomique rigoureuse. Dans ce sens, la ministre a rappelé la priorité donnée au marché domestique. « Environ 75% de la dette est financée sur le marché intérieur avec des maturités longues de plus de 8 ans et des taux maîtrisés autour de 4% » , a-t-elle souligné. Le recours aux marchés internationaux demeure également pertinent, notamment pour mobiliser des financements concessionnels et des devises. Les sorties restent ponctuelles et mesurées. « L’État intervient chaque semaine sur le marché domestique » , tacle la ministre. Et de préciser: « Ce qui est bien plus déterminant pour le coût global de financement » . Les financements innovants s’érigent également comme levier. Il s’agit notamment de la titrisation, des émissions obligataires spécifiques ou encore des mécanismes de mobilisation d’actifs permettant de générer de la liquidité sans alourdir directement la dette budgétaire. Se référant à la ministre, l’innovation financière se veut un outil complémentaire et non un substitut. Les financements innovants ne représentent, en effet, qu’environ 10 % de l’investissement total programmé sur cinq ans. Sur le plan du financement, le Fonds Mohammed VI joue le rôle d’accélérateur pour le secteur privé, notamment en termes de fonds propres. M. Jaïdi assure que ce Fonds crée un saut qualitatif en matière d’investissement par rapport aux modes de financement classiques. Une rupture qui générera plusieurs aspects positifs, notamment en termes de gestion des ressources. Un constat appuyé par Nadia Fettah qui assure que les fonds de capital-investissement et capital-risque créés ont permis de mobiliser 20 milliards de dirhams en trois ans, soit autant que le montant levé par cette industrie en 20 ans.
Source de l’article : Aujourd'hui le Maroc



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