Commune de Fès : 94% du budget d’équipement absorbés par la dette en 2026

Commune de Fès : 94% du budget d’équipement absorbés par la dette en 2026

Après avoir éprouvé des difficultés à faire valider ses comptes, la commune de Fès voit son budget 2026 dominé par le poids du passif. Le budget, visé par le ministère de l’Intérieur, révèle que 94,4% des crédits d’équipement sont désormais affectés au seul remboursement du capital de la dette.

Validé par le ministère de l’Intérieur après de vives difficultés d’adoption, le budget 2026 de Fès impose une cure d’austérité drastique à la collectivité. L’analyse des documents financiers validés révèle une situation de contrainte budgétaire extrême.

L’analyse des recettes et des dépenses met en lumière une collectivité territoriale engagée dans une phase de redressement financier strict où les marges de manœuvre pour l’investissement se réduisent drastiquement. La lecture des chiffres arrêtés au 31 décembre 2025 pour l’exercice à venir confirme que la priorité absolue demeure l’apurement des passifs financiers et juridiques au détriment des nouveaux projets de développement.

55 millions de dirhams pour le remboursement du capital

Le budget consacré à l’équipement illustre l’étroitesse des finances locales. Le montant total des crédits ouverts pour l’équipement s’établit à 58,2 MDH. L’analyse de l’affectation de cette enveloppe montre une distorsion structurelle puisque 54,98 MDH sont fléchés vers une ligne unique intitulée « Amortissement en capital des emprunts » .

Le calcul est arithmétique et indique que 94,4% des capacités d’investissement de la ville servent exclusivement à honorer les échéances dues aux organismes prêteurs dont le Fonds d’équipement communal.

Le reliquat disponible pour les travaux réels ou les acquisitions ne dépasse guère les 3,2 MDH pour une métropole de la taille de Fès. La section équipement perd ainsi sa vocation première de financement des infrastructures pour devenir un instrument comptable de remboursement de la dette bancaire.

40 MDH pour l’exécution des jugements

La section de fonctionnement peine à dégager l’excédent nécessaire pour alimenter la section d’investissement. L’analyse des charges obligatoires révèle le poids des contentieux sur les équilibres financiers. La ligne budgétaire dédiée aux frais d’exécution des jugements et conventions transactionnelles s’élève à 40 MDH pour l’exercice 2026.

Ce montant représente une charge considérable qui grève directement l’épargne de la commune. Il s’ajoute aux intérêts de la dette qui mobilisent plus de 15 MDH et aux dépenses incompressibles liées à la consommation d’eau et d’électricité.

L’accumulation de ces charges fixes limite la capacité de la ville à verser un excédent significatif vers la section d’équipement et explique la faiblesse structurelle de l’autofinancement. La gestion des affaires courantes absorbe la quasi-totalité des ressources disponibles.

308 MDH de transfert TVA

La structure des recettes de fonctionnement met en évidence une dépendance accrue aux transferts financiers de l’État. La part du produit de la TVA allouée à la commune atteint 308 MDH pour 2026 contre 257 millions l’année précédente.

Cette augmentation de plus de 50 millions de dirhams constitue une bouffée d’oxygène indispensable pour l’équilibre du budget global arrêté à 850 MDH. Les recettes propres issues de la fiscalité locale et de l’exploitation du domaine communal ne suffisent plus à couvrir l’intégralité des dépenses de fonctionnement.

Le ratio de couverture par les ressources internes s’effrite et place la collectivité dans une position d’attente vis-à-vis des dotations centrales. L’autonomie financière de la commune se trouve ainsi réduite par la nécessité de recourir à ces mécanismes de péréquation nationale pour assurer le paiement des salaires et le fonctionnement des services de base.

Zéro dirham de nouvel emprunt autorisé

Le budget de la commune entérine une pause complète dans le recours à l’endettement. La ligne recettes d’emprunt dans la section équipement affiche un solde nul. L’interdiction de contracter de nouveaux prêts impose à la commune de financer ses actions uniquement sur ses fonds propres alors que ceux-ci sont déjà siphonnés par le service de la dette existante.

Cette absence de leviers financiers externes contraint la collectivité à une gestion de pénurie. Les subventions aux associations sportives et culturelles ou les budgets d’animation subissent une stagnation ou des coupes.

Le budget 2026 se présente comme un exercice de transition comptable destiné à assainir les comptes plutôt qu’à lancer des chantiers structurants. Plusieurs membres des partis de l’opposition au sein de la commune avancent que la ville de Fès entame une année blanche en matière d’investissement public local.

Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma

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