Coaches africains : Pourquoi l’Europe ne leur fait pas confiance ?
CAN 2025 – Coaches africains : Pourquoi l’Europe ne leur fait pas confiance ?
Jamais les quatre demi-finalistes de la CAN n’avaient été coachés par quatre sélectionneurs africains. Cette tendance lourde n’est pas nouvelle et les trois dernières CAN ont été enlevées par des nations entraînées par des Africains. Pourtant, aucun grand club européen ne leur a encore fait confiance. Aliou Cissé et Djamel Belmadi n’ont pas franchi le pas. Mais alors, pourquoi ?
David Pagou restera comme l’une des stars inattendues de cette CAN 2025. Pourtant, le vénérable sélectionneur camerounais n’était pas programmé pour celle-ci. Il y a quelques mois encore, sa Fédération l’avait exilé dans un village à deux jours en voiture de Yaoundé mais, parce qu’il a le soutien indéfectible de Samuel Eto’o, le président, Pagou a pris sa revanche pour succéder à Marc Brys, le technicien belge démis de ses fonctions trois semaines avant la CAN. Pagou a fait sa carrière dans des clubs camerounais, n’a jamais mis le pied en Europe et a redonné des couleurs aux Lions indomptables.
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Il incarne, malgré l’élimination de sa sélection en quart, la réussite des coaches africains sur leur continent. Cette année, pour la première fois depuis les années 1960, les quatre demi-finalistes sont entraînés par des hommes du continent : Éric Chelle (Nigeria), Pape Thiaw (Sénégal), Hossam Hassan (Égypte) et, bien sûr, Walid Regragui (Maroc). Pour la quatrième fois consécutive après l’Algérie de Djamel Belmadi, le Sénégal d’Aliou Cissé et la Côte d’Ivoire d’Emerse Faé, le champion d’Afrique sera entraîné par un Africain. La tendance est donc lourde.
Un entraîneur africain sait ce que signifie porter le maillot et se battre pour son drapeau « Les entraîneurs africains comprennent les joueurs et leur mentalité, explique Samuel Eto’o sur le site de la CAF. Un entraîneur africain sait ce que signifie porter le maillot et se battre pour son drapeau. Cela n’a pas de prix. » L’idée du sorcier blanc a-t-elle vécu ? Quinze des 24 équipes de la CAN au Maroc sont coachées par des Africains, onze d’entre elles ont franchi les poules. Comment expliquer cette vague ? La nouvelle génération d’entraîneurs africains est incarnée, en grande majorité, par des anciens joueurs ayant évolué dans les plus grands championnats européens.
C’est le cas de Regragui, Thiaw et Chelle, trois des demi-finalistes. La première génération de joueurs ayant bénéficié de l’accord Cotonou (ndlr : signé en 2003 qui permettait en France de considérer un joueur issu de 76 pays d’Afrique comme un membre de l’Union européenne) irrigue désormais les bancs de touche. Parce qu’ils ont joué dans de grands championnats, leur crédibilité n’est plus un sujet dans des sélections qui sont aujourd’hui peuplées de joueurs qui, eux-mêmes, ont percé en Europe.
L’exception Habib Beye « Quand ton coach a joué en Ligue des Champions ou en Coupe du monde, tu l’écoutes, résumait l’an dernier Sadio Mané, qui a remporté la CAN 2022 sous les ordres de Cissé, ancien défenseur du PSG et de Portsmouth. Tu sais qu’il est passé par là avant toi. » En Afrique, tous les verrous ont sauté. Mais en Europe, ils restent puissants. Quel grand club européen a déjà confié son banc à un entraîneur africain ? Aucun. Les exemples existent dans les différentes divisions du championnat de France (Omar Daf à Amiens, Nasser Larguet à l’OM, Samba Diawara à Reims) mais ils sont rares.
Aujourd’hui, Habib Beye, à Rennes, et Ahmed Kantari, à Nantes, sont les seuls entraîneurs africains présents dans une des premières divisions du top 5 européen. « Je ne veux pas rentrer dans une forme de cliché et d’aller voir une logique à la nationalité, expliquait Beye en février dernier. Si on est bon dans ce qu’on fait, on inspirera peut-être d’autres. De dire par exemple ça, nous (les Africains), c’est fermé, non. » Belmadi et Cissé, triomphes sans lendemain
Pourtant, les profils ne manquent pas. Djamel Belmadi et Aliou Cissé ont remporté la CAN. Mais le premier entraîne au Qatar et le second la sélection libyenne. Très loin du gratin du foot international. « Combien y a-t-il d’entraîneurs africains en première ou deuxième division en Allemagne, en France, en Espagne, etc. ? Ils ont les diplômes, mais ensuite il ne se passe rien, constatait Cissé dans les colonnes du Monde. Ce n’est pas un problème de compétences, mais un manque de confiance. Après le Mondial 2018, on m’a proposé d’entraîner de bonnes équipes en Europe, pas de grandes équipes. » On en revient à la crédibilité des profils.
Cissé, Belmadi, Chelle, Regragui, Faé ou Thiaw ont, tous, joué en Europe mais pas dans les meilleurs clubs du monde. Didier Drogba, Samuel Eto’o, El-Hadji Diouf, Emmanuel Adebayor, Seydou Keita, Yaya Touré ou Mahamadou Diarra ont une carrière solide qui aurait pu leur ouvrir plus de portes. Mais ils ont choisi une autre voie. Michael Essien, lui, est adjoint dans le championnat danois depuis cinq ans alors que Kolo Touré seconde Pep Guardiola à Manchester City. Ce sont peut-être eux qui ouvriront de nouvelles portes. Car si l’Afrique est enfin le royaume des coaches africains, l’Europe est encore fermée à double tour.
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Source de l’article : Eurosport



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