Claude et ses 15000 km de course à pied

C’est risqué, de partir comme ça, à l’aveugle. Mais on dirait bien que trouver des phénomènes pour mes Normands du bout du coin s’avère plutôt facile. Depuis lundi, j’ai eu l’occasion de faire de belles rencontres au hasard de mes pérégrinations cauchoises. Le premier jour, je suis tombé sur Baptyste, le chef-horloger , et hier c’est la petite Eugénie qui a partagé un bout de sa vie d’éleveuse de chèvres avec moi. Pour trouver Claude, aujourd’hui, je me suis fait conseiller par Thibaud , que j’étais déjà allé voir pour l’émission, et qui bosse Doudeville, pour la promotion du Plateau de Caux . Un coup de fil pour lui dire que je me balade dans son secteur, et un conseil qu’il me donne: Va donc toquer à la porte de Claude, à Ouville l’Abbaye. Ni une ni deux, 10 minutes plus tard j’arrive chez mon nouvel ami.

ACCUEIL SOURIANT

Je dois vous dire que l’accueil de Claude et sa Jeanine me surprend un peu. Un zouave qui déboule dans la nuit, micro en main, à l’heure où on ferme les volets pour se calfeutrer au coin du feu, ça peut déstabiliser… Mais non, le couple est là, souriant et pas étonné. Presque comme s’ils m’attendaient. À peine arrivé que j’ai droit à mon petit café et à un bout de vie de Claude, mon grand sportif de la semaine. J’ai juste le temps d’allumer mon enregistreur.

RENCONTRES ET ÉCHANGES

La jolie longère est aussi accueillante que ses occupants. Une belle longère pleine de couleurs et de vie, qui était déjà au cadastre en 1760. Quant à Claude, a 74 ans, il pète le feu. À ça, il a une explication: le sport ça conserve. Je suis tombé sur un grand sportif. Et si cet amoureux de l’éducation populaire, il y a une petite cinquantaine d’années, c’était moins pour le sport en lui-même que pour les rencontres qu’il provoque. Pour rencontrer et échanger, rien de tel que la course à pied. Un sport qui de surcroît ne coûte rien de plus qu’une paire de pompes.

LE BITUME, UN LIEU D’ÉCHANGES EXTRAORDINAIRE

La course à pied, ce sont aussi tous les profils et tous les âges. Les jeunes, les vieux, les hommes, les femmes, les ouvriers, les cadres… Tout le monde court. Le bitume et les chemins de terre sont des lieux d’échange extraordinaires. Claude a donc commencé ses petites foulées dans les années 70 au Stade Sottevillais . À l’époque, il fait de la piste. Mais rapidement, l’enceinte du stade lui semblera trop petite.

DES COURSES DANS LE MONDE ENTIER

Pour vous faire une idée précise de l’importance de la course dans la vie de Claude, vous avez juste à savoir que mon coureur affiche au compteur 47 marathons et 15000 kilomètres de foulées cadencées. Des courses, il en a fait dans le monde entier. Le marathon de New-York, bien sûr, mais aussi le marathon des sables, au Maroc ou le Paris-Dakar… La liste est longue comme le bras, j’imagine le nombre de paires de pompes qui se sont épuisées avant lui.

EN AX EN UKRAINE

Un des meilleurs souvenirs de Claude, c’est le relai Hiroshima-Nagasaki, au moment des célébrations commémorant l’anniversaire des bombardements. En 83, en pleine guerre froide, il s’est aussi offert une course dans la région de Moscou. Des courses dans le monde qui ont permis à Claude de rencontrer des coureurs du monde entier. C’est grâce à ça qu’on l’a vu un jour débouler en Ukraine avec sa petite AX. Il ramenait chez lui un copain Ukrainien venu quelques mois en France pour gagner sa vie en courant.

TERMINÉE LA COURSE À PIED

Aujourd’hui, ses problèmes de genoux empêchent Claude de courir. Le sport, magnifique, n’en reste pas moins traumatisant pour les os; mon coureur a dû raccrocher les chaussures. Il fait bien un peu de vélo, plus sympa avec le corps, mais c’est pas tout à fait pareil. Et puis il y a son autre passion, celle qui va me faire rester un peu plus chez lui, à Ouville l’Abbaye. Et qu’on se fera un plaisir de vous présenter demain.

Source de l’article : francebleu.fr