Cheikh Niang : « Il n’y a pas de contradiction entre souveraineté affirmée et multilatéralisme assumé »

Le ministre de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, Cheikh Niang, revient, dans cet entretien, sur ses premiers pas depuis sa nomination en septembre 2024. Il a souligné que « la diplomatie de bon voisinage est un impératif stratégique parce que la stabilité du Sénégal est indissociable de celle de son environnement régional » . Parlant de la Commission de la Cedeao attribuée au Sénégal, M. Niang est d’avis que son futur président devra être une personnalité d’envergure, dotée d’une solide expérience régionale, d’un grand sens de la diplomatie, d’une autorité morale reconnue et d’une capacité avérée à rassembler.

Vous êtes diplomate de carrière. Que représente pour vous cette fonction ?

Cette fonction constitue avant tout une chance de servir l’État à un niveau stratégique, mais aussi une responsabilité accrue. Être ministre des Affaires étrangères, ce n’est pas seulement représenter le Sénégal à l’extérieur, c’est porter, avec rigueur et humilité, la voix d’un peuple, ses aspirations, sa dignité et sa souveraineté.

En tant que diplomate de carrière, j’aborde cette charge avec le sens de la continuité de l’État, le respect de nos traditions diplomatiques et une exigence constante d’adaptation aux mutations profondes du monde contemporain.

La diplomatie sénégalaise est fondée sur le bon voisinage. Quelles actions menez-vous pour renforcer la coopération avec les pays voisins ?

Le bon voisinage n’est pas un slogan, c’est un impératif stratégique. Depuis ma prise de fonction, j’ai engagé un dialogue politique soutenu avec l’ensemble de nos voisins immédiats en privilégiant la concertation, la prévention des tensions et la coopération transfrontalière.

Nous travaillons à renforcer les mécanismes existants dans les domaines de la sécurité, de la mobilité des personnes, du commerce et de la gestion concertée des ressources communes. La stabilité du Sénégal est indissociable de celle de son environnement régional.

Comment concilier souverainisme et multilatéralisme ?

Il n’y a pas de contradiction entre souveraineté affirmée et multilatéralisme assumé. Le souverainisme, tel que prôné par les autorités sénégalaises, est un responsable, ouvert et non conflictuel.

Il s’agit de défendre nos intérêts vitaux, notre autonomie de décision et nos priorités nationales tout en restant un acteur crédible du multilatéralisme. Le Sénégal croit au dialogue, aux règles communes et à la coopération internationale, à condition qu’elles soient équitables, inclusives et respectueuses des choix des peuples.

Comment le Sénégal entend-il contribuer à la réforme de la gouvernance mondiale ?

Le Sénégal plaide pour une gouvernance mondiale plus représentative et plus juste, notamment au sein des grandes institutions internationales. Nous œuvrons activement pour la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, pour une meilleure prise en compte de l’Afrique dans les instances décisionnelles mondiales et pour un multilatéralisme rénové et orienté vers les résultats et le développement humain. Notre diplomatie est de proposition, non de contestation stérile.

Quelle est la position du Sénégal sur la situation en Guinée-Bissau ?

Le Sénégal demeure profondément attaché au respect de l’ordre constitutionnel et à la stabilité institutionnelle dans l’espace communautaire.

Dans le cadre de la Cedeao, nous privilégions une approche fondée sur le dialogue, la médiation et l’accompagnement, sans complaisance aucune. L’objectif demeure le même : un retour rapide, consensuel et durable à la légalité constitutionnelle, dans l’intérêt primordial du peuple bissau-guinéen.

Quel a été le rôle de la diplomatie sénégalaise dans l’accession à la présidence de la Commission de la Cedeao ?

Cette désignation est le fruit d’un travail diplomatique réfléchi, patient et méticuleux. Elle traduit la confiance accordée au Sénégal, à sa stabilité politique, à sa crédibilité régionale et à son engagement constant en faveur de l’intégration régionale. Ce n’est pas une victoire individuelle, mais une reconnaissance collective.

Quel profil pour diriger la Commission de la Cedeao ?

Le futur président de la Commission devra être une personnalité d’envergure, dotée d’une solide expérience régionale, d’un grand sens de la diplomatie, d’une autorité morale reconnue et d’une capacité avérée à rassembler. Il devra conjuguer vision stratégique, indépendance d’esprit et sens aigu de l’intérêt communautaire, dans un contexte régional complexe et exigeant.

Quelle diplomatie autour des Jeux olympiques de la jeunesse de 2026 ?

Les Jeux olympiques de la jeunesse constituent une opportunité exceptionnelle de diplomatie d’influence. Le Sénégal entend en faire une vitrine de son hospitalité, de sa jeunesse, de sa créativité et de sa capacité organisationnelle. C’est une diplomatie du rayonnement, du dialogue interculturel et de l’image positive au service de l’attractivité du pays.

Quel rôle pour la diplomatie après la Can remportée au Maroc ?

Le sport, lorsqu’il est bien compris, est un facteur de rapprochement entre les peuples. La diplomatie a pour rôle d’apaiser, de contextualiser et de préserver ce qui unit au-delà de l’émotion du moment. Le Sénégal et le Maroc entretiennent des relations séculaires et stratégiques. La passion sportive ne saurait, en aucun cas, altérer une amitié aussi solide ; toute dérive est à bannir.

Source de l’article : lesoleil.sn