Cellule terroriste des « Lions du califat » : des peines prononcées totalisant 151 ans de prison

La chambre antiterroriste près la Cour d’appel de Rabat a condamné les membres de la cellule des « Lions du califat » , affiliée à Daech et démantelée en février 2025, à des peines totalisant 151 ans de prison, sanctionnant un projet d’attentats téléguidé depuis le Sahel et jugé imminent

Près d’un an après un démantèlement spectaculaire mené dans neuf villes du Royaume, la chambre antiterroriste près la Cour d’appel de Rabat a rendu son verdict contre les membres de la cellule dite des « Lions du califat » , affiliée à Daech. Les condamnations, qui totalisent 151 années de réclusion, sanctionnent un projet terroriste jugé imminent, téléguidé depuis le Sahel et destiné à frapper le Maroc.

Un verdict lourd au terme d’une longue surveillance

Le principal accusé a été condamné à 23 ans de prison. Deux autres membres ont écopé de 18 ans chacun, tandis que d’autres mis en cause ont été condamnés à des peines de 12 ans, dix ans pour six d’entre eux et quatre ans pour deux accusés. Ces peines viennent clore une instruction nourrie par près d’une année de filatures, d’écoutes et de recoupements menés par les services spécialisés, avant le passage à l’acte des forces de sécurité en février 2025.

Les arrestations avaient alors été opérées simultanément à Laâyoune, Casablanca, Fès, Taounate, Tanger, Azemmour, Guercif, Oulad Teima et Tamesna, en périphérie de Rabat, révélant l’ampleur géographique d’un réseau structuré et compartimenté.

Un projet téléguidé depuis le Sahel

Au cœur du dossier, les juges ont retenu l’influence directe d’un haut responsable de Daech opérant dans la région sahélienne, connu sous le nom d’Abderrahmane Sahraoui, de nationalité libyenne. Selon les éléments versés au dossier, ce dernier assurait l’orientation stratégique, l’encouragement idéologique et la validation opérationnelle d’un plan qualifié « d’extrême gravité » , visant des cibles multiples au Maroc.

Les investigations ont établi des liens étroits entre les membres de la cellule et des cadres opérationnels du Comité des opérations extérieures de la branche sahélienne de Daech, héritière des réseaux animés par l’ex-émir Adnan Abou Walid al-Sahraoui. Cette gestion à distance confirmait, selon les enquêteurs, la volonté de la « wilaya » sahélienne d’implanter une antenne durable au Royaume. « Trois frères » à Had Soualem

Le 19 février 2025, moins d’un mois après la neutralisation de la cellule dite « des trois frères » à Had Soualem, les services de sécurité annonçaient le démantèlement de cette nouvelle structure terroriste. Dans un communiqué conjoint, le pôle DGSN-DGST évoquait un plan terroriste imminent, orchestré cette fois-ci sous instigation externe directe.

Lors d’une conférence de presse tenue le 24 février, le BCIJ, par la voix de son directeur Habboub Cherkaoui et du chef du département technique et de la gestion des risques Abderrahman El Yousfi Alaoui, livrait une lecture détaillée du modus operandi de la cellule. Les profils des recrues, majoritairement âgées de 18 à 40 ans, au niveau d’instruction limité et issues de milieux modestes, confirmaient des schémas observés depuis près de deux décennies par les services marocains.

Des arsenaux et des explosifs prêts à l’emploi

Les perquisitions menées lors des arrestations ont permis la saisie d’un matériel attestant d’un passage imminent à l’action. Des engins explosifs artisanaux prêts à être déclenchés, des substances chimiques destinées à la fabrication d’explosifs, des bonbonnes de gaz piégées, des cocottes-minutes reliées à des systèmes de détonation à distance via téléphones portables, ainsi que des armes blanches figuraient parmi les éléments récupérés.

Plus inquiétant encore, la découverte d’une cache d’armes dans la province d’Errachidia, sur la rive orientale de l’Oued Guir, dans la région de Boudnib, a mis au jour deux fusils d’assaut de type Kalachnikov, des fusils de chasse, dix pistolets de différents calibres et une importante quantité de munitions. Certaines armes présentaient des numéros de série volontairement effacés et des canons sciés pour faciliter leur dissimulation, tandis que des journaux imprimés au Mali, datés de janvier 2025, accompagnaient les munitions.

Une menace hybride, exogène et endogène

Devant la cour, les autorités ont insisté sur la dangerosité particulière de cette cellule, à la croisée de menaces internes et externes. Le recours au téléguidage depuis le Sahel, la constitution de comités restreints de coordination et l’articulation entre explosifs à distance et attaques de type « loup solitaire » traduisaient une sophistication accrue.

Pour les investigateurs, cette affaire confirme la stratégie d’internationalisation des branches africaines de Daech et la convergence croissante entre réseaux terroristes et criminalité organisée dans la région sahélo-saharienne. Le verdict de Rabat vient ainsi sanctionner non seulement des faits, mais aussi une tentative avortée d’implantation durable au Maroc, que les autorités entendent continuer à neutraliser en amont, par un renseignement et une coopération sécuritaire renforcés.

Source de l’article : Le Desk