CCITF : décryptage des mesures clés de la Loi de Finances 2026
La Chambre de Commerce et d’Industrie Tuniso Française (CCITF) a organisé le rendez-vous annuel avec ses membres, rencontre dédiée au décryptage de la loi de Finances de l’année. Un grand moment pour un débat technique, franc et intense.
Mohamed Louzir, Secrétaire général de la Chambre, expert-comptable de son état et Fayez choyakh, associé ‘’EY’’ en charge de la fiscalité étaient à la manœuvre. Respectivement pour une lecture économique du budget ainsi qu’une visite exploratoire des principales mesures fiscales contenues dans la Loi de Finances 2026.
Une Loi de Finances à l’architecture singulière
Pour l’année 2026 la Loi de Finances est particulièrement étoffée. En effet elle comprend 110 articles dont, trait de nouveauté, 53 initiés par les députés. Il y a 47 mesures de baisse de la fiscalité. Et 17 autres de hausse. C’est la première fois qu’une LF décide de l’augmentation des salaires.
Elle annonce pour la première fois l’ouverture des comptes en devises pour les particuliers ainsi que le FCR familial. Elle a également fait état d’une avance à l’Etat par la BCT pour un montant de 11 milliards de TND sur 15 ans dont 3 ans de grâce et à taux zéro. Elle a institué la généralisation de la facture électronique et étendu l’assiette de l’ISF aux biens mobiliers. Last but not least, elle accuse un déficit d’un peu plus de 11 milliards de TND contre 9,3 Milliards en 2025. « Avec 110 articles, la Loi de Finances 2026 marque une évolution notable dans sa construction et ses objectifs. » Quel bilan économique ?
Certains indicateurs deviennent particulièrement contrariants en cas de croissance molle. Et la Tunisie se trouve dans ce cas de figure. Le budget 2025 tablait sur un taux de 3,2 %. On serait, en toute vraisemblance en dessous de cet objectif. Comparativement, notre score est le plus faible des pays de la région. La Libye a réalisé une croissance record avec un taux de 12 %. L’Algérie en est à 4 %, le Maroc n’en est pas bien loin.
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L’ennui est que cette croissance quelque peu atone s’accompagne d’une inflation. Nous avons clôturé l’année avec un taux de 5,3 % quand l’Algérie en est à 1,8% et le Maroc à 1%. Et, de surcroît nous nous retrouvons avec un niveau de pression fiscale de 34 % du PIB, en 2025, qui est l’un des plus élevés des pays du voisinage et même du continent. Et l’ennui est que le taux de croissance du budget 2026 n’est que de 3,3 %. La physionomie de la croissance conserverait, hélas, la même allure. Quels leviers activer pour un décrochage franc et net ? « Les indicateurs montrent une croissance limitée, accompagnée d’une inflation supérieure à celle des pays voisins. » Doper le climat d’affaires
Le pays envisage de sortir sur le marché international de la dette pour un montant de 300 millions de dollars. Quels éléments pourraient conforter notre démarche ? Il est vrai que le budget annonce une volonté de généraliser certains avantages fiscaux consentis au profit des zones de développement régional à l’ensemble du territoire, pour la création de
nouveaux projets.
Il est tout aussi vrai que les dépenses à caractère social sont consistantes. Mais leur couverture reste à améliorer. A titre d’exemple la TVA théorique est estimée à 19,7 milliards de TND alors que celle budgétisée n’est que de 12,6 milliards. Combler ce déficit soulagerait le budget.
Il reste la question des déficits des caisses sociales. L’affaire est quasi universelle. N’y échappent que les pays Anglo saxons car leurs caisses sociales ont un statut de fonds de pension. La Loi de Finances 2026 a créé un impôt nouveau qui concerne les banques, les assurances ainsi que les autres établissements financiers en plus des opérateurs télécom et enfin les concessionnaires auto afin de faire la soudure. « Les indicateurs montrent une croissance limitée, accompagnée d’une inflation supérieure à celle des pays voisins. » Le problème sera-t-il définitivement résolu. Wait and see.
Ne pas négliger non plus le déficit du secteur public qui dépasse le milliard de TND. Les marchés n’exigent pas une prise en mains instantanée mais un plan cohérent d’assainissement progressif serait rassurant.
Tabler sur une croissance de 3,3 % est un objectif mesuré et qui peut annoncer un renfort de dynamisme. Cependant le recrutement de 51.000 nouveaux fonctionnaires souligne la faible vigueur de secteur privé. Le paradoxe est que le retour de performance du secteur privé vient habituellement des suites d’un déclic massif de l’investissement public. Or ce dernier reste modeste. « Avec 34 % du PIB, la pression fiscale tunisienne figure parmi les plus fortes du voisinage. » La Loi de Finances 2026 programme une enveloppe de 6,4 milliards de TND contre 5,4 en 2025. Si tant est que le budget ne peut pas allouer davantage de ressources à l’investissement public, le levier du PPP pourrait pallier cette carence. La bonne nouvelle est que cette solution est à notre portée.
Ali DRISS
Source de l’article : webmanagercenter



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