Depuis 1968, la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN) rythme tous les deux ans la vie sportive et politique du continent. Un événement qui dépasse le simple cadre sportif pour s’inscrire au cœur des dynamiques de puissance, d’influence et de diplomatie. Organisée cette année au Maroc du 21 décembre au 18 janvier, l’édition 2025 met en lumière les usages géopolitiques du football africain et les ambitions du royaume chérifien. Le point avec Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste de la géopolitique du sport. Quels sont les enjeux géopolitiques et économiques autour de la Coupe d’Afrique des nations 2025 ? Événement majeur du calendrier panafricain, elle représente un instrument stratégique pour le pays hôte et pour le continent. Sur le plan géopolitique, accueillir la CAN offre d’abord une vitrine diplomatique et un levier d’influence à trois échelles dans une logique diatopique : locale (le Maroc), régionale (le continent africain), et mondiale (la planète football) : Dans ce contexte, le Maroc, comme avant lui la Côte d’Ivoire en 2024, entend capitaliser sur la compétition pour stabiliser la situation socio-politique au sein du pays, pour consolider son statut de puissance africaine de premier plan et pour préparer sa dimension internationale à l’aune du Mondial de football 2030. Au XXIe siècle, le sport est un outil de puissance polymorphe, à tel point que nous parlerons ici de sport power. À ce titre, l’organisation du tournoi reflète aussi les rapports de force politiques en Afrique et l’influence croissante de Rabat. L’attribution de la CAN 2025 au Maroc en est un exemple éloquent. En septembre 2023, la Confédération africaine de football (CAF) a désigné le Maroc comme hôte quasi incontesté, après le retrait soudain de toutes les candidatures concurrentes : notamment celle de l’Algérie, pourtant rivale régionale de Rabat. Officiellement motivés par la solidarité avec le Maroc, ces […]