Face aux interrogations sur la capacité du Maroc à financer durablement son chantier social, l’Exécutif sort du flou. Dans une réponse écrite au Parlement, Fouzi Lekjaâ expose l’architecture financière du soutien social direct. Un dispositif présenté comme un choix structurel, pensé pour durer.   Le ministre délégué chargé du Budget insiste sur un point central : le soutien social direct n’est ni ponctuel ni conjoncturel. Il s’inscrit dans la réforme de fond de la protection sociale voulue par le Souverain. Sa viabilité repose donc sur des ressources stables, diversifiées et sécurisées.   Un dispositif massif, ciblant les ménages vulnérables   Le programme vise en priorité les foyers longtemps exclus des allocations familiales. Familles avec enfants scolarisés, personnes en situation de handicap, nouveau-nés, mais aussi ménages pauvres sans enfants. L’aide mensuelle démarre à 500 dirhams et peut dépasser 1.500 dirhams selon la composition du foyer.   L’objectif est clair. Couvrir près de 60 % de la population jusque-là sans soutien direct. Une bascule sociale majeure, assumée comme un levier de redistribution.   Un fonds unique pour rationaliser les ressources   Pour soutenir cet effort, l’État a revu son architecture financière. Un Fonds d’appui à la protection sociale et à la cohésion sociale a été créé. Il centralise les crédits budgétaires et absorbe plusieurs anciens programmes sociaux.   Les dispositifs comme Tayssir, l’aide aux veuves, le RAMED ou le Fonds de solidarité familiale ont été regroupés. Même logique, même guichet. L’objectif : gagner en lisibilité, réduire les doublons et améliorer l’efficacité de la dépense publique.   Taxes ciblées et contributions nouvelles   Le financement ne repose pas uniquement sur le budget général. Le Fonds est alimenté par plusieurs prélèvements spécifiques. Contribution sociale de solidarité sur les bénéfices et revenus. Taxe intérieure de consommation sur le tabac, les pneus ou certains équipements énergivores. Taxe sur les contrats d’assurance et émoluments judiciaires.   À cela s’ajoutent des ressources plus récentes. Contribution exceptionnelle sur les avoirs détenus à l’étranger, instaurée en 2024. Contribution sociale sur les gains des jeux de hasard, introduite par la loi de Finances 2025. Une diversification assumée pour réduire la dépendance aux dotations classiques.   L’appui décisif des recettes fiscales   Autre pilier du dispositif : la dynamique des finances publiques. En 2024, les recettes fiscales ordinaires ont atteint 313 milliards de dirhams, contre 275 milliards un an plus tôt. Une progression de près de 14 %.   Cette hausse se reflète directement dans les comptes du Fonds d’appui. Ses revenus ordinaires ont bondi de près de 60 %, passant de 15,2 milliards de dirhams en 2023 à près de 24,8 milliards en 2024. Un signal fort sur la capacité de financement du système.   Réforme de la compensation et ciblage accru   En parallèle, l’État poursuit la réforme de la compensation. Les économies dégagées sont réorientées vers le soutien social direct et le régime AMO Tadamon. Moins de subventions généralisées. Plus d’aides ciblées. La logique est assumée. Mieux utiliser les ressources existantes. Toucher directement les ménages qui en ont besoin.…