Carburants : le Conseil de la concurrence renforce le suivi
Le Conseil de la concurrence publie son reporting du troisième trimestre 2025 sur le suivi des engagements pris par neuf sociétés de distribution en gros du gasoil et de l’essence. Importations en hausse, recettes fiscales en progression et marges globalement stables, ce document éclaire la mécanique d’un marché sensible, sous surveillance renforcée.
Le Conseil de la concurrence remet sur la table le dossier des carburants avec la publication de son reporting du troisième trimestre 2025, consacré au suivi des engagements pris par les sociétés de distribution en gros du gasoil et de l’essence dans le cadre des accords transactionnels conclus avec l’institution. Un document attendu, parce qu’il ramène le débat à ce qu’il est censé être, une lecture chiffrée d’un marché où les tensions ne se mesurent pas seulement à la pompe, mais tout au long de la chaîne.
Cette nouvelle livraison, la huitième depuis le lancement de l’exercice, déroule les indicateurs clés d’un trimestre marqué par une hausse des volumes importés, une fiscalité en progression et des marges globalement stables, sur fond de fluctuations internationales moins linéaires qu’auparavant. De quoi éclairer, au-delà des perceptions, la façon dont se construit le prix final, entre cotations de référence, coûts d’achat, arbitrages de stocks et dynamique commerciale des opérateurs.
Un marché qui consomme plus
Le troisième trimestre 2025 se distingue d’abord par une progression nette des volumes importés. Les importations de gasoil et d’essence totalisent 1,91 million de tonnes, en hausse de 12,4%, sur un an, alors que la valeur globale recule légèrement à 12,73 milliards de dirhams. Ce contraste dit beaucoup sur la dynamique du moment.
Le Maroc importe davantage, mais dans un contexte où les niveaux de prix internationaux et les conditions d’achat atténuent la hausse de la facture globale. Le gasoil reste, sans surprise, le carburant dominant, concentrant à lui seul l’essentiel des flux. Dans ce paysage, la structure du marché reste marquée par une forte concentration. Les neuf sociétés couvertes par le reporting pèsent environ 82% des importations, en volume comme en valeur.
Cette donnée est essentielle, car elle rappelle que les équilibres du marché se jouent d’abord dans le comportement d’un nombre limité d’acteurs majeurs. Même si de nouveaux entrants continuent d’apparaître, avec un nouvel opérateur agréé à fin septembre 2025 portant à 33 le nombre total d’entreprises autorisées à importer, la réalité du terrain reste dominée par les opérateurs suivis.
Cette montée en volume se prolonge logiquement dans la fiscalité. Les recettes TIC et TVA liées à l’importation du gasoil et de l’essence atteignent 7,83 milliards de dirhams, en hausse de 8,6%. La progression provient principalement de l’augmentation des quantités importées, qui compense la baisse de la valeur globale des importations. Dans le détail, la TIC reste le principal moteur des recettes, représentant environ les trois quarts du total, ce qui confirme le rôle central de la fiscalité dans la structure finale des prix.
Cotations, stocks et arbitrages
Quand le consommateur regarde le prix affiché en station, il ne voit pas toujours la complexité de la chaîne qui le précède. Le Conseil rappelle que les prix à la pompe ne sont pas indexés sur le pétrole brut, mais dépendent des cotations de référence des produits raffinés, dites Platts. Autrement dit, ce n’est pas seulement le baril qui compte, mais la valeur du produit déjà raffiné sur les marchés internationaux, avec des références régionales structurantes.
Sur le troisième trimestre 2025, la lecture par quinzaine montre un marché plus heurté que lors des périodes de baisse continue. Pour le gasoil, la somme des variations des cotations CIF sur l’ensemble du trimestre révèle une hausse de 0,41 dirham par litre, tandis que le prix de vente TTC à la pompe augmente de 0,27 DH/l. Le prix moyen à la pompe ressort à 11,13 DH/l, alors que la cotation CIF moyenne s’établit à 5,21 DH/l.
Cette différence, souvent commentée dans le débat public, ne peut pas être interprétée comme une marge brute directe, car elle intègre de nombreux éléments, fiscalité, logistique, stockage, couverture de change et autres coûts.
L’essence suit une trajectoire légèrement différente. Les cotations CIF restent globalement stables sur la période avec une variation de 0,07 DH/l, tandis que le prix de vente à la pompe progresse de 0,14 DH/l. Le prix moyen reste autour de 13,03 DH/l. Là encore, le Conseil insiste sur un point méthodologique important, les cotations CIF utilisées sont indicatives et théoriques, et ne correspondent pas nécessairement aux coûts réels d’approvisionnement.
Dans la pratique, ces coûts dépendent de facteurs contractuels, du marché spot ou des contrats à terme, des frais logistiques engagés, et surtout de la gestion des stocks, qui peut retarder ou accélérer la transmission des variations internationales vers le marché national. C’est précisément pour tenir compte de ces décalages que le reporting adopte une lecture par quinzaine, afin de mieux observer les mécanismes de lissage et de rattrapage utilisés par les opérateurs.
En filigrane, l’idée est simple, le prix final n’est pas une photographie instantanée des marchés internationaux, mais le résultat d’une mécanique plus lente, faite d’arbitrages et de temporalités différentes entre l’achat, le stockage et la distribution.
Marges et distribution, un équilibre sous surveillance permanente
Le cœur politique du reporting reste la question des marges, parce qu’elle touche directement à la perception de l’équité économique dans un marché très exposé. Sur le troisième trimestre 2025, les neuf sociétés couvertes dégagent une marge brute moyenne pondérée de 1,48 DH/l sur le gasoil et de 2,10 DH/l sur l’essence. Ces niveaux demeurent proches de ceux observés à la même période en 2024, ce qui suggère une stabilité globale, malgré les fluctuations des cotations et des prix de vente.
Dans le détail, les marges sur le gasoil suivent une trajectoire décroissante tout au long du trimestre, avant un léger redressement en fin de période. L’essence, elle, conserve des marges plus élevées que le gasoil, avec un différentiel moyen d’environ 0,62 DH/l. Cette configuration n’est pas nouvelle, mais elle est structurante, car elle montre que les deux carburants n’obéissent pas exactement aux mêmes logiques économiques, ni aux mêmes niveaux de rentabilité.
Parallèlement, la distribution continue de progresser en volume. Les ventes réalisées par ces neuf sociétés atteignent près de 1,98 milliard de litres, en hausse de 4,2%, mais leur chiffre d’affaires recule à 18,91 milliards de dirhams, en baisse de 6,2%.
Cette divergence rappelle une réalité essentielle, vendre plus ne signifie pas toujours gagner plus, surtout dans un contexte de prix moyens en repli. Elle confirme aussi que le marché marocain du carburant est en permanence pris entre deux forces, une demande intérieure solide et une pression sur les prix liée à la concurrence, aux niveaux internationaux et aux arbitrages de coûts. C’est précisément pour cela que ce reporting existe et qu’il s’inscrit dans la durée.
Le Conseil de la concurrence ne se contente pas de publier des chiffres, il installe un outil de suivi et de redevabilité, à la suite d’accords transactionnels, sur un secteur où la confiance se construit aussi par la régularité et la transparence. Dans un pays où le carburant reste un produit à haute sensibilité économique, ce type de publication agit comme un baromètre, non seulement du marché, mais aussi du rapport entre l’État, les opérateurs et les consommateurs.
Faiza Rhoul / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



Laisser un commentaire