CAN 2025 : capital image, crédibilité… ce que le Maroc gagne déjà
Pour le Maroc, l’organisation de la CAN est une promesse. Une promesse qui n’a pas tardé à se concrétiser. La promesse d’une CAN exceptionnelle, d’un méga-événement aux couleurs et aux rythmes africains vivants. À quelques jours de la fin du tournoi, les éloges fusent de toutes parts, soulignant à l’unanimité que le Maroc a non seulement gagné son pari, mais qu’il a placé la barre très haut, au point que le futur pays hôte de la CAN aura du mal à faire mieux. Des stades aux standards internationaux. Des infrastructures modernisées. Une mobilité repensée. Une organisation précise, presque millimétrée. Pour le Royaume, la CAN est vécue comme exercice de souveraineté organisationnelle. Comme test grandeur nature. Une promesse élargie surtout. Car au-delà du sport, l’événement dit autre chose. Il parle de lien, de coexistence. Des peuples qui se rencontrent, se reconnaissent, se racontent. La CAN devient alors un espace commun, un moment de cohésion africaine, une scène où le Maroc déploie son charme, ses capacités et ses atouts. Et renvoie l’image d’un pays stable, ouvert, crédible. Et c’est peut-être là l’essentiel. La CAN n’a pas seulement montré ce que le Maroc sait faire. Elle a montré ce qu’il est en train de devenir.
Une crédibilité « 2030 » déjà en vitrine
En effet, le premier gain, d’un point de vue stratégique, est là : la crédibilité. En accueillant une CAN en format 24 équipes, dans six villes différentes avec des milliers, voire des millions de visiteurs, le Royaume démontre, devant les fédérations, les diffuseurs, les partenaires et les supporters venus des quatre coins de l’Afrique et du reste du monde qu’il sait tenir une compétition dense, exigeante avec des impératifs de calendrier qui ne pardonnent pas. La CAN n’a pas encore livré son verdict sportif. Mais, à mi-parcours, un constat s’impose déjà dans les tribunes comme dans les coulisses et les espaces de débats et d’analyse : le Maroc s’est imposé comme un organisateur fiable.
Pour Collins Okinyo, journaliste sportif kenyan, c’est même le gain le plus décisif du Royaume. « Cette capacité à faire fonctionner, en même temps, la fête populaire et la machine logistique, le sport, bien sûr, mais aussi la diplomatie, la sécurité, l’économie, l’accueil » , déclare-t-il pour « Le Matin » . Pour ce fin connaisseur du sport africain, le Maroc est « un pays-hôte sur lequel on peut compter, dans une séquence qui ne s’arrête pas à l’édition 2025 et qui s’annonce dense : CAN aujourd’hui, Coupe du monde des clubs en 2029, puis Mondial 2030 » . Dans ce calendrier, la fiabilité devient un capital. Presque un trophée en avance. Cette impression, M. Okinyo la relie à une trajectoire plus longue. Il estime que « l’investissement de S.M. le Roi Mohammed VI dans le sport a positionné le Maroc comme un pilier du football africain » . Et il insiste : l’ambition marocaine ne se limite pas à « bien organiser » une CAN. Elle vise le très haut niveau, avec la co-organisation de 2030 en ligne d’horizon et la perspective d’un stade de 115.000 places, annoncé comme une future référence mondiale.
Le Maroc, dit-il, veut être « la prochaine superpuissance du football » , même si « le chemin sera difficile » . Mais ce qui rend son constat intéressant, c’est qu’il ne s’appuie pas seulement sur des impressions. Il parle de ce qui se voit et se vit : des infrastructures qui tiennent la charge, une expérience d’accueil qui se professionnalise, une montée en gamme qui dépasse les stades. Il va même jusqu’à suggérer que d’autres pays africains peuvent regarder le « modèle marocain » comme une preuve qu’un investissement stratégique dans les infrastructures peut accélérer la connectivité, stimuler l’activité et améliorer la qualité de vie. Et puis il y a son détail préféré, celui qui ne trompe pas les techniciens : les pelouses. M. Okinyo affirme que le Maroc a aujourd’hui « les meilleures surfaces de jeu d’Afrique » , grâce à des technologies de construction et d’entretien de pointe. Dans d’anciennes CAN, rappelle-t-il, « une petite pluie suffisait à inquiéter » : terrains abîmés, jeu haché, spectacle terni. Ici, même sous de fortes pluies, les terrains « sont restés solides » . Cette montée en gamme se lit aussi dans un détail plus discret, mais très parlant : l’inclusion. Lors du quart de finale Sénégal-Mali disputé le 9 janvier à Tanger, des supporters non voyants ont été invités au stade et équipés d’un dispositif combinant audiodescription et tablette tactile pour suivre l’action en temps réel. Développée par Touch2See avec le soutien de la CAF, la technologie restitue le match « sous les doigts » grâce à des retours haptiques et à une narration précise qui permet de vivre chaque séquence. Ce genre d’attention ne fait pas autant de bruit qu’un but à la 90e minute, mais il dit l’essentiel : au-delà de la performance logistique, le Maroc cherche à faire de la CAN une fête réellement accessible. Sur les réseaux, le journaliste sportif Jawad Badda a résumé l’émotion que cela suscite : « ce que je vois aujourd’hui me remplit de fierté pour mon pays » . Pour lui, c’est une initiative qui prouve que le Maroc ne veut pas seulement organiser, mais mettre l’humain au centre, en donnant à chacun le droit de participer à la fête. Et de conclure : « Je n’exagère pas en disant que c’est la plus grande compétition continentale et j’en ressens encore plus de fierté d’appartenir à ce pays. » Retombées économiques, des signaux positifs
Le succès de la CAN ne se mesure pas seulement à la ferveur qui emplit les gradins, il se mesure aussi aux compteurs et statistiques. À la veille du coup d’envoi, l’Office national des aéroports (ONDA) a documenté un premier indicateur très concret : 868.287 passagers accueillis entre le 8 et le 18 décembre 2025 dans les six aéroports des villes hôtes, soit +10,7% par rapport à la même période en 2024, avec 7.327 mouvements aériens (+13%). Dans ce pic, l’aéroport Casablanca Mohammed V concentre à lui seul 292.221 passagers, soit 33,7% du trafic sur la période. Ce chiffre ne dit pas « tout » de l’impact économique, mais il dit l’essentiel : la CAN agit comme un accélérateur de flux, et donc de consommation, au cœur d’un hiver qui, d’ordinaire, reste plutôt morose comparé à la vitalité touristique de l’été. L’événement s’insère d’ailleurs dans une séquence déjà exceptionnelle pour le secteur : le ministère du Tourisme indique que le Maroc a enregistré 19,8 millions d’arrivées touristiques en 2025 (+14% vs 2024) et des recettes voyages à 124 milliards de dirhams à fin novembre 2025 (+19%). Autrement dit : la CAN n’arrive pas sur un terrain neutre, elle prolonge une dynamique de record et peut contribuer à la stabiliser en « désaisonnalisant » la demande.
Dans les stades, la phase de groupes a déjà établi un repère fort : 729.240 spectateurs au total sur 36 matchs, soit une moyenne d’environ 20.256 personnes par rencontre. Signe que l’élan est réel : ce total dépasse celui de l’édition précédente en Côte d’Ivoire sur la même phase (643.585 entrées, selon les données relayées après match). Dans les villes hôtes, l’effet le plus visible est celui des « micro-économies » : cafés, restauration, taxis, plateformes, commerces de proximité, mais aussi services urbains (signalétique, médiation, transport). Et là se joue une partie rarement racontée : la CAN ne génère pas seulement de la dépense, elle oblige à mieux l’absorber, à fluidifier l’arrivée, l’orientation, l’attente, le dernier kilomètre. C’est souvent là que se gagne (ou se perd) l’image d’un pays hôte. Preuve à l’écran : depuis le coup d’envoi, les reels et vlogs d’influenceurs suivis par des millions de personnes tournent en boucle, du Saoudien Khalid Alolayan qui se prévaut de plus de 11,6 M sur TikTok et 2,2 M sur Instagram, à l’Égyptien Ali Ghozlane (4,1 M), en passant par l’Algérien Hichem.dn (3 M sur Instagram). Et beaucoup ne se sont pas limités aux stades : certains ont étendu leur séjour à d’autres destinations, évoquant par exemple Ifrane ou des escapades dans l’Atlas, amplifiant l’effet vitrine bien au-delà des seules villes hôtes et, par ricochet, l’effet économique.
Le Maroc africain mis en lumière « Le Congo a perdu, mais la Coupe restera au Maroc, inchallah… la Coupe ne doit pas quitter le Maroc. » La phrase, lancée en darija parfaite par une jeune supportrice congolaise après le match Congo-Algérie, a fait le tour des réseaux. Et elle dit, en quelques secondes, l’une des victoires les plus discrètes, mais les plus fortes : le capital sympathie du Maroc sort revigoré de ce tournoi, abstraction faite de la performance sportive de son équipe. Car ces vidéos virales ont révélé un Maroc africain où le vivre-ensemble n’est pas un vain mot, où l’ouverture et la tolérance sont vécues au quotidien. Des Sénégalais, des Ivoiriens, des Congolais s’expriment en darija avec une aisance qui témoigne de leur parfaite intégration dans la société locale. Une autre séquence, très commentée, conforte cette image positive du pays. Elle montre une fillette sénégalaise installée avec sa famille au Maroc depuis sa naissance expliquant qu’elle a appris la darija et l’arabe à l’école publique marocaine où elle poursuit ses études. La CAN n’a pas créé cette réalité, elle l’a rendue visible, partageable, presque évidente : une diaspora africaine présente, bien intégrée et suffisamment proche pour parler « comme ici » .
Cette visibilité s’inscrit dans une évolution de fond : en 2024, les ressortissants d’Afrique subsaharienne représentent 59,9% des migrants étrangers au Maroc, contre 26,8% en 2014, signe d’une dynamique Sud-Sud qui consacre le Maroc comme terre d’accueil à l’échelle du continent. Alors que le tournoi tire à sa fin, le Royaume a donc déjà gagné un capital rare : une image d’hospitalité crédible, portée non par des slogans, mais par des scènes ordinaires et sincères. Par ailleurs, la centralité médiatique est une autre victoire, moins visible mais aussi décisive. La compétition au Maroc a attiré une couverture internationale d’ampleur, avec plus de 5.400 demandes d’accréditation reçues par la CAF et plus de 3.800 médias et chaînes déjà accrédités, selon des chiffres communiqués durant la compétition. Même la bataille des écrans confirme le saut de dimension : le secrétaire général de la CAF a évoqué près de 1.000 requêtes liées aux droits de diffusion TV. Une visibilité au service bien évidemment du Royaume.
En outre, plus de 15.000 volontaires ont été formés dans le cadre d’un programme mené avec l’OFPPT, pour renforcer l’accueil, l’orientation et l’assistance des supporters dans et autour des sites de compétition. En parallèle, le programme officiel de volontariat de la CAN, porté par la CAF et le comité local, avait également annoncé plus de 4.000 volontaires mobilisés sur les opérations (hospitalité, services spectateurs, médias, logistique). Un capital humain qui professionnalise l’expérience « pays-hôte » et prépare déjà la montée en charge attendue sur la route de 2030.
Au début, il y avait donc une promesse : celle d’une CAN à la hauteur, d’un Maroc capable d’accueillir, d’organiser et de faire vibrer le continent. À mi-parcours, cette promesse n’attend plus le verdict sportif pour exister : elle se lit dans une logistique qui tient, une hospitalité qui se professionnalise, une visibilité qui s’élargit, une Afrique qui se sent chez elle. Évidemment, le pays rêve de la suite la plus simple : que la Coupe ne quitte pas le Maroc, que la fête se termine par un titre. Mais même avant la finale, le Royaume a déjà engrangé l’essentiel : des gains concrets et un signal envoyé.
Source de l’article : Le Matin.ma



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