BTP: le Conseil de la concurrence met à nu les fragilités du marché du rond à béton

BTP: le Conseil de la concurrence met à nu les fragilités du marché du rond à béton

Après avoir scruté les hydrocarbures, Ahmed Rahhou s’attaque à un autre poids lourd de l’économie nationale: le rond à béton. Dans son dernier avis, le Conseil de la concurrence décortique un marché stratégique où les envolées de prix de 2022 ont laissé des traces et où la structure même du secteur interroge les fondements de notre souveraineté industrielle.

C’est un métal qui rythme le secteur du BTP au Maroc. Indispensable à la structure de chaque bâtiment, le rond à béton est au cœur d’un écosystème complexe mêlant aciéries intégrées, laminoirs et réseaux de distribution. Saisi pour analyser le fonctionnement concurrentiel de ce marché, le Conseil de la concurrence vient de rendre un avis qui lève le voile sur les fragilités d’un secteur ultra-sensible.

L’enquête s’est particulièrement attardée sur les hausses de prix enregistrées durant l’année 2022, une période marquée par un contexte mondial de crise post-Covid et de conflit en Ukraine qui a lourdement pesé sur les cours de la billette, cet acier semi-fini importé massivement par nos opérateurs locaux.

Le rapport souligne une organisation du marché fortement segmentée où les ventes via le canal des distributeurs captent près de 83 % des volumes globaux. On y retrouve des géants, les aciéries intégrées capables de produire leur propre acier, face à des laminoirs beaucoup plus vulnérables aux fluctuations du marché international. Cette configuration crée une hétérogénéité flagrante dans la capacité des acteurs à absorber les chocs économiques.

Le Conseil note également un manque de fluidité dans certaines régions, malgré un réseau de distribution qui semble mailler le territoire, mais qui peine à optimiser ses coûts logistiques, notamment par un recours encore trop timide au transport ferroviaire.

Le défi de l’efficience et de la décarbonation

Au-delà des prix, c’est la question de l’efficience industrielle qui est centrale dans cet avis. Le Conseil de la concurrence pointe des leviers de compétitivité encore sous-exploités et une dépendance aux importations qui avoisine les 90% pour certains intrants stratégiques.

Plus structurellement, l’avis évoque les défis de la décarbonation avec l’arrivée prochaine de la taxe carbone européenne. Un nouveau paramètre qui risque de rebattre violemment les cartes de la compétitivité entre les opérateurs locaux et les importateurs, forçant l’industrie marocaine à une mutation rapide pour ne pas perdre ses parts de marché à l’export comme au niveau local.

Un plan d’action pour la souveraineté nationale

Pour assainir le secteur, l’instance de régulation préconise un plan d’action articulé autour du renforcement de la souveraineté industrielle. Cela passe par une réduction drastique de la dépendance aux billettes importées et une amélioration de la transparence sur les prix et les volumes pour couper l’herbe sous le pied aux comportements spéculatifs.

Le Conseil insiste enfin sur la nécessité de veiller à ce que les baisses des coûts de production profitent réellement au consommateur final, notamment dans un contexte de relance du logement social.

Dans un Maroc engagé dans des chantiers colossaux, de la reconstruction d’Al Haouz aux infrastructures de la Coupe du monde 2030, la régulation du rond à béton devient une urgence économique nationale autant qu’un impératif de justice sociale.

Source de l’article : H24info

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