Bois de chauffe : Les prix flambent et les pénuries s’installent

Rédigé par Omar ASSIF Jeudi 15 Janvier 2026

Produit localement, le bois de chauffe se raréfie face à la hausse de la demande, poussant des ménages ruraux vers des circuits parallèles, parfois alimentés par la coupe illégale.

Dans plusieurs régions de montagne, la baisse des températures a entraîné une hausse immédiate de la demande en bois de chauffe. Dans ces zones rurales, le bois reste le principal moyen de chauffage et, dans de nombreux cas, de cuisson. Les chutes de neige compliquent par ailleurs l’accès aux villages les plus enclavés et perturbent l’acheminement des marchandises, ce qui limite rapidement les possibilités d’approvisionnement. Dans la région de Aïn Leuh, au Moyen Atlas, cette situation se traduit déjà par des pénuries locales. « Cela fait plusieurs jours qu’il est difficile de trouver du bois de chauffe dans la région. Même à 1.300 dirhams la tonne de bois de chêne vert, il devient très compliqué de s’approvisionner. Le froid est rude et, ici, presque tout le monde dépend du bois pour se chauffer » , témoigne un habitant. Dans ces territoires, l’absence d’alternatives énergétiques accessibles à court terme renforce la dépendance au bois et rend toute tension d’approvisionnement immédiatement perceptible par les ménages.

Solutions de repli

Face à ces difficultés, certains ménages se tournent vers des solutions de repli. « Beaucoup se tournent vers des circuits parallèles ou illégaux, où la tonne se négocie autour de 800 à 900 dirhams. D’autres achètent directement auprès de personnes qui pratiquent des coupes en forêt, le bois étant alors vendu à la charge portée par un âne, généralement entre 100 et 150 dirhams pour du chêne vert » , explique le même habitant. Le chêne vert reste l’essence la plus recherchée dans ces régions, en raison de ses qualités de combustion. « Les habitants le préfèrent parce qu’il ne se consume pas rapidement et qu’il laisse des braises » , précise-t-il. Mais sa raréfaction oblige de plus en plus de ménages à se rabattre sur le bois de cerisier, proposé dans la région autour de 600 dirhams la tonne. Un bois jugé de qualité inférieure, « qui se consume beaucoup plus vite et offre un rendement de chauffage et de cuisson nettement moindre » .

Offre et demande

Cette situation locale s’inscrit dans un contexte de dépendance plus large au bois dans certaines régions du pays. Selon les bilans énergétiques nationaux, la biomasse, incluant le bois-énergie, représente environ 7,6% de la consommation finale d’énergie au Maroc. Une part limitée à l’échelle nationale, mais déterminante dans les zones de montagne, où les alternatives énergétiques restent rares, peu efficaces et peu accessibles. À l’échelle nationale, les estimations disponibles situent la demande en bois de feu à plus de 6 millions de tonnes par an, un volume supérieur aux capacités de production durable des forêts. Pour les professionnels du secteur, cette réalité explique aussi l’absence de recours significatif à l’importation. « Au vu du prix de vente, et vu le poids et le volume du bois, l’import n’est pas intéressant. C’est pour cette raison que le bois de feu commercialisé au Maroc est le plus souvent produit au niveau national » , explique Ilias Barka, intermédiaire dans la distribution du bois de feu.

Fours améliorés

Pour faire face aux effets immédiats de la vague de froid, les autorités ont engagé une mobilisation ciblée dans les zones les plus exposées. Il est ainsi programmé de distribuer environ 4.540 tonnes de bois de chauffage et 10.421 fours améliorés, en coordination avec l’Agence Nationale des Eaux et Forêts ainsi qu’avec les ministères de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, et de la Santé et de la Protection sociale. Sur le terrain, cette réponse est perçue comme partielle. À Timahdite, un habitant nuance l’impact des équipements distribués : « Les fours améliorés permettent de se chauffer et de cuire la nourriture, mais, dans les faits, la consommation de bois reste presque la même : autour d’une tonne par mois pour un ménage de taille moyenne. Le seul avantage réel est de pouvoir cuire du pain et de chauffer en même temps » . Autrement dit, l’équipement améliore le confort d’usage, mais ne change pas l’équation centrale au cœur de la pénurie : l’accès au bois de chauffe.

​3 questions à Mustapha Aknouch, commerçant de bois de chauffe : « La demande se forme surtout en janvier ou février. Cette saison, elle a commencé dès le mois de novembre » Existe-t-il actuellement une pénurie de bois de chauffe au niveau national ?

– En tant que professionnel du secteur, je confirme qu’il existe effectivement une baisse de l’offre disponible de bois de chauffe. Il s’agit d’une ressource principalement produite au niveau national, avec très peu d’importations. Dans ce contexte, et au vu de la vague de froid et des chutes de neige que connaît le pays depuis plusieurs semaines, l’offre disponible est aujourd’hui inférieure à la demande. C’est notamment le cas pour la région de Sidi Yahya Lgharb, qui alimente de nombreux professionnels, revendeurs et détaillants actifs dans l’axe Casablanca – Rabat.

Qu’en est-il des prix ? Sont-ils restés stables lorsque le bois est disponible ?

– Non, les prix ont augmenté. C’est un phénomène logique, régi par la loi de l’offre et de la demande. La vague de froid a débuté plus tôt que les années précédentes. Habituellement, la demande se forme surtout en janvier ou février. Cette saison, elle a commencé dès le mois de novembre, ce qui a entraîné des hausses de prix pouvant atteindre, dans certains cas, jusqu’à 100%.

Pensez-vous que cette situation des prix et de disponibilité finira par revenir à la normale ?

– Il est difficile de se prononcer à ce stade, car cela dépend de facteurs encore imprévisibles. Cette année est particulière en raison de l’arrivée précoce du froid. Par ailleurs, les années précédentes, au moins pour la région Casablanca – Rabat, une partie du bois provenait de parcelles déboisées dans le cadre de projets d’infrastructure, comme le TGV ou le raccordement du bassin du Sebou au barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah. Ce bois a désormais été exploité et ne contribue plus à l’alimentation du marché. L’évolution à moyen terme dépendra donc en grande partie des conditions hivernales des prochaines saisons.

​Marché : L’équation difficile de l’approvisionnement

Au Maroc, le bois de chauffe reste un combustible important, surtout en milieu rural. La biomasse, incluant le bois-énergie, représente environ 7,6% de la consommation finale d’énergie du pays. Cet usage concerne principalement le chauffage et la cuisson dans les zones rurales et de montagne, où les alternatives énergétiques restent limitées. La production de bois de chauffe issue des circuits légaux ne couvre qu’une faible part de la demande nationale. Les données disponibles évoquent une production commerciale annuelle de quelques centaines de milliers de stères, insuffisante face aux besoins réels. Une large partie de la consommation provient ainsi d’une économie informelle ou de subsistance, difficile à quantifier. Les prélèvements annuels de bois de feu sont estimés à plus de 6 millions de tonnes, un niveau supérieur aux capacités de production durable des forêts. Ce déséquilibre explique pourquoi, lors des épisodes de froid et de neige, des tensions d’approvisionnement apparaissent rapidement dans certaines régions enclavées.

Source de l’article : L'Opinion Maroc