Akdital : Anatomie d’un épisode de volatilité
L’année 2025 n’aura pas été de tout repos pour le titre d’Akdital. Après un parcours solide depuis son introduction en Bourse, le titre a traversé une séquence de marché particulièrement heurtée, marquée par une volatilité inhabituelle. Entre début septembre et mi-décembre, l’action est revenue d’un sommet proche de 1.580 dirhams vers un point bas autour de 1.160 dirhams, accusant une correction de près de 26%.
En effet, cette phase de repli s’est inscrite dans un contexte d’annonces successives et de signaux parfois contradictoires, qui ont entretenu un climat d’attentisme et de nervosité sur le marché. Les investisseurs ont d’abord ajusté leurs positions dans l’urgence, avant que les cours ne reflètent progressivement une lecture plus posée de l’information disponible.
Au-delà du mouvement lui-même, l’intérêt se situe dans la dynamique qui l’a accompagné. L’évolution du titre offre un cas d’école sur la manière dont le marché intègre le risque en période de tension, ainsi que sur le temps nécessaire au retour à une volatilité plus normalisée.
Autrement dit, la nervosité observée sur le titre ne traduit pas forcément une perte de repères fondamentaux. Elle met surtout en lumière un phénomène central : le marché a besoin de temps pour « digérer » le risque. Et ce temps, on peut le quantifier.
Une volatilité en grappes, signature d’un marché émotionnel
L’étude empirique menée des rendements journaliers depuis le début de l’année met en évidence une alternance entre périodes calmes et phases de forte agitation. Ce comportement, connu sous le nom de volatility clustering, est typique des valeurs très suivies, où les investisseurs réagissent en chaîne aux nouvelles, aux rumeurs et aux interprétations parfois hâtives.
Les tests économétriques confirment cette lecture. Si les rendements eux-mêmes ne présentent pas d’autocorrélation directionnelle significative, la volatilité, en revanche, affiche une mémoire claire. Les tests de Ljung–Box appliqués aux carrés des rendements ainsi que le test ARCH-LM d’Engle mettent en évidence une variance conditionnelle dépendante des chocs passés.
En clair, le marché n’oublie pas immédiatement les épisodes de stress. Une fois la peur installée, elle persiste quelque temps avant de s’estomper.
Le modèle GARCH : mesurer la mémoire du risque
C’est précisément pour capter cette dynamique que le modèle GARCH(1,1) a été mobilisé. Les résultats sont sans ambiguïté. Les coefficients estimés indiquent une volatilité fortement persistante, avec un paramètre de persistance (α + β) proche de 0,92.
Cela signifie que près de 92% de la volatilité observée aujourd’hui s’explique par les chocs récents et par la mémoire du marché.
Cependant, et c’est un point clé pour l’investisseur, cette volatilité reste stationnaire. Elle ne s’emballe pas indéfiniment et ne bascule pas dans un régime de stress extrême. Le marché conserve un cadre de fonctionnement structuré, même lorsqu’il est traversé par des épisodes de panique.
L’apport essentiel du modèle GARCH réside dans l’estimation du temps de dissipation des chocs. Dans le cas d’Akdital, la demi-vie de la volatilité est estimée à environ huit séances de Bourse. Autrement dit, après un choc informationnel ou médiatique, il faut un peu plus d’une semaine pour que la moitié de son impact sur la volatilité se résorbe.
Cette mécanique statistique prend tout son sens lorsqu’on l’observe à l’œuvre dans les événements de l’automne.
Septembre-octobre 2025 : quand la peur précède l’analyse
Cette lecture statistique éclaire particulièrement bien les événements survenus entre fin septembre et mi-octobre 2025. Cette période correspond à un épisode de tension informationnelle aiguë, dans un contexte social et politique déjà fragile.
Les manifestations du mouvement Gen Z, l’annonce de la suspension des subventions aux cliniques privées, puis l’information évoquant la fermeture d’une clinique Akdital à Rabat ont constitué un enchaînement anxiogène pour le marché. Ces éléments, largement relayés sur les réseaux sociaux, ont provoqué une montée soudaine de la volatilité.
Le titre enregistre alors une séance à –5,43 %, avant de poursuivre sa baisse en intraday le 15 octobre (près de –5 %), pour finalement clôturer en quasi-stagnation. Le marché a d’abord réagi sous l’effet de la peur, avant de commencer à trier l’information.
Novembre-décembre : un second choc, une volatilité qui s’empile
Alors que la volatilité n’avait pas encore totalement reflué, un second épisode survient en novembre avec la contestation autour du projet de centres de diagnostic de proximité, suivie du retrait officiel du dossier.
Sur le plan fondamental, l’impact est limité. Sur le plan psychologique, le signal est clair : le risque réglementaire demeure présent. Le marché, encore marqué par les chocs précédents, replonge dans une phase d’aversion au risque, prolongeant la correction vers un point bas de 1 162 dirhams au 18 décembre.
Interrogé sur ce sujet, un analyste nous explique que « le principal ennemi des investisseurs, ce n’est pas la performance opérationnelle, mais le manque de visibilité. Et c’est précisément ce qui a pesé sur le titre Akdital durant ces phases » .
Selon lui, la correction observée sur le titre ne remet nullement en cause la solidité du modèle économique du groupe. « Sur le plan des fondamentaux, Akdital reste une valeur robuste : croissance soutenue de l’activité, discipline financière et exécution rigoureuse de la stratégie d’expansion. Rien, dans les chiffres, ne justifie une telle volatilité » , souligne-t-il.
La pression observée sur le cours était essentiellement liée à un excès de rumeurs ayant brouillé la lecture du marché. « Les discussions autour des subventions, les spéculations concernant les fermetures temporaires de certaines cliniques, ainsi que les interrogations du marché quant aux intentions des actionnaires historiques après la fin de la période de lock-up, ont contribué à instaurer un climat d’incertitude inédit autour du titre » . Une situation d’autant plus marquante que « ce type de correction n’a jamais été observé sur la valeur depuis son introduction en Bourse » .
Un marché qui apprend, mais n’oublie pas immédiatement
L’analyse de la volatilité d’Akdital en 2025 met ainsi en lumière une caractéristique essentielle : le marché a besoin de temps. Le temps de comprendre, le temps de trier l’information, le temps de dissiper la peur. Ce délai, mesuré empiriquement à environ huit jours, constitue la véritable variable clé du titre.
Les chocs ont bien provoqué des baisses profondes et durables. Ce que montrent les modèles, en revanche, c’est que ces chocs ne s’auto-entretiennent pas indéfiniment et finissent par perdre de leur intensité.
Les indicateurs de risque confirment cette lecture. La Value-at-Risk (VaR), qui mesure la perte maximale attendue pour un niveau de confiance donné, et la Conditional Value-at-Risk (CVaR), ou perte moyenne conditionnelle, qui estime la perte moyenne au-delà de ce seuil critique, mettent en évidence un régime de risque élevé mais quantifiable.
À un niveau de confiance de 95 %, la perte potentielle maximale journalière est estimée à –2,66 %, tandis que la CVaR à 95 % indique que, lors des journées les plus défavorables, la perte moyenne dépasse –3,7 %. À 99 %, la VaR franchit le seuil de –5 %, un niveau cohérent avec les séances les plus tendues observées à l’automne.
Un scénario de normalisation déjà enclenché
Pour l’analyste, la phase de consolidation touche désormais à sa fin. « Le marché est en train de digérer le bruit informationnel. Le titre a commencé à reprendre une trajectoire plus cohérente avec ses fondamentaux, et le retour autour de 1.200 dirhams en est un premier signal » .
À court terme, il estime que le seuil des 1.500 dirhams est atteignable, à mesure que la visibilité s’améliore et que les investisseurs réintègrent les véritables moteurs de croissance du groupe. « Une fois ce palier franchi, les niveaux de 1.700 à 1.800 dirhams ne sont pas hors de portée » , ajoute-t-il.
Par ailleurs, depuis la fin décembre, le titre a amorcé un mouvement de reprise technique significatif. Après avoir inscrit un point bas autour de 1 090 dirhams, l’action a récupéré plus de 50 % de sa dernière jambe baissière, effaçant une partie du repli enregistré à l’automne. Cette reprise s’est accompagnée d’un redressement des indicateurs de momentum et d’un retour progressif des acheteurs qui suggère tout autant une phase de normalisation après l’excès de volatilité observé précédemment.
Avis d’analystes
Cette lecture par la volatilité trouve d’ailleurs un écho clair du côté des analystes. Malgré les secousses boursières de l’automne, les fondamentaux d’Akdital continuent d’être salués par la recherche financière.
BMCE Capital a réitéré sa recommandation d’achat sur le titre, en relevant son cours cible à 1 768 dirhams, soit un potentiel de hausse de 49% par rapport aux cours de clôture du 19 décembre. La banque d’affaires s’appuie sur une croissance attendue de +51% du chiffre d’affaires en 2025, une amélioration continue de la rentabilité et une internationalisation désormais avancée, avec des premiers revenus hors Maroc attendus dès 2026.
Dans la même veine, Saham Bank considère que la volatilité récente reflète un marché encore en phase d’assimilation du risque, sans altération de la trajectoire de croissance de long terme. La thèse d’investissement demeure ainsi intacte. La banque maintient sa recommandation Acheter, avec un objectif de cours fixé à 1 700 dirhams, estimant que les fondamentaux résistent aux secousses et que les épisodes de stress offrent avant tout une lecture déformée, mais temporaire, de la valeur intrinsèque du titre.
Même son de cloche auprès de notre interlocuteur pour qui le marché n’intègre pas encore pleinement la dimension internationale du groupe. « L’acquisition du leader tunisien de la santé Toufik Hospital Group, ainsi que l’expansion rapide dans le Golfe (Jeddah, Riyad et la Mecque) constituent des relais de croissance majeurs qui ne sont pas reflétés dans le cours actuel. À mesure que ces projets se concrétisent et gagnent en visibilité opérationnelle, le marché procédera à une réévaluation progressive du titre, permettant à Akdital de retrouver ses précédents niveaux de valorisation » , indique-t-il.
Source de l’article : Boursenews



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