Affaire Epstein : on vous résume les révélations sur les liens entre la famille Lang et l’ancien homme d’affaires
L’onde de choc de l’affaire Epstein frappe désormais la France, et notamment l’un de ses plus célèbres ministres de la Culture. Dans les trois millions de nouveaux documents rendus publics vendredi 30 janvier par le ministère de la Justice américain, plusieurs dizaines d’échanges ont lieu entre la famille Lang et l’ancien homme d’affaires Jeffrey Epstein.
Les correspondances entre l’ancien ministre de l’Education et de la Culture et Jeffrey Epstein se font principalement par mail. Parfois entre eux, d’autres fois par l’intermédiaire de leurs assistants respectifs. Dans les documents consultés par franceinfo, aucune discussion ne se rapporte ou évoque les crimes sexuels dont le financier était accusé. Par ailleurs, la simple mention du nom d’une personnalité dans le dossier Epstein ne suppose aucun acte répréhensible a priori.
Les échanges témoignent en revanche d’une certaine proximité entre les deux hommes. Dans plusieurs mails, Jack Lang propose des sorties à Paris à Jeffrey Epstein, comme ce 3 décembre 2012 : « Mercredi, je dois aller voir une représentation de West Side Story. J’ai deux tickets. Veux-tu m’accompagner pour la première partie ? Nous pouvons aller boire un café avant la représentation » . Quelques heures après, l’Américain accepte l’invitation. « Oui, ce serait fun. » Le ton et les sujets de discussions sont amicaux, il s’agit la plupart du temps de brefs échanges pour caler leur prochain café. Les deux hommes semblent s’apprécier. En octobre 2013, l’homme d’affaires informe Jack Lang de sa venue à Paris pour une semaine. « Tu seras libre tous les jours ? » , lui répond-il. « Pour toi, tout le temps » , assure Jeffrey Epstein. Quelques mois avant, l’Américain écrivait à Jack Lang pour lui dire qu’il « adorerai(t) aller au Maroc la prochaine fois » que l’ancien ministre y va. A cette période, l’homme d’affaires était déjà connu de la justice américaine. En 2008, il avait été condamné à 13 mois de prison aménagés pour avoir eu recours à des prostitués mineurs. Le riche New-Yorkais avait bénéficié d’un accord, longtemps resté secret, pour ne pas être poursuivi par la justice fédérale. Son nom était toutefois inscrit au fichier des délinquants sexuels.
Les deux hommes se rendent également des services. Ainsi, le 13 septembre 2017, Jack Lang est invité à l’anniversaire du frère du prince Aga Khan. L’ancien ministre de la Culture ayant besoin d’une voiture pour s’y rendre, il se tourne vers Jeffrey Epstein. Le président de l’Institut du monde arabe introduit sa demande en louant l’altruisme de l’homme d’affaires : « Ta générosité est infinie. Puis-je abuser encore une fois ? » Avant de demander s’il peut emprunter sa voiture pour se rendre à 60 kilomètres de Paris, au domaine d’Aiglemont. « Considère que c’est fait » , réplique Jeffrey Epstein.
Quelques années plus tard, en 2018, c’est Caroline Lang qui joue les entremetteuses pour rendre service à l’homme d’affaires américain. Il veut un contact direct dans l’administration d’Emmanuel Macron pour aider l’organisateur du prix Pritzker, récompense suprême du monde de l’architecture, qui se tient en France l’année d’après. « Je demande à mon père et je reviens vers toi » , répond la fille de Jack Lang. Tom Pritzker veut organiser la cérémonie à l’Elysée, avec un discours du président de la République. La remise des prix se déroulera finalement au château de Versailles, mais Emmanuel Macron a bien donné un discours en l’honneur des lauréats, à l’Elysée, le 24 mai 2019. Un coup de pouce de Jack Lang en est-il la raison ? Contactée à ce sujet, la présidence de la République n’avait pas encore répondu à franceinfo au moment de la publication de cet article.
Dans un communiqué transmis à l’AFP, le ministre de la Culture de François Mitterrand « assume » ses liens passés avec Jeffrey Epstein, mais assure que « rien ne laissait supposer » ses crimes. Jack Lang se remémore aussi la rencontre avec l’homme d’affaires : « Volontiers mécène, il fréquentait alors le tout-Paris. Il nous avait séduits par son érudition, sa culture, sa curiosité intellectuelle » . « Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire » , se défend-il aussi. « Les valeurs humaines qui m’habitent, de dignité et de probité notamment (…) sont radicalement étrangères à ces pratiques odieuses. » Un séjour dans une maison du financier en Floride
Mais dans la famille Lang, l’homme d’affaires ne côtoie pas que le père. Des dizaines de mails et de messages témoignent aussi d’une certaine proximité avec Caroline Lang, la fille de l’ancien ministre. L’ancienne directrice générale adjointe de Warner Bros International Television Distribution est aussi engagée pour la représentation des femmes dans les médias avec l’association Pour les femmes dans les médias, dont elle est coprésidente. Elle est le principal relais des sollicitations de Jeffrey Epstein auprès de son père.
Jack Lang est ainsi souvent en copie des mails de sa fille, qui organise une partie de son agenda et de ses rencontres. Au détour d’un message de bonne année ou d’une recommandation de pièce de théâtre, l’homme d’affaires américain et la fille de Jack Lang prévoient des rendez-vous, pour se voir ou par téléphone, en famille ou en tête-à-tête.
Caroline Lang a même séjourné avec ses deux filles dans une maison de Jeffrey Epstein en Floride, en avril 2014. L’organisation de ce voyage est précisée dans un mail consulté par franceinfo, envoyé par Lesley Groff, l’assistante du milliardaire : « Caroline Lang et ses deux filles arrivent à Miami le 20 avril et vont loger dans la maison de Palm Beach. Elles resteront jusqu’au 27 avril avec une excursion à Miami » .
Cette relation s’est concrétisée par du business. Lundi, Mediapart a révélé, à partir des documents du ministère de la Justice américain, l’existence d’une société offshore dans les îles Vierges fondée par l’homme d’affaires, dont Caroline Lang détient la moitié des parts. « Il m’a dit qu’il avait payé sa dette » Cette entreprise avait pour objectif de « favoriser l’acquisition d’œuvres de jeunes artistes » , précise la fille de Jack Lang. Toutefois, les mails consultés par Mediapart précisent que les fonds viennent de la Southern Trust Company, la société de Jeffrey Epstein, et que « Madame Lang apporte son expertise et son flair pour le potentiel et la valeur artistiques » .
Interrogée par le média d’investigation sur cette société et ces liens d’affaires, Caroline Lang avoue ne pas avoir déclaré la société au fisc français : « Comme je n’avais pas mis d’argent dedans – tous les fonds provenaient de Jeffrey –, je n’ai pas mesuré les implications et les conséquences » . Elle figure même sur un testament financier signé par Jeffrey Epstein deux jours avant sa mort, lui promettant cinq millions de dollars, une somme dont elle affirme avoir ignoré l’existence, ayant demandé la liquidation de la société commune après le suicide du financier.
Source de l’article : Franceinfo



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