Accord de pêche : L’Europe revient à Rabat, filets à la main
Les pays membres de l’Union européenne ont autorisé la Commission à ouvrir des discussions avec le Maroc afin de conclure un nouveau partenariat de pêche. C’est ce que rapporte le site français Euractiv. Cette décision est non seulement un nouvel épisode d’une longue histoire halieutique, mais également un geste politique fort.
Un aveu même. Celui que Bruxelles, après avoir laissé ses juridictions dynamiter des accords stratégiques, tente désormais de recoller les morceaux d’une relation qu’elle a elle-même fragilisée. Coup d’œil dans le rétroviseur. En 2024, la Cour de justice de l’Union européenne invalide les accords de pêche et agricoles avec le Maroc au nom du « droit au consentement du peuple du Sahara occidental » .
Décision lourde de conséquences : le dernier protocole expiré en juillet 2023 n’est pas renouvelé, les navires européens quittent les eaux marocaines et un partenariat vieux de plusieurs décennies est brutalement mis en cale sèche. S’ensuit une période d’embarras, l’Europe étant tiraillée entre le respect scrupuleux de la décision judiciaire et la nécessité de préserver une coopération stratégique avec un partenaire devenu incontournable au sud de la Méditerranée. Aujourd’hui, changement de cap.
Les 27 donnent mandat à la Commission pour négocier un nouvel accord de partenariat pour une pêche durable (APPD) et un nouveau protocole d’accès aux eaux marocaines. Autrement dit, on recommence, mais autrement. Ou du moins, on essaie. Car derrière les mots policés de Bruxelles se cache une réalité simple : l’Union a besoin du Maroc. Ses flottes, en particulier espagnoles, tournent au ralenti depuis l’arrêt de l’accord. En effet, le précédent cadre (2019-2023), avant son extinction, n’avait rien d’anecdotique, d’autant qu’il autorisait 128 navires issus de 10 Etats membres à pêcher dans les eaux marocaines. Sur ce contingent, 93 étaient des navires espagnols, ce qui faisait de Madrid le premier bénéficiaire de l’accord, avec ses flottilles de Galice, d’Andalousie et des îles Canaries.
Le protocole, expiré en 2023, prévoyait, en outre, une contrepartie financière globale de 208 millions d’euros sur quatre ans, soit 52 millions d’euros par an versés au Maroc en échange des licences et de l’accès aux zones de pêche. A l’époque, Javier Garat, président d’Europêche, l’organisation représentant les pêcheurs européens, se félicitait d’ailleurs de ce partenariat, estimant que « l’accord continuera à contribuer à l’amélioration de la gestion durable des ressources halieutiques dans ces riches zones de pêche et est indispensable à l’activité de près de 128 navires issus de 10 pays de l’UE, de 700 pêcheurs et de 3.500 travailleurs à terre » .
Aujourd’hui encore, Europêche revient à la charge, soulignant la nécessité d’instaurer un nouveau cadre de partenariat, et ce, rapporte Euractiv, « à un moment où les possibilités de pêche alternatives se font de plus en plus rares, que ce soit en raison de l’accès réduit aux eaux européennes ou des pratiques de pêche non durables des pays tiers » .
Rabat en bonne posture
Rabat, lui, a beaucoup appris des péripéties judiciaires du précédent accord ainsi que des « errements juridiques » de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). En cela, le Royaume a été clair après l’arrêt de la CJUE et avait posé sa ligne rouge : aucun accord ne sera conclu s’il ne respecte l’intégrité territoriale du Maroc.
La Commission européenne sait donc que les nouvelles négociations ne seront pas un simple copier-coller d’un ancien protocole. Elle devra construire un accord capable de survivre aux prétoires européens, tout en respectant les équilibres politiques d’un partenaire qui ne négocie plus en position défensive. Le Maroc d’aujourd’hui n’est pas celui de 2019. Il a consolidé ses alliances, renforcé son poids diplomatique en Afrique et en Méditerranée et engrangé des soutiens internationaux sur la question du Sahara marocain.
Cette consolidation s’est notamment matérialisée récemment par l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a réaffirmé le cadre exclusif onusien de règlement du différend, tout en consacrant l’initiative marocaine d’autonomie comme base sérieuse, réaliste et crédible pour parvenir à une solution politique. Ce texte a été adopté dans un contexte où plusieurs capitales européennes et occidentales ont progressivement clarifié leur position en faveur du plan marocain, réduisant l’espace diplomatique des thèses adverses. Il en résulte un nouveau rapport de force qui fait que le Maroc aborde ses partenariats extérieurs à partir d’une assise politique renforcée.
Source de l’article : laquotidienne.ma



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