Abdellatif Al-Ansari : « À peine 2% des entreprises bénéficient des subventions »

Abdellatif Al-Ansari

Membre du parti de l’Istiqlal

Depuis plusieurs années, les entreprises financent la formation professionnelle à travers la taxe de formation professionnelle, sans pouvoir en bénéficier. Abdellatif Al Ansari auteur de la missive déposée auprès de la Chambre des conseillers, revient sur les dysfonctionnements persistants du dispositif de formation continue ainsi que sur le rôle des GIAC et les limites des réformes annoncées.

À quel moment avez-vous constaté que les mécanismes de formation continue financés par la TFP ne fonctionnaient plus normalement ?

Le constat s’est imposé lorsque les GIAC ont commencé à accumuler des retards importants dans la réception des subventions de l’État. Ces structures jouent pourtant un rôle central dans la formation continue et l’accompagnement des entreprises. En réalité, ce dysfonctionnement n’est pas nouveau. Il existe depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies.

De quoi parle-t-on précisément lorsqu’on évoque ce dysfonctionnement ?

Toutes les entreprises, en particulier les Très petites, petites et moyennes, s’acquittent chaque mois de la taxe de formation professionnelle à travers leurs déclarations à la CNSS. En contrepartie, une partie de cette taxe est censée financer la formation continue. Or, nous avons constaté que les 30% théoriquement alloués à cet usage ne le sont jamais intégralement. Les montants effectivement mobilisés sont souvent très inférieurs.

Qui bénéficie alors réellement de ces dispositifs ?

Les chiffres sont parlants. À peine 2% des entreprises bénéficient de ces subventions, et ce sont très souvent les mêmes. Les grandes entreprises, parfois des multinationales, disposent de l’information, maîtrisent les procédures et accèdent donc plus facilement aux mécanismes existants. À l’inverse, les TPME en sont largement exclues. Ce constat est valable à l’échelle nationale et concerne l’ensemble des secteurs.

Les GIAC sont-ils tous concernés par ce blocage ?

Oui. Tous les GIAC, relevant de l’ensemble des secteurs, sans distinction. Les fédérations professionnelles n’ont pas reçu les subventions qui devaient leur permettre de financer les études sectorielles, les diagnostics stratégiques et les plans de formation au profit de leurs entreprises adhérentes.

Comment expliquer que des budgets validés dès 2021, notamment pour les GIAC, n’aient jamais été décaissés ?

Justement, c’est toute la question. Nous n’avons pas de réponse claire. C’est la raison pour laquelle nous avons interpellé le ministre. Ces montants auraient dû être reversés aux GIAC afin qu’ils puissent remplir pleinement leur mission. Or, cela n’a pas été le cas.

Où se situe, selon vous, le point de blocage dans la chaîne de décision ?

Elle est là, toute la difficulté. Depuis 2021, le processus est à l’arrêt sans explication opérationnelle. Les bureaux d’études qui travaillent avec les GIAC ont réalisé des études sectorielles, mais ils ne peuvent être payés faute de financement. La souffrance est donc double : pour les GIAC eux-mêmes et pour les prestataires qui interviennent en amont. Pendant ce temps, les entreprises continuent de cotiser.

Justement, comment les chefs d’entreprise vivent-ils cette situation ?

Ils s’interrogent, à juste titre au sujet d’une taxe auquel ils contribuent sans bénéficier d’un retour concret. Pourtant, la formation professionnelle a fait l’objet de nombreuses orientations royales et de multiples réunions au plus haut niveau. Sur le terrain, les résultats se font toujours attendre.

Une réforme de la gouvernance de la formation continue est annoncée. Peut-elle corriger ces blocages ?

Sur le papier, oui. Théoriquement, la création d’une nouvelle instance chargée de la formation continue peut apporter une solution. Mais le problème au Maroc n’est pas tant la conception des politiques publiques que leur mise en œuvre. Nous avons souvent de bonnes stratégies, bien pensées, mais leur application se heurte à des difficultés de gouvernance. Tout dépendra donc de l’exécution effective et de la capacité de la tutelle à assumer pleinement ses responsabilités.

Mais à court terme, quelles sont les mesures concrètes qui pourraient être prises ?

La priorité est de régler les arriérés dus aux GIAC et aux bureaux d’études. Ensuite, il faut installer rapidement la nouvelle instance annoncée par le ministre, lui confier ce dossier et lui permettre de répondre, sans délai, aux besoins des entreprises en matière de formation continue.

Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma