À l’approche des élections, la création de nouveaux partis relance le débat sur l’électoralisme au Maroc

La transmission aux services du ministère de l’Intérieur d’un dossier relatif à la création d’un nouveau parti politique au Maroc, sous l’appellation « Al-Tadamoun Al-Chaabi » (Solidarité populaire), a ravivé un débat récurrent dans la sphère politique nationale : celui de la prolifération des formations partisanes à l’approche des échéances électorales.

À mesure que se profilent les élections de 2026, la question de la finalité de ces initiatives revient avec insistance. Pour plusieurs observateurs, cette dynamique traduit moins un renouveau idéologique qu’une tendance persistante à la création de partis à vocation strictement électorale, souvent détachés d’un projet politique structuré et durable. « Ce qui suscite l’étonnement, c’est que chaque année électorale voit apparaître un nouveau parti » , observe Abdelaziz Al-Qarraqi, universitaire et chercheur en sciences politiques. « Dès le moment de sa création et au regard du contexte général, tout porte à croire que ce parti est fondé avant tout avec une finalité électorale » , souligne-t-il.

Dans une déclaration à Hespress, le chercheur se garde toutefois de tout jugement définitif. « Il est encore prématuré de se prononcer sans connaître la composition du parti, la philosophie qui le sous-tend et les fondements idéologiques sur lesquels il repose » , précise-t-il. Mais pour Al-Qarraqi, le rôle d’un parti politique ne saurait se limiter à la conquête de sièges. « La logique voudrait qu’un parti constitue un cadre d’encadrement des citoyens. Or, cet encadrement ne doit pas être lié uniquement au moment électoral, mais s’inscrire dans un processus continu, autour des problématiques de la société, afin de permettre aux citoyens de vivre la politique de manière organisée et régulière » , a-t-il poursuivi.

S’il reconnaît que les élections représentent une étape centrale de la vie politique, le chercheur insiste sur leur caractère ponctuel. « Le moment électoral est important, mais il ne constitue qu’un instant parmi d’autres dans l’expérience politique d’une société. Un parti créé exclusivement pour les élections, dans une logique électoraliste étroite, ne peut offrir une véritable valeur ajoutée à l’action politique. » Le chercheur estime, plus largement, que le Maroc « a besoin de partis capables de produire une pensée politique nouvelle, à même d’accompagner les grandes mutations que traverse le pays et d’intégrer les avancées économiques et sociales en cours » . Il relève qu’au cours de l’actuelle législature, « ce déficit est apparu de manière flagrante » . Face à certains phénomènes sociaux ou politiques, ajoute-t-il, « on attend l’intervention des partis, mais on se heurte souvent à un vide, à l’exception de quelques formations bien identifiées dans le paysage politique marocain » .

Pour sa part, Abbas El Ouardi, analyste politique et professeur de sciences politiques et de droit public, replace le débat dans son cadre institutionnel. « La création des partis politiques au Maroc est étroitement liée au climat constitutionnel » , rappelle-t-il, soulignant qu’elle est encadrée par l’article 7 de la Constitution de 2011 ainsi que par la loi organique relative aux partis politiques, laquelle fixe les conditions et les modalités de leur fondation.

Dans une déclaration à Hespress, El Ouardi précise que ce processus est soumis à des procédures administratives rigoureuses, incluant notamment la déclaration préalable et l’obtention du récépissé légal délivré par le ministère de l’Intérieur. « Ce cadre juridique garantit la liberté du pluralisme partisan tout en l’organisant » , explique-t-il, faisant de la création de partis « un droit constitutionnel et institutionnel pleinement légitime » .

Pour autant, le professeur observe que la scène politique marocaine connaît actuellement « des mouvements de nouveaux acteurs cherchant à intégrer le champ partisan, dans un système pluraliste qui compte déjà plus de trente partis » . Selon lui, le véritable enjeu ne réside pas dans la multiplication des structures, mais dans leur capacité à peser sur le débat public. « La question centrale est de savoir ce que ces partis peuvent apporter au paysage politique, et s’ils sont en mesure de convaincre les électeurs dans un délai relativement court, à l’approche des élections de 2026 » , souligne-t-il. D’autant que, rappelle El Ouardi, « l’obtention de résultats électoraux significatifs exige du temps » . Construire une base militante, affirmer une identité idéologique, faire connaître un programme politique : autant d’étapes qui supposent « des cadres qualifiés, capables d’assurer l’encadrement et la communication avec les citoyens » .

Dans cette perspective, l’analyste estime que « le pari ne doit pas être exclusivement électoral, mais s’inscrire dans la construction d’un projet politique intégré, en phase avec la culture de la société marocaine et ses transformations » .

El Ouardi relève enfin que, malgré le pluralisme du système partisan, « les partis traditionnels continuent de bénéficier d’une présence forte, en raison de leurs ressources organisationnelles et humaines » . Concernant les prochaines échéances, il évoque une orientation générale visant à « lutter contre la corruption électorale et à renforcer la transparence, conformément aux nouvelles lois organiques en vigueur » .

Ces évolutions, conclut-il, devraient pousser les partis à améliorer leurs offres politiques et à renforcer la participation interne, notamment dans un contexte marqué par la mobilisation croissante des jeunes sur les réseaux sociaux. Autant de facteurs qui font des élections de 2026 « une étape charnière du parcours politique marocain » .

Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc