À la CAN 2025 au Maroc, des hymnes et des tubes pour le ballon rond

Le défi qui attend les Cœlacanthes des Comores est de taille : ce 21 décembre, en ouverture de la CAN 2025, ils affronteront les Lions de l’Atlas du Maroc, le pays organisateur. Près de cent places les séparent au classement mondial de la FIFA. Pour encourager l’équipe de l’océan Indien, qui fait figure de petit poucet de la compétition, plusieurs chansons ont été enregistrées par les artistes des îles de la Lune ou qui en sont originaires.

Dans l’archipel, les titres de Joban Jo, Momoboss ou DJ R (qui avait adapté pour l’occasion « Magic in the Air » des Ivoiriens de Magic System) accompagnent depuis déjà plusieurs années les matchs des « Veri Piya » , en référence aux maillots verts des joueurs. À près de 7 000 kilomètres de là, la très nombreuse communauté comorienne qui vit en France n’est pas en reste : le collectif Quatre Étoiles, composé de rappeurs basés à Marseille, vient de se mobiliser avec « Vous avez faim » afin d’exacerber la détermination du Onze national.

Patriotisme panafricain

Cet événement sportif, qui rythme la vie footballistique du continent africain tous les deux ans, est une source inépuisable d’inspiration sur le plan musical. Quelle que soit leur notoriété locale, ils sont nombreux, dans chacun des 24 pays qualifiés et même au-delà, à écrire et composer des titres destinés à soutenir ceux qui fouleront les pelouses de cette nouvelle édition de la CAN. L’essor récent de l’intelligence artificielle générative ne devrait qu’amplifier le phénomène.

Beaucoup de prétendants, mais aucune garantie de succès – y compris en cas de victoire – pour toutes ces initiatives personnelles. Si certaines exaltent le sentiment national, d’autres célèbrent le rendez-vous sportif sans chauvinisme, à l’exemple de « Champions d’Afrique » qui réunissait en 2017 de jeunes talents burkinabés (Fleur, Iska, Limachel, Malika la slammeuse, Will B Black).

C’est souvent au fil de la compétition que se dessine le statut d’hymne officieux : une chanson s’impose, adoubée à la fois par le public comme par les joueurs, pour des raisons qui échappent à toute prédiction. « Coup du marteau » de l’Ivoirien Tam Sir, tube incontestable de la CAN 2023 (qui s’est déroulée en 2024), en constitue le dernier exemple en date. Il avait pourtant de redoutables concurrents, à commencer par le reggaeman Alpha Blondy, qui avait mis toutes les chances de son côté en partageant le micro avec Didi B, Soum Bill et Roseline Layo sur « Ayoka » .

Sur la ligne de départ se trouvait également Magic System, avec « Akwaba » , hymne officiel de la compétition. Le quatuor star du zouglou avait tenu à donner à cette commande une dimension panafricaine, à l’image du tournoi, en collaborant avec l’Égyptien Mohamed Ramadan, la Nigériane Yemi Alade et l’arrangeur franco-congolais Dany Synthé.

Ceux qui s’étaient livrés à cet exercice de style lors des précédentes CAN avaient déjà adopté une démarche similaire : en 2015, les Togolais Toofan avaient formé une dream team avec, entre autres, le Congolais Fally Ipupa, l’Ougandais Eddy Kenzo, le Nigérian Wizkid ; en 2019, l’Ivoirienne Dobet Gnahoré avait été associée au Nigérian Femi Kuti et à l’Égyptien Hakim.

De la CAN à la « sono mondiale » En 1972, pour la huitième édition de la compétition, Manu Dibango avait joué une autre carte en composant une marche à la demande des autorités camerounaises. Mais que placer en face B du 45 tours distribué gratuitement ? « J’avais ce morceau, » Soul Makossa « , depuis quelques temps. Je le répétais dans la cour, chez moi, à Douala […]. J’avais remarqué que les mômes rigolaient des jeux de mots avec ces onomatopées […], alors je me suis dit que, comme je ne pourrais jamais rien en faire sur un disque normal, j’allais le caser là » , racontait le saxophoniste dans l’ouvrage Conversations avec Yves Bigot (2023). Si l’hymne officiel n’a pas survécu à la compétition, ce qui s’apparentait à un bouche-trou est devenu l’étendard de la « sono mondiale » , un classique propulsant son auteur sur la scène internationale.

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Source de l’article : RFI