Le Maroc peut-il tirer profit du basculement industriel mondial ?
Le Maroc se retrouve au cœur d’un basculement industriel mondial. Alors que les grandes puissances cherchent à réduire leur dépendance à la Chine dans les technologies énergétiques, le Royaume apparaît comme un candidat crédible à la relocalisation de certaines chaînes de production, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, qui met en avant le potentiel stratégique de régions comme l’Afrique du Nord dans la nouvelle géographie industrielle de l’énergie.
Le paysage énergétique mondial est en pleine recomposition. Sous l’effet des tensions géopolitiques, de la transition vers les énergies propres et du retour en force des politiques industrielles, les chaînes d’approvisionnement des technologies énergétiques connaissent une mutation profonde.
Dans son rapport « Energy Technology Perspectives 2026 » , l’Agence internationale de l’énergie souligne une concentration particulièrement élevée de la production mondiale entre les mains d’un nombre limité d’acteurs, avec la Chine en position dominante. Dans plusieurs segments clés, celle-ci concentre entre 60 % et 85 % des capacités industrielles, un niveau jugé problématique par de nombreuses économies en quête de sécurité énergétique.
Face à cette dépendance, les grandes puissances accélèrent leur stratégie de diversification. États-Unis, Union européenne et Inde multiplient les mesures visant à sécuriser leurs approvisionnements, à travers des politiques de soutien à la production locale, mais aussi en recherchant de nouveaux partenaires industriels.
Cette dynamique ne se traduit pas uniquement par une relocalisation interne. Elle ouvre également la voie à l’émergence de zones intermédiaires, capables d’accueillir certaines étapes de production dans des conditions compétitives. C’est dans ce contexte que l’Afrique du Nord, et en particulier le Maroc, se positionne.
Le rapport de l’Agence met en avant le potentiel de certaines régions disposant d’un accès à une énergie renouvelable abondante et à faible coût. Il évoque notamment la possibilité de structurer des chaînes de valeur hybrides, combinant production européenne et fabrication de composants dans des régions comme l’Afrique du Nord, afin de réduire les coûts globaux.
Pour le Maroc, cette recomposition constitue une opportunité stratégique majeure. Le Royaume bénéficie d’un positionnement géographique privilégié, à proximité immédiate du marché européen, tout en développant activement ses capacités dans les énergies renouvelables. Les investissements dans le solaire et l’éolien, ainsi que les ambitions affichées autour de l’hydrogène vert, renforcent son attractivité dans cette nouvelle donne industrielle.
À cela s’ajoutent des facteurs structurels favorables, tels que la stabilité institutionnelle et l’amélioration continue des infrastructures, qui contribuent à renforcer la crédibilité du Royaume en tant que plateforme industrielle.
Des défis à relever
Le rapport met en évidence un contexte international marqué par une concurrence accrue entre régions cherchant à capter ces investissements. Le Moyen-Orient, l’Asie du Sud-Est ou encore certaines économies émergentes disposent également d’atouts significatifs, notamment en termes de coûts énergétiques ou de soutien public.
Par ailleurs, la complexité des chaînes de valeur constitue un obstacle majeur. Certaines étapes critiques de production demeurent fortement concentrées, limitant la capacité de nouveaux entrants à s’intégrer rapidement dans les segments les plus stratégiques.
Dans ce contexte, le Maroc devra faire des choix ciblés. L’enjeu ne sera pas seulement d’attirer des investissements, mais de se positionner sur des segments précis, à forte valeur ajoutée, où ses avantages comparatifs peuvent être pleinement exploités.
Au-delà des opportunités immédiates, c’est la question de la souveraineté industrielle qui se pose. La transition énergétique ne se limite plus à la production d’électricité verte : elle implique désormais la maîtrise des technologies, des chaînes d’approvisionnement et des capacités industrielles associées. Les décisions prises aujourd’hui auront des effets durables sur la place du Royaume dans cette nouvelle économie de l’énergie.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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