Polisario Front Terrorist Designation Act: au Brésil, le Polisario s’affiche dans la nébuleuse pro-Iran
Trois événements organisés au Brésil ce mois de Mars ont vu la participation active de représentants du Polisario. Tous avaient un point commun: un soutien explicite à « l’axe de la résistance » et à leur mentor, l’Iran, dans la guerre qui l’oppose aux États-Unis. Dans ce décor, le Polisario n’a pas choisi la discrétion. Il a au contraire plongé la tête la première, au risque d’alimenter les arguments des États-Unis qui veulent désormais l’étiqueter parmi les mouvements terroristes liés à la galaxie iranienne.
Notons que le Brésil ne reconnaît ni la RASD ni le Polisario. Brasilia tolère toutefois l’existence d’un bureau de représentation à caractère associatif, dirigé depuis 2021 par Ahmed Mulay Ali Hamadi. C’est ce représentant qui s’est retrouvé au centre de cette séquence brésilienne, présent dans chacun des rendez-vous, de l’université de Brasilia à la conférence internationale de Porto Alegre.
Brasilia, 13 mars: le Polisario apparaît aux côtés de l’ambassadeur d’Iran au Brésil
Premier épisode, le 13 mars, à l’université de Brasilia. La capitale fédérale accueille alors une édition de la Journée internationale d’al-Qods, initiative née en Iran et traditionnellement consacrée à l’expression d’une solidarité militante avec la cause palestinienne. Cette année, le ton a clairement dépassé ce seul registre. Le rendez-vous a pris les allures d’une tribune de dénonciation des États-Unis et de leurs alliés dans le contexte de la guerre avec l’Iran.
Parmi les organisateurs figurait l’Association de solidarité et pour l’autodétermination du peuple sahraoui, l’ASAARAUÍ, principal relais pro-Polisario au Brésil. Environ 300 personnes étaient présentes dans l’auditorium de l’Université de Brasilia, établissement où les milieux de gauche sont fortement implantés. Ahmed Mulay Ali Hamadi y apparaissait au premier rang, assis sur le siège voisin à l’ambassadeur d’Iran au Brésil, Hossein Khaliloo, ainsi que du représentant cubain.
La cérémonie s’est ouverte dans une ambiance à forte charge idéologique, avec un chant en persan et une scénographie destinée à inscrire la rencontre dans une solidarité politique avec Téhéran: une minute de silence observée à la mémoire du bourreau Ali Khamenei. Le représentant du Polisario, Ahmed Mulay Ali Hamadi, a ensuite bénéficié d’un temps de parole d’une dizaine de minutes. Son intervention a consisté à faire un parallèle direct entre ce qu’il a présenté comme la lutte anti-impérialiste de l’Iran et celle des séparatistes sahraouis face au Maroc.
Le contenu de son discours vaut le détour. Ahmed Mulay Ali Hamadi a repris, devant un auditoire composé d’étudiants et d’acteurs associatifs peu familiers du dossier du Sahara, plusieurs éléments classiques de la propagande du Polisario. Il a aussi truffé son discours de mensonges. Il a notamment affirmé que le mur de défense marocain avait été érigé par « l’entité colonisatrice du Maroc pour séparer les familles sahraouies » , suggérant que les populations vivant à Laâyoune ou Dakhla seraient en quelque sorte coupées de leurs proches par une politique d’enfermement. Il a également soutenu que « l’Espagne avait vendu le Sahara occidental au Maroc en 1975 » , dans une formulation destinée à faire croire à un transaction financière entre Madrid et Rabat.
Dans sa tentative de réécriture de l’histoire, le représentant du Polisario a choisi de passer sous silence les évolutions intervenues après la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, et en particulier les réunions organisées par Washington pour mettre un terme au conflit où, on le sait, le Polisario et son tuteur, le régime d’Alger, ont plié et s’accommodent désormais avec la souveraineté marocaine sur le Sahara. Il a conclu son intervention par le slogan « Patria o martirio » ( « patrie ou martyr » ) en saluant l’ambassadeur d’Iran au Brésil, avant d’inviter l’assistance aux célébrations du 50e anniversaire de la RASD prévues le 9 avril 2026 dans ce qu’il a appelé les « territoires libérés » . En réalité, cette célébration aura lieu dans les camps de Tindouf installés sur le territoire algérien.
Le rôle trouble de l’ASAARAUÍ
Cette première séquence a également mis en avant un autre acteur: l’ASAARAUÍ. Sa présidente, Maria José Maninha, figure connue des milieux militants de gauche et membre du Parti socialisme et liberté (PSOL), a joué un rôle trouble dans la rencontre. Un geste a particulièrement retenu l’attention: elle a remis, en public, à l’ambassadeur iranien une lettre qu’elle a présentée comme provenant du ministère iranien des Affaires étrangères. « dans ces forums, le Polisario s’inscrit durablement dans un espace politique structuré par le soutien sans faille à l’Iran et ses satellites anti-États-Unis » — Karim Serraj
Le fait n’est pas anodin. Qu’une association pro-Polisario, censée militer pour la cause sahraouie au Brésil, serve de relais visible à une correspondance diplomatique iranienne interroge sur la nature des relations de confiance qui se sont nouées entre ces réseaux. Maria José Maninha a, du reste, donné elle-même la tonalité politique de cette proximité, en expliquant que la solidarité avec les Sahraouis passait par « la lutte contre l’impérialisme américain et sioniste » .
Dit autrement, l’ASAARAUÍ ne se contente plus d’un activisme centré sur le Sahara. Elle inscrit désormais sa cause dans une coalition idéologique plus vaste, où se retrouvent défense de l’Iran, rhétorique anti-américaine, soutien à la Palestine et références à l’ « axe de la résistance » . Pour Washington, une telle démonstration ne peut que conforter les soupçons déjà pesants sur la véritable nature de ces miliciens.
23 mars: à Brasilia, le Polisario invité d’un débat sur « l’anti-impérialisme » Dix jours plus tard, toujours à l’Université de Brasilia, un nouveau rendez-vous confirme cette orientation. Le 23 mars, ExBEPe, commission de fondation de l’exécutif brésilien des étudiants en pédagogie, et le Mouvement révolutionnaire étudiant, le MEPR, organisent une table ronde sous le titre « Lutte anti-impérialiste et solidarité internationale » .
Là encore, Ahmed Mulay Ali Hamadi est présent. Il partage l’affiche avec un enseignant de l’université, Rogério Basali, le militant Pedro Batista, de l’Internacional Antifascista, l’analyste Sayid Tenório, de l’Ibraspal, et le militant vénézuélien Freddy Meregote. Le ton général de la rencontre est sans ambiguïté: dénonciation des attaques américaines contre l’Iran, appel à la constitution d’une « large coalition anti-impérialiste » , condamnation de l’influence de Washington dans les conflits régionaux.
Le représentant du Polisario consacre, pour sa part, son intervention à ce qu’il appelle « la lutte contre le colonialisme marocain » . Il accuse les États-Unis de soutenir matériellement l’armée marocaine, aux côtés d’Israël et de la France, et appelle la jeunesse brésilienne à ouvrir les universités au « combat sahraoui » . Le message n’est pas seulement diplomatique. Il vise aussi à installer la cause séparatiste dans les imaginaires militants latino-américains, au même rang que les autres luttes présentées comme anticoloniales.
Plus significatif encore, plusieurs intervenants parlent du Polisario comme d’un exemple de résistance dans le cadre plus large de l’ « axe anti-impérialiste » . Sayid Tenório salue sa « résilience » face aux puissances occidentales. Pedro Batista, l’un des dirigeants du MEPR, va dans le même sens en saluant la présence des délégations sahraouie et cubaine, et en louant le soutien du Polisario aux « peuples opprimés » . À travers la Palestine, l’Iran et les réseaux qui gravitent autour du Hezbollah ou de la mouvance dite de la résistance, le mouvement séparatiste se retrouve ainsi placé dans une cartographie politique dont il ne pourra plus facilement se dissocier.
Porto Alegre, 26 au 29 mars: le Polisario dans une conférence internationale anti-États-Unis
Le troisième épisode se déroule à Porto Alegre, dans l’État du Rio Grande do Sul, du 26 au 29 mars. La ville accueille alors la première Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples. L’initiative est portée par des formations bien identifiées de la gauche brésilienne: le PSOL, le Parti des travailleurs et le Parti communiste du Brésil. Plusieurs associations s’y agrègent, dont l’ASAARAUÍ.
La conférence réunit des délégations venues de plus de trente pays. Les discours y dénoncent les guerres attribuées aux États-Unis et à leurs alliés, dans un cadre mêlant antifascisme, anti-impérialisme et souverainisme militant. Sur la cinquième table, consacrée aux luttes anti-impérialistes, Ahmed Mulay Ali Hamadi intervient aux côtés de Blanca Eekhout, ministre vénézuélienne.
Le contenu de sa prise de parole reprend les mêmes thèmes que ceux déjà entendus à Brasilia. Le représentant du Polisario évoque des « familles séquestrées » à Laâyoune et Dakhla, soutient que les États-Unis participeraient, aux côtés de l’armée marocaine, à la guerre dans le Sahara, et affirme que Washington ferait obstacle à l’application des résolutions onusiennes. Il avance aussi grossièrement que la RASD serait reconnue par 84 États, un chiffre ubuesque.
En conclusion, il exhorte le président Lula à reconnaître officiellement la RASD. Et il termine, une nouvelle fois, par le slogan « les Sahraouis sont décidés à lutter jusqu’à la victoire. Patrie ou martyr » . Le propos n’a rien d’anecdotique. Il montre que, dans ces forums, le Polisario s’inscrit durablement dans un espace politique structuré par le soutien sans faille à l’Iran et ses satellites anti-États-Unis.
Un pari risqué à l’heure du durcissement américain
Depuis les années 1970, Brasilia a choisi une ligne de neutralité sur le conflit du Sahara. Ni la RASD ni le Polisario ne bénéficient d’une reconnaissance officielle. Le bureau des miliciens au Brésil fonctionne sous un habillage associatif et culturel. En pratique, il tente toutefois d’agir comme une représentation politique quasi diplomatique: participation à des événements publics, contact avec des partis, travail d’influence dans les milieux militants et universitaires.
Ahmed Mulay Ali Hamadi lui-même ne cache pas cette ambition. En 2023, dans un entretien accordé à Peoples Dispatch, il plaidait déjà pour l’ouverture d’une véritable ambassade et expliquait travailler à l’obtention d’une reconnaissance par le gouvernement Lula. En parallèle, l’ASAARAUÍ poursuit un activisme soutenu: conférences, campagnes de sensibilisation, voyages vers les camps de Tindouf. En 2025, l’association avait même organisé un séjour de solidarité de treize jours, rassemblant des acteurs de la société civile et quelques responsables politiques.
Reste la question centrale: que peut coûter au Polisario cette surexposition dans des cercles militants proches de l’Iran et de la rhétorique anti-américaine? Car le contexte a changé. À Washington, plusieurs élus et responsables poussent désormais pour un durcissement de la ligne à l’égard du mouvement séparatiste. Le « Polisario Front Terrorist Designation Act » s’inscrit précisément dans cette logique: documenter les connexions du Polisario avec des réseaux pro-iraniens et justifier un classement terroriste du mouvement.
Dans ce contexte, voir son représentant assis aux côtés de diplomates iraniens et cubains, entendre le mouvement applaudi dans des forums où l’anti-américanisme sert de colonne vertébrale idéologique, constater le rôle d’associations sahraouies dans des circuits de proximité avec Téhéran: tout cela fournit de la matière à Washington. Le mouvement accrédite de facto l’image que la CIA cherche à imposer: celle d’un acteur qui ne gravite plus seulement autour du séparatisme saharien, mais qui s’insère dans une nébuleuse politique alignée contre Washington. Au Brésil, le Polisario a voulu se rendre plus audible. Il pourrait surtout s’être rendu plus vulnérable.
Source de l’article : Le360



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