« Ma République et moi » au théâtre de La Criée, un spectacle qui questionne notre société avec humour et tendresse

« Ma République et moi » au théâtre de La Criée, un spectacle qui questionne notre société avec humour et tendresse

Article rédigé dans le cadre d’un partenariat.

Petit, il aurait parfois préféré avoir une mère « comme dans les pubs » . Devenu grand, l’acteur et metteur en scène Issam Rachyq-Ahrad livre un hommage drôle et touchant à celle qui l’a élevé et nous parle, à travers elle, de notre société. « Ma République et moi » , à découvrir du 1er au 8 avril sur la scène marseillaise.

Issam est comédien, il aime Molière, le foot et supporte la France et le Maroc. Sa mère Malika est cuisinière dans un hôpital et paie ses impôts. Elle a tout donné à ses enfants et ne demande rien à personne. Mais d’autres lui demandent des comptes, d’autres veulent lui dire comment vivre et personne ne lui demande son avis. Mais pour une fois sa mère va parler.

Techniquement, « Ma République et moi » est un seul en scène. Mais en réalité, Issam Rachyq-Ahrad joue constamment avec le public et l’invite chez sa mère, personnage principal du spectacle, dont il tisse un tendre portrait.

Sa mère et son amour pour Dalida, sa mère et son sens de l’hospitalité, sa mère, arrivée du Maroc à 16 ans et qui, le jour où elle décide de porter le foulard, suscite une gêne, voire de la honte chez le petit garçon qu’est alors Issam…

Une réflexion sur la société et l’identité

L’exploration pleine d’humour de cette relation intime ouvre la voie à une réflexion sur nos façons de faire société, sur la liberté de choisir son ou ses identité(s), mais aussi sur la manière de soigner des blessures d’humiliation.

Car c’est un incident survenu en 2019 qui a déclenché l’écriture de ce spectacle, comme le raconte l’auteur dans sa note d’intention : « lors d’une séance du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, un élu du Rassemblement National a violemment pris à partie une femme voilée qui accompagnait des élèves lors d’une sortie destinée à les sensibiliser aux valeurs de la République. Son fils de dix ans était à ses côtés. Cette agression verbale fut un déclencheur pour Issam Rachyq-Ahrad, lui rappelant sa propre enfance, allant de scènes d’humiliation à sa honte à lui et au silence de sa mère » .

Devenu adulte, Issam convoque les souvenirs de sa vie quotidienne auprès de sa mère pour sortir de son incompréhension et de son propre préjugé contre ce bout de tissu qu’elle porte. Se dessine alors peu à peu le portrait sensible d’une mère, qui rend hommage à sa dignité.

En déplaçant le regard sur celle qui le porte plutôt que sur le foulard lui-même, il propose une rencontre et offre à sa mère, comme à nous tous, la possibilité d’une réparation.

Issam Rachyq-Ahrad

Un théâtre destiné à tous

Diplômé du Conservatoire national de Bordeaux et de l’École Nationale d’Acteurs de Cannes, professeur d’art dramatique, Issam Rachyq-Ahrad se veut porteur d’un théâtre destiné à tous, et notamment à ceux qui s’en sentent éloignés : « je dois beaucoup au théâtre public dont la découverte a contribué à ouvrir ma vie » écrit-il. « Ma double culture, mon éducation, mes rêves, ont trouvé à travers lui le moyen de s’exprimer. Pour cette raison, je suis particulièrement sensible à l’idée de transmettre et de partager avec ceux qui en auraient envie, ou besoin, notamment tous ceux issus de quartiers défavorisés ou en difficulté » .

On me demande toujours : – Issam d’où tu viens ? Je dis : je suis Charentais. – Non mais avant ? Avant quoi ? – Avant d’être Charentais ? Ben avant j’étais pas né. – Mais quand t’es né ? Quand je suis né ? C’est moi qui ne comprends pas ?

Extrait du spectacle « Ma République et moi » Créé en 2023, « Ma République et moi » est son premier spectacle. Et le succès ne se dément pas, tant la pièce mêle lucidité, humour et tendresse pour parler des relations entre parents et enfants et de la place de chacun au sein de la société.

Inclusion et convivialité

L’accessibilité au plus grand nombre étant une préoccupation majeure de La Criée tout au long de l’année, ce spectacle a fait l’objet d’une adaptation en langue des signes : deux représentations en LSF sont organisées le 2 avril, avec des places réservées pour les personnes sourdes.

De même, sera proposée le 7 avril une représentation dite « relax » , pour laquelle les codes traditionnels du théâtre sont assouplis. Ce dispositif inclusif s’adresse aux publics en situation de handicap intellectuel, cognitif ou psychique, ou à toute personne qui souhaiterait bénéficier d’un environnement plus détendu pour vivre et exprimer ses émotions à sa façon.

Enfin, l’accueil et la convivialité étant au coeur du spectacle, les équipes de La Criée proposent aux spectateurs, le 8 avril, un atelier de cuisine aux côtés de Malika, la mère d’Issam Rachyq-Ahrad. Des plats marocains à préparer puis à déguster ensemble, sur place. Un autre moment de partage et de bienveillance, comme un écho à la pièce.

Source de l’article : France 3 Régions

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