Comment Akdital participe à redessiner la carte sanitaire du Maroc
Avec près de 500 millions de dirhams de résultat net, 41 établissements dans 24 villes et plus d’un million d’admissions, le leader marocain de la santé privée clôture 2025 sur des performances financières spectaculaires — mais c’est son empreinte humaine et territoriale qui retient davantage l’attention
Il y a encore quelques années, un patient atteint d’un cancer à Taroudant, Béni Mellal ou Nador n’avait d’autre choix que de parcourir des centaines de kilomètres pour espérer une prise en charge digne de ce nom. Accéder à un scanner, à un accélérateur de radiothérapie ou à une unité de cardiologie interventionnelle relevait, dans ces territoires éloignés de l’axe Casablanca-Rabat, du parcours du combattant. C’est précisément cette fracture sanitaire que le groupe Akdital s’est donné pour mission de réduire, et les résultats annuels présentés vendredi 28 mars 2026 à Casablanca montrent que la promesse commence à se matérialiser à une échelle rarement observée dans le secteur privé africain.
Des chiffres qui traduisent une accélération sans précédent
Le directeur général délégué en charge des opérations supports et transformation, Ilyas El Harti, a posé le décor d’entrée de jeu : le résultat net consolidé du groupe s’est établi à 494 millions de dirhams en 2025, en hausse de 42 % par rapport à l’exercice précédent. Le chiffre d’affaires a franchi pour la première fois la barre des 4 milliards de dirhams, atteignant 4 413 millions, soit une progression de 49 % comparée à 2024. L’EBITDA consolidé ressort à 1 214 millions de dirhams, en croissance de 45 %, avec une marge de 27,5 % qui, si elle recule légèrement de 0,9 point, reste remarquablement solide pour un groupe en pleine phase d’expansion.
Cette performance s’explique par la conjonction de deux dynamiques complémentaires. D’un côté, l’effet année pleine des établissements ouverts en 2024 et la contribution des huit nouvelles structures inaugurées en 2025 — à Guelmim, Laâyoune (deux établissements), Nador, Oujda (deux structures), et Rabat (deux unités) — représentent ensemble près de 74 % de la croissance du chiffre d’affaires. De l’autre, le périmètre historique, c’est-à-dire les cliniques et hôpitaux déjà matures, affiche lui aussi une croissance organique soutenue de 14 %, signe que la montée en charge des établissements existants se poursuit.
L’ancrage territorial, colonne vertébrale du projet
C’est toutefois en quittant la lecture strictement comptable que la trajectoire d’Akdital prend tout son sens. Rochdi Talib, le président-directeur général et fondateur du groupe, a insisté lors de la conférence de presse sur un fait structurant : le réseau couvre désormais les douze régions administratives du Royaume. 75 % des installations médicales du groupe sont situées en dehors de l’axe Casablanca-Rabat. 80 % des patients traités en oncologie et en chirurgie lourde sont pris en charge dans ces établissements régionaux. L’ambition, formulée dès l’origine du projet, de rapprocher une médecine de qualité des populations éloignées des grands centres urbains n’est plus un slogan : c’est un fait mesurable.
Les chiffres d’activité médicale viennent étayer cette réalité de manière éloquente. En 2025, le groupe a enregistré 1 149 801 admissions toutes spécialités confondues, contre 672 034 un an plus tôt, soit une progression de 71 %. Plus de 566 000 patients ont été directement pris en charge, en hausse de 60 %, dont 62 % dans des établissements situés hors de l’axe Casa-Rabat. En oncologie, 22 768 patients ont été traités, dont 66 % en région. Les 3 323 chirurgies cardiovasculaires réalisées se sont déroulées pour 53 % d’entre elles en dehors des deux métropoles historiques, tout comme 72 % des 10 060 dilatations coronaires pratiquées. Ces proportions, loin d’être anecdotiques, témoignent d’un rééquilibrage territorial concret de l’offre de soins spécialisés.
Les naissances constituent un autre indicateur révélateur de cet ancrage. En 2025, 31 217 naissances ont été enregistrées dans les établissements Akdital, ce qui représente 5,8 % des naissances nationales, contre seulement 2,8 % l’année précédente. Cette progression traduit la confiance croissante des familles, y compris dans les villes moyennes, envers un réseau hospitalier privé capable de garantir des conditions de sécurité et de confort comparables à celles des grandes métropoles.
Des plateaux techniques aux standards internationaux
L’ambition territoriale d’Akdital serait vaine si elle ne s’accompagnait pas d’un investissement massif dans les équipements médicaux. À fin 2025, le réseau dispose de 4 505 lits dont 799 créés sur l’exercice, de 243 blocs opératoires (contre 197 en 2024), de 1 076 lits de soins intensifs, de 381 boxes de réanimation adulte, de 169 lits de réanimation néonatale, de 30 salles de cathétérisme, de 28 accélérateurs de radiothérapie, de 437 fauteuils de chimiothérapie et de 190 équipements de radiologie. Huit centres de médecine nucléaire et huit PET-scan complètent un plateau technique qui place le groupe au niveau des standards hospitaliers observés dans les pays de l’OCDE.
L’innovation médicale constitue un autre marqueur de cette ambition qualitative. En 2025, 200 chirurgies robotisées ont été réalisées, et quatre interventions pionnières au Maroc et en Afrique ont été menées à bien, illustrant la volonté du groupe de repousser les frontières de la pratique médicale sur le continent. À Errachidia, dans la région de Drâa-Tafilalet, la clinique internationale dispose désormais d’une salle de cathétérisme pour la cardiologie interventionnelle, d’une IRM et de huit blocs opératoires — des équipements qui auraient été impensables dans cette ville il y a quelques années à peine. À Laâyoune, la Polyclinique Internationale a introduit la chirurgie robotique pour la première fois dans les provinces du Sud, tout en proposant un centre de radiothérapie et de dialyse complet. Ces exemples incarnent la philosophie du groupe : apporter les technologies les plus avancées là où elles n’existaient pas.
La reconnaissance internationale de ces efforts est venue couronner cette démarche. Deux établissements casablancais du groupe — l’Hôpital Privé de Casablanca et le Centre International d’Oncologie de Casablanca — ont obtenu l’accréditation Platine Qmentum International, décernée par Accréditation Canada, la plus haute distinction de ce référentiel. C’est une première double accréditation platine sur le continent africain. La généralisation progressive de cette certification à l’ensemble du réseau est engagée à partir de 2026.
AMO Tadamon : un levier d’inclusion sanitaire
L’un des faits les plus significatifs révélés par les comptes 2025 concerne la place prise par le régime AMO Tadamon dans la facturation du groupe. Ce dispositif, mis en place dans le cadre de la généralisation de la couverture médicale au Maroc, permet aux populations les plus vulnérables — anciens bénéficiaires du RAMED — d’accéder aux soins dans le secteur privé, l’État prenant en charge l’intégralité de leurs cotisations. En 2025, la facturation liée à AMO Tadamon a représenté 640 millions de dirhams, soit 11 % de la facturation globale d’Akdital et 7 % du budget alloué par l’État à ce régime.
Ce chiffre illustre de façon tangible la contribution du secteur privé hospitalier à la politique nationale de protection sociale. Le fait que des patients couverts par AMO Tadamon puissent désormais accéder à des plateaux techniques de dernière génération — que ce soit une IRM à Errachidia, un centre d’hémodialyse à Laâyoune ou un fauteuil de chimiothérapie à Benguérir — constitue un changement de paradigme dans le paysage sanitaire marocain. La prise en charge nationale représente 62 % de la facturation totale du groupe (via la CNSS à 60 %, la CNOPS à 20 % et les assurances privées à 12 %), ce qui montre l’intégration profonde d’Akdital dans l’écosystème de financement solidaire de la santé.
Un capital humain jeune et largement féminin
Derrière les murs des cliniques et les écrans des blocs opératoires, ce sont 9 894 collaborateurs qui font tourner la machine au quotidien. L’effectif a progressé de près de 40 % en un an, avec 2 804 nouvelles recrues sur l’exercice. La pyramide des âges est saisissante : 61 % des employés ont entre 18 et 30 ans, et 30 % entre 31 et 40 ans. La dimension féminine est tout aussi marquée, puisque les femmes représentent 78 % de l’effectif total. Le personnel soignant (paramédical) constitue 62 % des équipes, le personnel administratif des cliniques 35 %, et le holding 3 %.
La répartition géographique est fidèle à la philosophie du groupe : 63 % des collaborateurs travaillent hors de l’axe Casablanca-Rabat, ce qui fait d’Akdital l’un des premiers créateurs d’emploi qualifié dans les villes moyennes et les régions périphériques du Royaume. Le réseau s’appuie par ailleurs sur 3 929 praticiens partenaires, dont 254 médecins domiciliés qui génèrent 75 % du chiffre d’affaires. Parmi ces praticiens domiciliés, 191 sont marocains et 63 étrangers, témoignant d’une capacité d’attraction internationale.
L’investissement dans la formation n’est pas en reste. L’année 2025 a vu le lancement d’Akdital Academy, couvrant les métiers des opérations et du paramédical. Le bilan de formation affiche 2 703 participants, 462 actions de formation sur 326 thèmes, totalisant 41 822 heures, avec un budget de 5,8 millions de dirhams et un taux de réalisation du plan de 94 %.
L’international, nouveau chapitre stratégique
Au-delà du maillage national, 2025 marque le début d’un nouveau chapitre pour le groupe : celui de l’expansion internationale. Trois marchés ont été ciblés : l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et la Tunisie. En Arabie Saoudite, le groupe a finalisé l’acquisition de l’hôpital Al Mishari à Riyad — rebaptisé Akdital Hospitals Riyadh Olaya (225 lits) — et signé un mémorandum d’entente pour l’acquisition de l’hôpital Bishri à La Mecque (120 lits). À Dubaï, les travaux de construction d’un hôpital de 180 lits sont en cours. En Tunisie, un protocole d’accord a été signé en vue de l’acquisition de 100 % du capital de Taoufik Hospitals Group, un acteur établi depuis 1979 disposant de quatre cliniques totalisant 574 lits.
L’ambition affichée est de porter le réseau international à 15 établissements et 2 000 lits dans trois pays d’ici 2030, avec une contribution ciblée de 35 % au chiffre d’affaires consolidé. Les projections internationales à cet horizon tablent sur un chiffre d’affaires de 5 044 millions de dirhams (540 millions de dollars), un EBITDA de 1 190 millions et un résultat net de 503 millions. Le programme d’investissement international est estimé à 350 millions de dollars, financé pour 42 % par Akdital via l’émission obligataire de 1,2 milliard de dirhams réalisée en novembre 2025, 29 % par des fonds d’investissement internationaux à lever d’ici fin 2026 et 29 % par de la dette bancaire internationale.
Cette expansion s’appuie sur une entité déjà constituée, Akdital International, actuellement détenue à 100 % par Akdital SA et basée en Arabie Saoudite. La structure cible à fin 2026 prévoit l’ouverture de son capital à hauteur de 30 % à un fonds d’investissement international, tout en maintenant le contrôle d’Akdital SA à 70 %. Un conseil d’administration dédié, distinct du conseil national, sera mis en place pour garantir une gouvernance autonome, avec des dirigeants locaux expérimentés à la tête de chaque cluster géographique — à l’image de Selim Ben Yedder, fondateur de La Soukra Hospital et désormais CEO Tunisie, ou du Dr Abdulhady Habash, ancien responsable du développement de l’investissement en santé au ministère de l’Investissement saoudien, nommé CEO pour l’Arabie Saoudite.
Akdital Innov : la médecine de demain se prépare aujourd’hui
Un dernier volet, moins médiatisé mais potentiellement transformateur, mérite l’attention : la création d’Akdital Innov, entité dédiée à l’intégration de l’intelligence artificielle, de la data médicale et des outils numériques dans la pratique clinique. Six projets sont en cours de développement sur la période 2025-2027, couvrant le diagnostic prédictif cardiaque (CardioGuard), le suivi personnalisé du diabète (GlucoMind), la détection précoce du cancer du sein par échographie intelligente (OncoECHO), la conversion IRM-scanner par IA (SynCT), le contourage automatique en radiothérapie (SegRT) et la prédiction de dose en radiothérapie (DoseRT). Le concept central, baptisé « Résident Virtuel Médical » , vise à créer un assistant IA intégré capable d’analyser signaux biologiques, imagerie et dossiers patients pour suggérer des diagnostics et prioriser les cas en temps réel.
La trajectoire d’une conviction
Lorsque le Dr Rochdi Talib a résumé l’exercice devant les analystes et journalistes réunis à Casablanca, ses mots avaient la sobriété des bilans mais la portée d’une conviction : le réseau national est aujourd’hui une réalité concrète et opérationnelle. Avec 41 établissements, 4 505 lits et plus de 1,15 million d’admissions, le groupe a franchi un seuil qui dépasse largement la seule performance financière. Le Conseil d’Administration a décidé de proposer la distribution d’un dividende de 14 dirhams par action au titre de 2025, en hausse par rapport aux exercices précédents.
Mais la véritable mesure de cette trajectoire se lit peut-être ailleurs que dans les tableaux de bord financiers. Elle se lit dans le fait qu’un malade du cancer à Tanger peut désormais suivre l’intégralité de son protocole de radiothérapie sans quitter sa ville. Qu’un nouveau-né en détresse respiratoire à Essaouira a accès à une réanimation néonatale équipée de couveuses de dernière génération. Qu’une femme enceinte à Kénitra peut accoucher dans un environnement sécurisé par un plateau chirurgical complet. Qu’un patient souffrant d’insuffisance rénale à Dakhla bénéficie de séances de dialyse à quelques minutes de chez lui. Qu’un régime comme AMO Tadamon, conçu pour les plus vulnérables, trouve dans le réseau Akdital un relais concret d’inclusion sanitaire.
L’histoire d’Akdital, au fond, est celle d’un pari : celui de démontrer qu’un modèle hospitalier privé, rentable et ambitieux, peut aussi être un vecteur de justice territoriale et de progrès social. Les résultats de 2025 suggèrent que ce pari est en train d’être gagné.
Source de l’article : Le Desk



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