Taux directeur : une pause plutôt qu’un tournant ?
Selon Attijari Global Research, la décision de Bank Al-Maghrib de maintenir son taux directeur à 2,25% en mars 2026 traduit moins un coup d’arrêt qu’une pause stratégique dans un environnement encore chargé d’incertitudes.
Bank Al-Maghrib (BAM) a choisi de laisser son taux directeur inchangé à 2,25% lors de sa réunion de mars 2026. Pour Attijari Global Research, ce statu quo ne traduit ni un durcissement de ton, ni un revirement de cap. Il reflète plutôt une volonté de gagner du temps dans un environnement redevenu instable, alors même que les fondamentaux domestiques offriraient, sur le papier, davantage de latitude à la Banque centrale.
Une économie nationale qui confère des marges
Dans sa note consacrée à la politique monétaire, AGR souligne que cette décision intervient alors que l’inflation au Maroc reste nettement maîtrisée. Le bureau de recherche retient désormais une prévision de 0,8% pour 2026, contre 1,3% auparavant, tandis que la croissance est révisée à la hausse, à 5,6%, après 4,7% dans les précédentes estimations.
Ce couple croissance-inflation paraît, à première vue, particulièrement favorable. Il place même l’économie marocaine dans une configuration rare, avec une activité dynamique et des tensions sur les prix contenues à un niveau inférieur à la cible implicite de stabilité.
Pourquoi BAM choisit d’attendre
Pourquoi, dès lors, ne pas reprendre immédiatement le cycle de détente monétaire entamé en 2024. AGR avance deux explications principales. La première tient au regain de risque géopolitique. L’escalade au Moyen-Orient, la poursuite de la guerre en Ukraine et le manque de visibilité sur le commerce mondial compliquent la lecture du risque inflationniste importé. Pour une économie importatrice d’énergie comme celle du Maroc, le danger n’est pas théorique.
AGR rappelle d’ailleurs que, depuis le déclenchement des tensions militaires impliquant l’Iran, le Brent a progressé de 32% et le gaz naturel de 7%. Dans ces conditions, BAM préfère préserver sa marge de manœuvre plutôt que d’agir trop vite. La seconde explication est plus d’ordre domestique. La transmission des baisses antérieures du taux directeur vers les conditions réelles de financement reste incomplète.
AGR note que le recul cumulé des taux débiteurs entre le début de l’assouplissement et fin 2025 ressort à 61 points de base (pbs), alors que le taux directeur a, lui, baissé de 75 pbs sur l’ensemble du cycle engagé depuis juin 2024. Autrement dit, une partie de l’effet monétaire ne s’est pas encore pleinement diffusée dans l’économie réelle. Pour la Banque centrale, il y a donc un intérêt certain à laisser agir les ajustements déjà décidés avant d’enclencher une nouvelle étape.
Un attentisme porté aussi par le contexte mondial
Ce choix de prudence s’inscrit aussi dans un mouvement plus large. AGR relève que la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne ont elles aussi marqué une pause en mars 2026. La désinflation progresse dans les économies avancées, mais les banques centrales restent sur la défensive face au risque d’un nouveau choc énergétique. Cette synchronisation n’est pas anodine. Elle réduit la pression qui aurait pu peser sur BAM pour accélérer, seule, la détente monétaire.
Le marché obligataire reste sous tension
Sur le marché obligataire marocain, cette attente s’accompagne déjà d’un ajustement des taux. AGR observe une remontée de plus de 30 pbs sur le secondaire depuis le début de l’année, dans un contexte de fortes levées du Trésor.
En parallèle, le déficit structurel de liquidité bancaire continuerait de se creuser pour atteindre près de 170 milliards de dirhams à l’horizon 2027, sous l’effet, notamment, de la progression de la circulation fiduciaire. Quant au crédit bancaire au secteur non financier, il est attendu en hausse de 6% en 2026 après 4,7% en 2025. Le tableau reste donc celui d’une économie solide, mais financée dans des conditions qui ne se sont pas encore franchement assouplies.
La baisse n’est pas abandonnée
Pour autant, AGR n’écarte pas un nouveau mouvement de baisse du taux directeur à moyen terme. Son scénario central table sur une reprise de l’assouplissement monétaire dès lors que la trajectoire désinflationniste sera confirmée et que les risques géopolitiques se dissiperont.
L’objectif implicite resterait un taux directeur à 2% courant 2027. La porte n’est donc pas fermée. Elle reste plutôt entrouverte… sous surveillance étroite ! En maintenant le statu quo en mars, BAM envoie ainsi un message lisible. La Banque centrale ne renonce pas à soutenir l’économie, tout en restant restant prudente. Selon AGR, il s’agit moins d’un immobilisme que d’un arbitrage de crédibilité.
S.R. / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



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