Énergie : le Maroc à l’épreuve d’un choc prolongé sur le détroit d’Ormuz
Le risque d’une perturbation durable du trafic dans le détroit d’Ormuz remet en lumière une fragilité bien connue des économies africaines importatrices d’hydrocarbures : leur exposition simultanée aux prix internationaux, aux tensions logistiques et aux équilibres macroéconomiques internes. Dans une note publiée le 17 mars, Allianz Research classe le Maroc parmi les marchés émergents les plus vulnérables en cas de fermeture prolongée du passage maritime, au même titre que plusieurs pays fortement dépendants des importations énergétiques.
L’économie marocaine reste structurellement dépendante des importations de produits énergétiques. Selon le guide sectoriel du U.S. International Trade Administration, le pays importe environ 90 % de ses besoins énergétiques. Cette dépendance expose directement le Royaume à toute flambée des cours du pétrole et du gaz, mais aussi à d’éventuelles perturbations physiques des flux d’approvisionnement. D’après des chiffres relayés par la presse marocaine à partir de données officielles, la facture énergétique du pays a dépassé 10 milliards de dollars l’an dernier.
Le « triple déficit » , principal facteur de vulnérabilité
Le point central de l’analyse d’Allianz est la combinaison de trois fragilités : déficit budgétaire, déficit courant et déficit énergétique. Pour le Maroc, les données du rapport font état d’un déficit énergétique équivalant à environ 5 % du PIB, d’un déficit budgétaire proche de 4,5 % et d’un déficit du compte courant autour de 1,5 %. Cette configuration accroît la sensibilité du dirham, du coût de financement souverain et, plus largement, des équilibres macrofinanciers à un choc externe prolongé.
Pour autant, il convient de nuancer. Dans sa note, Allianz Research indique surtout que le risque de récession s’élève au-delà de trois mois de perturbation pour les économies émergentes cumulant ces déficits. Le rapport ne chiffre pas, dans sa synthèse publique, un impact précis pays par pays sur la croissance marocaine. Il évoque en revanche, pour les marchés émergents dans leur ensemble, un supplément d’inflation de 0,8 à 1 point en cas de perturbation de courte durée, ce qui invite à la prudence dans l’interprétation des chiffres appliqués spécifiquement au Maroc.
L’autre point de fragilité concerne les réserves stratégiques. Plusieurs médias marocains, citant des sources officielles, indiquent que les stocks disponibles couvrent environ 30 jours de consommation nationale. Pour un pays très dépendant des importations, ce niveau reste modeste si une crise de prix se transforme en crise d’approvisionnement. Le problème ne serait alors plus seulement le coût de l’énergie, mais la capacité même à sécuriser les volumes nécessaires au transport, à l’industrie et à la production électrique.
Quid des amortisseurs
Dans son analyse, Allianz souligne d’ailleurs que, sur le continent, les pays africains les plus exposés à un choc d’offre mondial en hydrocarbures sont l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya et la Tunisie. Le Maroc apparaît, lui, dans la catégorie des pays les plus vulnérables à un blocage prolongé lorsque l’on tient compte de ses déséquilibres macroéconomiques.
Le tableau n’est pas pour autant celui d’une crise imminente. Le Maroc conserve plusieurs amortisseurs. Les réserves de change restent un atout important pour absorber un choc externe et lisser la facture des importations. La presse marocaine et plusieurs analyses économiques situent cette couverture autour de cinq à six mois d’importations, ce qui offre aux autorités une marge d’intervention monétaire et budgétaire à court terme.
Un enjeu marocain, mais aussi africain
De son côté, le FMI considère que la position extérieure du Maroc demeure globalement maîtrisée, même si le pays reste exposé au renchérissement des importations énergétiques. Le Fonds rappelle aussi que l’amélioration progressive des finances publiques reste essentielle pour réduire la vulnérabilité aux chocs importés.
L’intérêt du cas marocain dépasse le seul cadre national. Il met en évidence une ligne de fracture bien connue en Afrique : celle qui sépare les pays importateurs nets d’énergie, exposés à l’inflation importée et aux tensions sur leurs devises, des pays exportateurs d’hydrocarbures, capables au contraire de bénéficier d’une hausse des cours. Dans la note d’Allianz, cette divergence apparaît clairement entre des économies vulnérables comme le Maroc, la Tunisie ou l’Égypte, et des producteurs comme le Nigeria ou le Brésil, dont les recettes d’exportation peuvent amortir une partie du choc.
Source de l’article : Financial Afrik



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