Géologie : un mystérieux minéral bleu marocain rejoint les vitrines du Natural History Museum à Londres
Un mystérieux minéral bleu, découvert au Maroc et étudié il y a près de trente ans par les scientifiques du Natural History Museum (musée d’histoire naturelle) de Londres, est désormais exposé au public dans la galerie des minéraux de cette prestigieuse institution britannique.
Ce spécimen intrigant, acquis dans les années 1980 près de Fès, avait été présenté au musée en 1996 par la journaliste scientifique et géologue Anna Grayson. À l’époque, les experts dirigés par le minéralogiste Gordon Cressey n’avaient pas réussi à identifier précisément la roche et avaient même envisagé qu’il puisse s’agir d’un minéral inconnu de la science. Ce n’est que plusieurs années plus tard que les chercheurs ont confirmé qu’il s’agissait d’aérinite, un silicate rare contenant des carbonates, réputé pour sa couleur bleue intense.
L’histoire de ce minéral remonte à 1980, lorsque Grayson l’achète à un vendeur ambulant sur une route au sud de Fès. Le marchand pensait vendre du lapis-lazuli. Mais la teinte bleu électrique de la pierre intrigue la géologue. « La première chose qui m’a frappée était cette nuance particulière de bleu » , raconte Grayson. Elle remarque également des surfaces inclinées rappelant des slickensides, des traces géologiques formées par le mouvement des failles.
Le Maroc est reconnu pour sa diversité géologique exceptionnelle et ses riches gisements minéraux, qui attirent depuis longtemps scientifiques et collectionneurs du monde entier, souligne le Natural History Museum. Lorsque le spécimen est apporté au musée lors d’une journée d’identification ouverte au public, l’équipe de chercheurs entame une analyse qui durera plus d’un an. Selon Paul Schofield, chercheur principal au Natural History Museum, le minéral a suscité une grande excitation parmi les chercheurs. « C’était une véritable aventure scientifique. Pour comprendre les propriétés uniques de l’aérinite, nous avons dû travailler avec plusieurs laboratoires et utiliser différentes techniques d’analyse » , explique-t-il.
Grâce notamment à l’analyse par rayons X synchrotron, les chercheurs ont finalement pu déterminer la structure du minéral. L’aérinite est composée de millions de fibres cristallines extrêmement fines, au sein desquelles des électrons circulent entre deux types d’atomes de fer, produisant son éclat bleu caractéristique. La structure atomique complète du minéral ne sera finalement résolue qu’en 2004 par une équipe dirigée par le chercheur espagnol Jordi Rius. L’étude de ce spécimen, l’un des plus grands échantillons d’aérinite analysés par le musée, a également permis d’identifier d’autres minéraux similaires dans les collections scientifiques.
Un intérêt croissant pour le Maroc
Aujourd’hui, la fameuse « pierre bleue » est exposée dans la galerie des minéraux du Natural History Museum, qui abrite certaines des pièces minéralogiques les plus rares au monde. Pour Grayson, voir ce minéral exposé constitue un moment particulier. « La minéralogie est une science pleine de beauté et d’émerveillement, et elle constitue la base des matériaux qui façonnent notre monde moderne » , souligne-t-elle.
Avec cette exposition, le musée met aussi en lumière la contribution du Maroc à la découverte de trésors géologiques qui continuent d’alimenter la recherche scientifique internationale. Le Natural History Museum affiche, en effet, un intérêt croissant pour le Maroc, dont les richesses géologiques et paléontologiques attirent de plus en plus les chercheurs internationaux. Récemment, des chercheurs, du prestigieux musée et de l’université de Birmingham, ont mis au jour, dans la ville de Boulemane, de nouveaux fossiles du dinosaure cuirassé Spicomellus, vieux d’environ 165 millions d’années. L’animal se distingue par une armure spectaculaire faite de plaques et d’épines géantes, certaines atteignant près d’un mètre autour de la tête, tandis que d’autres étaient directement fusionnées à ses côtes, une caractéristique unique chez les vertébrés.
Les chercheurs britanniques, dont l’opération a suscité l’intérêt des grands médias du Royaume-Uni, ont estimé que ce fossile constitue l’un des meilleurs squelettes d’ankylosaure du Jurassique moyen jamais découverts. L’étude, publiée par la suite dans la très réputée revue Nature, suggère que ce dinosaure possédait déjà une arme caudale des millions d’années plus tôt que ce que pensaient les scientifiques. Les travaux ont été menés en collaboration avec l’université de Fès et grâce à la découverte initiale d’un agriculteur local, soulignant à la fois le potentiel scientifique du Maroc et la nécessité de protéger ces sites de grande valeur scientifique et historique.
Source de l’article : Lebrief



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