Partenariat AS Monaco – République démocratique du Congo : « L’enquête répondra »

Partenariat AS Monaco – République démocratique du Congo : « L’enquête répondra »

Après la plainte déposée au Parquet national financier (PNF) concernant le partenariat entre l’AS Monaco et la République démocratique du Congo, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet monégasque (1). L’avocat des plaignants, Me Hervé Diakiese, revient pour Monaco Hebdo sur les motivations de ses clients et sur les zones d’ombre qu’il estime entourer ces contrats de « branding » conclus par le gouvernement congolais avec plusieurs clubs européens. Propos recueillis par Mélicia Poitiers

Il est peu courant que des citoyens saisissent directement le Parquet national financier (PNF) pour ce type d’affaires : qu’est-ce qui a poussé vos clients à engager une telle démarche ?

Ce sont deux ressortissants congolais qui vivent en France depuis longtemps. Je ne peux pas vous en dire plus sur leur identité, car le risque de représailles est trop important, mais plusieurs éléments ont motivé leur démarche. Au Congo, il y a beaucoup d’estime pour ce qu’est la Principauté de Monaco. De nombreux projets communs existent, notamment sur les questions environnementales ou la protection des eaux. Mes clients ont le sentiment qu’un groupe d’individus a profité du prestige de Monaco pour organiser des détournements de fonds publics et/ou participer à des mécanismes de blanchiment d’argent. Ce n’est absolument pas une action contre le football congolais, ni contre l’image de marque du pays, mais contre la manière dont des fonds publics pourraient être dissipés. C’est la seule véritable motivation. « Comment le gouvernement congolais peut dépenser 1,6 million d’euros par an dans une opération de » branding « , alors même que la population congolaise vit une situation sociale, économique et sécuritaire désastreuse ? » Qu’est-ce qui amène vos clients à penser cela ?

Des responsables congolais ont signé des contrats conséquents à travers des démarches dont la hâte et l’opacité posent question. Comment le gouvernement congolais peut dépenser 1,6 million d’euros par an dans une opération de « branding » [ce type d’opération vise à construire ou renforcer l’image d’une marque pour la rendre identifiable, cohérente et attractive auprès du public — NDLR], alors même que la population congolaise vit une situation sociale, économique et sécuritaire désastreuse ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’appel d’offres et de mise en concurrence, alors qu’il s’agit d’un marché public ? Pourquoi les mécanismes de déblocage de ces fonds n’ont-ils obéit à aucune règle budgétaire ? L’enquête répondra. Par ailleurs, il existe une disproportion énorme entre les sommes versées par la République démocratique du Congo (RDC) et ce que le club de l’AS Monaco apporte en échange.

Vous estimez que les contreparties sont insuffisantes ?

La somme de 4,8 millions d’euros est un montant qui n’est peut-être pas très important à Monaco, mais ça l’est pour la RDC, et on imagine ce que cette somme aurait pu apporter au pays. Je ne vois pas comment l’image du pays pourrait être redorée par le simple fait que des clubs floquent leurs maillots avec la mention « RDC » . L’AS Monaco devait également participer à la professionnalisation du football congolais, mais sans que l’on sache concrètement comment. C’est l’un des éléments que l’enquête devra déterminer. Quoi qu’il en soit, mettre les infrastructures sportives du pays aux normes aurait peut-être été plus efficace pour entamer la professionnalisation du football en RDC…

Qu’est-ce que vous sous-entendez ?

Je pense que nous sommes face à un montage financier avec d’éventuelles rétrocommissions ou mécanismes de compensation, qui pourrait viser à détourner des fonds publics au profit de certaines personnes. Il existe certainement un groupe d’intermédiaires, allant du ministère des sports congolais jusqu’au club monégasque, qui aurait profité de ce partenariat pour spolier le peuple congolais. Nous parlons là du contrat avec l’AS Monaco, mais c’est le moins coûteux des trois contrats conclus avec des clubs européens.

Vous faites référence aux accords que la RDC a signé avec le FC Barcelone et l’AC Milan ?

Oui. Pour l’instant, mes clients m’ont donné mandat pour agir en France, puisque je suis avocat au barreau de Paris. Mais je suis actuellement en contact avec des confrères en Espagne et en Italie, afin de déposer des plaintes concernant ces deux autres contrats. Celui signé avec le FC Barcelone est insultant : la mention « RDCongo Cœur d’Afrique » n’apparaît même pas sur les maillots de compétition, mais sur les maillots d’entraînement. La somme versée est dix fois plus importante que dans le cas monégasque, pour des contreparties encore plus floues.

Pourquoi avoir choisi de déposer plainte en France plutôt qu’en RDC ?

Parce qu’il est impossible de porter plainte contre le régime en RDC. Par expérience — j’ai déjà déposé d’autres plaintes au Congo sur des questions liées aux fonds publics — je sais que les magistrats ne sont pas indépendants. La politisation du dossier aurait rendu la plainte totalement irrecevable. « Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’appel d’offres et de mise en concurrence, alors qu’il s’agit d’un marché public ? Pourquoi les mécanismes de déblocage de ces fonds n’ont-ils obéit à aucune règle budgétaire ? L’enquête répondra » Le parquet national financier français a transmis le dossier à la justice monégasque : est-ce une satisfaction pour vous ?

Oui. J’ai été rassuré de lire que le procureur général de Monaco, Stéphane Thibault, avait réceptionné la plainte et ouvert une enquête. J’espère que la justice monégasque agira avec diligence.

Dans un communiqué, le ministère des sports et loisirs du gouvernement congolais a affirmé que cette transmission à caractère administratif ne saurait être assimilée à une mise en examen, ni à l’ouverture d’une procédure judiciaire, ni à une quelconque reconnaissance de faits répréhensibles : est-ce que la transmission d’une plainte par le parquet national financier français est automatique ?

Absolument pas. Le parquet national financier français est un parquet spécialisé qui examine si les faits relèvent de sa compétence, et si les éléments présentés sont sérieux. Le fait qu’il ait transmis le dossier à Monaco signifie, à minima, qu’il considère qu’il existe un doute suffisamment sérieux pour que l’affaire soit examinée. Il aurait très bien pu décliner sa compétence ou me demander de saisir directement Monaco.

Pourquoi vos clients craignent-ils des représailles jusqu’en France ?

D’abord parce qu’ils ont de la famille en RDC, ensuite parce qu’eux-mêmes pourraient également se voir refuser le renouvellement de leur passeport, ou pire.

Selon vous, le régime congolais exerce des pressions jusque dans la diaspora ?

Oui, et cela s’est probablement déjà produit. En Belgique par exemple, Claude Pero Luwara, journaliste congolais exilé et très hostile au régime, a été agressé à l’arme blanche par sept ou huit individus en août 2025. Une enquête a été ouverte par les autorités belges. L’agression a été confirmée, mais l’implication du régime congolais n’a pas pu être prouvée. Actuellement en guerre contre le Rwanda et menant une propagande très forte à ce sujet, toute contestation du gouvernement congolais est présentée comme une alliance avec l’ennemi rwandais. Si mes clients étaient identifiés, ils diraient qu’ils sont soudoyés par le Rwanda. 1) A ce sujet, lire notre article Partenariat AS Monaco – République démocratique du Congo : l’enquête est ouverte, publié dans Monaco Hebdo n° 1413.

Les réactions : L’AS Monaco souhaite « coopérer et présenter les éléments nécessaires » L’AS Monaco n’a pas souhaité répondre aux questions envoyées par Monaco Hebdo, notamment sur le contenu précis du contrat. Le club dit avoir « pris à son niveau toutes les précautions d’usage » , sans préciser lesquelles. L’ASM dit se tenir « à la disposition des autorités pour coopérer et présenter les éléments nécessaires » . De son côté, l’État monégasque, actionnaire de l’AS Monaco à hauteur d’environ 33 % du capital, a-t-il été informé et consulté avant la signature de ce contrat ? Envisage-t-il de demander sa suspension dans l’attente des conclusions de l’enquête en vue des conséquences réputationnelles que peuvent avoir un tel dossier ? Monaco Hebdo a envoyé ces questions au palais princier et au gouvernement monégasque. Le premier a indiqué qu’il laissait le gouvernement répondre. Le second a expliqué qu’il ne ferait pas de commentaire sur ce dossier. Quant au Conseil national, également contacté par Monaco Hebdo, il assure suivre ce dossier « de près » .

Au Congo, une motion de défiance contre Didier Budimbu ?

Les contrats signés par la République Démocratique du Congo (RDC) avec des clubs européens font partie des motifs invoqués dans le cadre d’un projet de motion de défiance [une démarche visant à contraindre un ministre à la démission — NDLR] porté à l’Assemblée nationale par le député congolais Alain Stallone Mavungu contre le ministre des sports Didier Budimbu. Daté du 3 mars 2026, ce document mentionne aussi la gestion des fonds liés à la Coupe d’Afrique des nations 2025 au Maroc, ainsi que l’absence de réhabilitation des stades en RDC. Selon Radio France internationale (RFI) le dépôt de ce texte se fera avant le 15 mars 2026, date de la prochaine session plénière. Le nombre de 50 signataires minimum pour déposer une motion de défiance aurait été atteint.

Source de l’article : Monaco Hebdo

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