Taux directeur : BKGR prévoit un statu quo à 2,25%

Taux directeur : BKGR prévoit un statu quo à 2,25%

Le premier Conseil de Bank Al-Maghrib de l’année 2026 intervient dans un contexte particulièrement singulier, marqué par une économie nationale qui affiche une bonne dynamique avec une croissance qui se maintient et une inflation qui bascule en territoire négatif en début d’année couplée à un environnement international perturbé par le déclenchement d’un conflit ouvert entre les États-Unis-Israël et l’Iran fin février et une montée des risques géoéconomiques autour du détroit d’Ormuz, corridor stratégique par lequel transite une part significative du commerce énergétique mondial, brouillant totalement la visibilité sur les prix de l’énergie et les chaînes logistiques.

BMCE Capital Global Research, dans sa récente note, estime alors que la Banque Centrale optera pour un 3ème statu quo du taux directeur. En dépit de la tentation d’un assouplissement monétaire face à la déflation observée en janvier, la prudence pourrait l’emporter afin de consolider les acquis et de préserver une marge de manœuvre face à une possible nouvelle flambée des cours pétroliers.

À fin janvier 2026, l’inflation ressort en baisse de 0,8% en glissement annuel, traduisant un repli significatif par rapport aux niveaux observés en 2025. Cette évolution s’explique principalement par un repli marqué des prix des produits alimentaires ainsi qu’une stabilisation de l’inflation sous-jacente.

Toutefois et même si elles semblent, pour l’heure, contenues, une résurgence des pressions inflationnistes n’est pas à exclure au cours des prochains mois, notamment sous l’effet des risques de perturbations dans le détroit d’Ormuz, du renchérissement potentiel des coûts logistiques lié à l’allongement ou la perturbation des routes maritimes, ce qui impacterait mécaniquement les coûts d’importation et, in fine, les prix domestiques et des tensions potentielles sur les prix des produits agricoles importés dans un contexte de forte volatilité des marchés agricoles mondiaux liée aux aléas climatiques.

Ainsi, l’escalade du conflit au Moyen-Orient, intensifiée depuis les frappes du 28 février dernier, ravive les tensions sur les marchés mondiaux de l’énergie et alimente un climat d’incertitudes, fait remarquer BKGR, estimant que dans ce contexte, le Maroc ne peut faire, en principe, abstraction de ces évolutions lorsqu’il s’agit d’apprécier l’orientation à donner à sa politique monétaire.

Deux scénarii ont été retenus. Le premier relatif à une escalade contenue où l’économie marocaine évoluerait dans un environnement international perturbé mais encore maîtrisable. Avant le déclenchement du conflit, la croissance nationale était attendue autour de 4,7% en 2026 soutenue par la reprise agricole, la dynamique de l’investissement public et la solidité des services. Toutefois, la remontée des cours du pétrole au‑delà de 85 dollars le baril viendrait peser momentanément sur l’activité avec une croissance qui pourrait être amputée d’environ -0,4 pts sous l’effet combiné d’une hausse des coûts énergétiques, d’un renchérissement des intrants importés et d’un affaiblissement potentiel de la demande intérieure.

Sur le plan des prix, une inflation initialement prévue à 1,3% s’orienterait vers 2% en 2026, reflétant une hausse modérée de l’inflation importée en cas de perturbations temporaires sur Ormuz. Ce contexte resterait gérable du point de vue de la politique monétaire, conduisant vraisemblablement BAM à maintenir sur l’année en cours son taux directeur à 2,25% dans le double objectif de soutenir l’activité et de contenir les tensions inflationnistes. Les équilibres macroéconomiques demeureraient sous pression mais sans rupture avec un déficit budgétaire initialement ciblé à -3,4% du PIB qui pourrait s’élargir d’environ +0,2 pts, en lien avec la hausse des charges de compensation liée à l’alourdissement de la facture énergétique. De même, le déficit du compte courant s’inscrirait dans une fourchette de -2,5% à -3% malgré la résilience des recettes touristiques et des transferts des MRE. Ce scénario illustre la nécessité pour le Maroc de renforcer progressivement sa résilience structurelle, en diversifiant ses sources d’énergie et en préservant ses marges de manœuvre budgétaires.

En revanche, dans l’hypothèse où les tensions géopolitiques s’installeraient dans la durée, l’environnement macroéconomique marocain basculerait dans une zone de vulnérabilité plus prononcée. La persistance d’un choc énergétique majeur conjuguée à des perturbations logistiques répétées ferait progressivement dériver les coûts de production et l’ensemble des prix liés aux intrants importés. Une telle configuration pèserait sensiblement sur l’activité pouvant contracter la croissance jusqu’à -1 pt non seulement sous l’effet du renchérissement durable de l’énergie mais aussi d’un climat de confiance affaibli qui freinerait la consommation des ménages et l’investissement des entreprises.

L’inflation réagirait ainsi rapidement à cette dégradation car portée par un choc d’offre plus profond lié aux tensions qui deviendraient persistantes dans le détroit d’Ormuz, elle se hisserait dans une zone comprise entre +3% et +4% et installerait l’économie dans un régime de prix plus difficile à stabiliser. Cette dynamique limiterait les marges de manœuvre de la politique monétaire alors même que les conditions financières se dégraderaient et le coût de financement souverain pourrait se renchérir. La détérioration des équilibres internes et externes amplifierait cette configuration. Sous l’effet de charges de compensation plus lourdes et d’une facture énergétique durablement élevée, le déficit budgétaire se creuserait de +0,4 pts.

Source de l’article : La Vie éco

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