Les dérives du lien à l’ère numérique
Alors que les individus n’ont jamais étés aussi fortunés par l’accessibilité aux divers outils de connexion, la qualité des relations humaines semble cependant s’étioler devant l’avènement d’une nouvelle forme de culture affective. Censé représenter le plus noble des sentiments humains, l’amour ne cesse, hélas, de se muer, à l’ère des algorithmes, en caricature et en commerce qui se marchande sans scrupule dans les limbes du Web.
Le temps semble révolu où le mariage était une affaire de famille souvent arrangée par les proches. La « khattaba » d’antan est aujourd’hui suppléée par l’intelligence artificielle et le petit écran. Le panorama amoureux et matrimonial au Maroc, comme partout ailleurs, connaît aujourd’hui un essor sans précédent. Une grande mutation sociétale est en train de se produire au niveau de l’édification des bases mêmes du couple, entre une tradition qui tente encore de persister et l’impact, a fortiori, inévitable des algorithmes.
Le smartphone et les applications de rencontres sont devenus le vecteur principal des relations sérieuses et non sérieuses, ciblant aussi bien les célibataires que les mariés en quête de relations extra-conjugales. Or, force est de constater que derrière cette facilité des rencontres, se cache le visage sombre des méfaits du virtuel qui fragilise foncièrement les relations et leur durée de vie. Preuve en est le taux ascendant du célibat, par option ou déception, essentiellement du côté des femmes en zones urbaines, plus exposées aux faveurs du World Wide Web.
Autre pic également considérable et celui du nombre de cas de divorce qui affecte de plus en plus la société. Là aussi s’impose l’évidence des réseaux sociaux comme principal catalyseur de tensions. L’amour qui est censé s’ancrer dans la fidélité et le soutien se voit désormais osciller entre le culte de l’image et le calcul froid des algorithmes.
Les liens sont de plus en plus fragilisés du fait de la « viralisation » de la notion de catalogue : l’abondance de profils exposés sur la toile produit l’illusion d’options infinies. La dépréciation s’installe comme une nouvelle manie, et au moindre conflit au sein du couple surgit la tentation de recourir au « souk » virtuel pour pallier les imperfections du partenaire. La micro-infidélité et la comparaison sont alors viables, voire même incontournables, puisqu’elles boostent l’insatisfaction et le ressentiment envers le conjoint.
Au sein du foyer les réseaux sociaux sont de réels perturbateurs de la vie du couple. Tout d’abord il y a cette tendance alarmante à l’exhibitionnisme social : le couple mine sa propre intimité ; la quête effrénée de likes de validation fait que le couple donne plus d’importance à l’exposition d’une mise en scène de sa vie privée qu’à se construire dans la quiétude et la sérénité.
Par ailleurs, les algorithmes qui facilitent les rencontres entre hommes et femmes sont les mêmes qui montent ceux-ci les uns contre les autres. Les réseaux regorgent de pages de ces coachs des relations sentimentales qui brandissent une rhétorique stoïcienne « Aplha » ne faisant que déshumaniser la femme.
Dans la même lignée, d’autres ne cessent de pourvoir l’auditoire féminin de conseils de manipulation pour apprendre à devenir « l’obsession de l’homme » et exalter l’image de « femme fatale » … La relation devient alors un bras de fer, un rapport de force, de stratégies et de calculs qui détruisent le socle même d’une union saine.
L’intelligence artificielle est certes un atout majeur de notre ère, elle ne cesse, cependant, de s’immiscer et de corrompre ce qu’on a de plus précieux comme êtres humains, l’amour, la connexion et l’empathie. Comment remédier à cette pandémie qui gangrène nos relations et notre société ? Est-il encore un moyen viable et efficient de penser le « digital detox » relationnel et d’en faire une réalité palpable ?
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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