Le Ramadan en Afrique : foi, solidarité et fraternité à travers des traditions variées
AA / Istanbul / Adama Bamba et Sanaa Amir
Commencé le 18 février pour certains et le 19 pour d’autres, le Ramadan 2026 revêt une signification à la fois religieuse et sociale pour les musulmans africains, à l’instar des communautés musulmanes dans le monde. Du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est, chaque pays adapte ce mois béni à ses traditions et pratiques locales.
– Le Ramadan aux Comores
Aux Comores, la préparation au Ramadan commence dès la moitié de Chaaban, le mois précédant le jeûne. Le début du mois sacré est marqué par l’apparition du Hilal, le croissant symbolisant le Ramadan, moment où la population se félicite mutuellement. Les enfants s’élancent dans les rues en criant : « Wouwoneha ! Wouwoneha ! » ( « La lune est apparue » ), annonçant le commencement du jeûne.
Avec une population musulmane à 99,99 %, tout le pays participe aux festivités. Les hommes portent le kandou et la kofia, tandis que les femmes arborent le jilbeb. Chaque jour, des « darassa » , conférences religieuses, se tiennent dans les mosquées avec une forte participation. La nuit, après la prière du Tarawih, les promenades nocturnes rythment le quotidien.
Le jeûne est également accompagné de récitations collectives du Coran dans les mosquées ou espaces publics. Les horaires de travail sont adaptés : bureaux, commerces et transports ferment vers 14h30 pour permettre aux hommes d’assister aux darassa et aux femmes de préparer l’iftar, le repas de rupture du jeûne. À la radio, les chants du Deba, tradition réservée aux femmes, célèbrent le Prophète et la spiritualité.
Aux Comores, le Ramadan est plus qu’un simple jeûne : il incarne rassemblement, piété et fête, où chaque geste et chaque son reflète la foi et la cohésion communautaire.
– Le Ramadan en Côte d’Ivoire
En Côte d’Ivoire, où les musulmans représentent près de la moitié de la population, le Ramadan a débuté il y a une semaine. Selon le média local Le360, l’imam El-hadj Yacoub Koné explique : « Le Ramadan n’est pas seulement le jeûne du ventre, c’est aussi celui du cœur et de la langue. On se nourrit à partir des lectures coraniques, du le dhikr (une pratique religieuse musulmane qui consiste à se souvenir de Dieu en répétant des invocations, des prières ou des formules sacrées) et de bonnes réflexions » .
À Abidjan, malgré les fortes chaleurs et le rythme urbain, les fidèles s’organisent pour vivre pleinement le mois de jeûne. L’iftar devient un moment de communion autour de dattes, bouillie, riz ou soupe légère. De nombreuses associations organisent des distributions de repas dans les mosquées et quartiers défavorisés, renforçant l’esprit de solidarité. La prière de Tarawih, la lecture quotidienne du Coran et les actes de charité rythment la vie des musulmans ivoiriens.
– Le Ramadan au Burkina Faso
Au Burkina Faso, comme dans ses pays voisins, le mois de Ramadan débute avec l’apparition du Hilal le mercredi 18 février 2026. Ce mois sacré est aussi synonyme de partage et de solidarité dans ce pays à 63,8 % musulman. Les iftars sont avant tout des moments de communion, vécus principalement en famille.
À partir du 20ᵉ jour, la quête de « Laylat al-Qadr » , la Nuit du Destin, s’intensifie. Les fidèles affluent massivement dans les mosquées, multipliant prières et invocations. Ces rituels débutent avec l’İftar et se prolongent jusqu’au Sahour, le repas marquant le début du jeûne.
Durant ces derniers jours, les femmes se regroupent pour entamer les préparatifs de l’Eid, qui marque la fin du mois de Ramadan et sa célébration. L’achat de denrées alimentaires, la confection de tenues traditionnelles ainsi que l’application du henné par les femmes rythment également cette période, traduisant l’importance sociale et culturelle de l’événement.
– Le Ramadan au Sénégal
Au Sénégal, le Ramadan a officiellement commencé le jeudi 19 février 2026. La Commission Nationale de Concertation sur le Croissant Lunaire (CONACOC) a confirmé l’apparition du croissant lunaire après avoir collecté les observations de ses 485 représentants et consulté les familles religieuses et imams des 14 régions et 46 départements.
Au Sénégal, la prière de Tarawih est largement célébrée et des iftars de masse sont organisés à la mosquée Massakul Djinan, l’une des plus grandes mosquées d’Afrique de l’Ouest, rassemblant fidèles et visiteurs dans un moment de foi et de partage.
– Le Ramadan au Mali
Au Mali, le Ramadan dépasse la simple pratique spirituelle individuelle pour devenir un véritable moment de mobilisation humanitaire dans l’espace public. Selon le média local Mali Actu, chaque soir, alors que le soleil décline sur les grandes artères de Bamako, une effervescence particulière s’empare des carrefours. Des groupes de jeunes, organisés en collectifs ou associations de quartier, distribuent des kits de rupture de jeûne aux usagers coincés dans la circulation.
Cette initiative, qui se renforce chaque année, transforme l’attente parfois stressante des embouteillages en moment de communion. L’objectif des « sentinelles de la charité » est double : aider ceux que l’heure de la prière surprend loin de leur domicile et soutenir les populations vulnérables. En offrant gratuitement eau, dattes, lait ou repas légers, ces bénévoles permettent à chacun de respecter ses obligations religieuses dans la dignité, quel que soit son rang social.
– Le Ramadan au Maroc
Au Maroc, le Roi Mohammed VI a lancé le 21 février 2026 la 28ᵉ édition de l’opération nationale « Ramadan 1447 » , orchestrée par la Fondation Mohammed V pour la Solidarité. Près de 34 550 tonnes de nourriture seront distribuées à environ 4 millions de personnes pendant le mois sacré, visant à soutenir les foyers modestes.
Les familles marocaines se réunissent traditionnellement pour partager l’iftar à la maison ou dans un cadre convivial. Les « Mawaïd Rahman » ( « tables du Miséricordieux » ) sont également organisées dans les quartiers, places publiques, centres pour personnes âgées et orphelinats, afin de nourrir les sans-abri ou les personnes vulnérables. Le panier du Ramadan, composé d’aliments essentiels, reste un symbole fort de solidarité.
La table de rupture du jeûne est décorée de plats traditionnels tels que la harira et le dessert chebakia, accompagnés de dattes, briwats, œufs, chaussons, tartes salées et du thé marocain authentique.
– Le Ramadan en Afrique du Sud
En Afrique du Sud, le mois de Ramadan se fait particulièrement sentir dans le quartier historique de Bo-Kaap, l’un des plus anciens lieux d’installation des musulmans dans la région. La communauté Cape Malay y préserve depuis des siècles son identité culturelle et ses valeurs religieuses.
À la mosquée Nurül Hamidiye, des repas collectifs d’iftar sont organisés tout au long du mois. Les spécialités emblématiques de la cuisine Cape Malaise occupent une place centrale sur les tables, et une boisson traditionnelle spécifique à la 15ᵉ nuit du Ramadan perpétue une coutume ancestrale.
Au Nigeria, le Ramadan se déroule également dans une atmosphère spirituelle intense, avec prières collectives de Tarawih et repas traditionnels renforçant la solidarité au sein des communautés.
En Afrique de l’Est, les Somaliens remplissent les marchés pour préparer l’iftar, tandis que les musulmans kenyans organisent des séances collectives de dhikr et des chants religieux pour accueillir le mois sacré.
À travers l’Afrique, le Ramadan se vit avec des expressions culturelles diverses, mais toujours animé par la foi, la solidarité et la fraternité.
Source de l’article : Anadolu Ajansı



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