Commerce extérieur du Maroc : une belle transition mais encore des écueils à esquiver
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Ecrit par Soubha Es-Siari I
La nouvelle dynamique commerciale du Maroc est prometteuse mais demeure toutefois ambivalente, dans la mesure où elle s’accompagne d’une forte dépendance aux importations de biens intermédiaires, ce qui limite l’impact de ces exportations sur la réduction d’un déficit commercial devenu chronique et structurel. Les nouveaux métiers mondiaux apparaissent certes comme des moteurs essentiels de la transformation qualitative du commerce extérieur mais des difficultés persistent.
L’analyse de la balance commerciale publiée chaque mois par l’Office des changes montre clairement, malgré le déficit commercial structurel, l’émergence d’une recomposition du commerce extérieur du Maroc. En effet, si depuis longtemps, il était caractérisé par une forte dépendance aux produits primaires et une forte vulnérabilité aux chocs exogènes, on remarque que d’année en année, la donne change empruntant une transition progressive vers des activités à plus forte valeur ajoutée.
Cette transition trouve son origine dans le développement de nouveaux métiers du monde. C’est tout l’enjeu de la politique industrielle adoptée depuis plus d’une dizaine d’années qui vise bien entendu à se dépêtrer du modèle traditionnel fondé sur l’exportation de produits primaires ou faiblement transformés pour s’inscrire dans les logiques des chaînes de valeur mondiale. Ces nouveaux métiers du monde vont de l’automobile, l’agroalimentaire, l’électronique, l’offshoring… à des secteurs dits émergents tels que la chimie verte, l’industrie ferroviaire et navale, les énergies renouvelables…
Aussi, cette transition est-elle perceptible dans les branches vouées à l’export. Au cours des dernières années, la part des produits industriels à plus forte valeur ajoutée à sensiblement progressé portée par la performance des secteurs automobile et aéronautique. Cette évolution se reflète par ailleurs dans les indices des valeurs unitaires publié pas le Haut-Commissariat au Plan.
En sus de la performance des biens manufacturés, les nouveaux métiers mondiaux contribuent également à l’essor des exportations de services, devenues un pilier essentiel de la résilience externe de l’économie. Le tourisme, le transport, la logistique et les services numériques renforcent la capacité du pays à générer des recettes en devises et à amortir les chocs affectant les flux de marchandises. Cette diversification du commerce extérieur, tant sur le plan sectoriel que sur le plan des natures de produits échangés, réduit mécaniquement la dépendance aux fluctuations des marchés des matières premières et atténue l’impact des vents contraires qui soufflent sur le commerce extérieur.
Toutefois, comme le soulignent à chaque occasion les économistes, cette dynamique demeure insuffisante pour résorber le déficit commercial, lequel reste structurel du fait d’une dépendance persistante aux importations de biens intermédiaires, d’énergie et d’équipement. Le déficit commercial a atteint près de 353,15 Mds de DH au terme de l’année 2025, en hausse de 15,8% comparativement à 2024, selon l’Office des changes. Le taux de couverture s’est établi à 57% à fin 2025 contre 59,9% à fin 2024, soit une perte de 2,9%.
Cette fragilité est amplifiée par la forte concentration géographique des échanges, avec près de 60% des flux orientés vers l’Union européenne. Ce qui expose le pays aux cycles économiques de ses principaux partenaires commerciaux.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les perturbations dans les principaux passages maritimes et la montée des pratiques protectionnistes constituent autant de menaces pour la fluidité des échanges et la stabilité des chaînes de valeur. Les évaluations de risque pays, notamment celles de Coface, qui classent le Maroc dans une catégorie de risque modéré mais immuable, confirment que la résilience macroéconomique du pays est réelle, tout en soulignant la persistance de vulnérabilités liées à l’environnement international et à la dépendance commerciale.
L’intégration économique régionale, portée par la Zone de libre-échange continentale africaine, offre ainsi des opportunités significatives pour élargir les débouchés, réduire la dépendance vis-à-vis des marchés traditionnels et renforcer les synergies industrielles Sud-Sud.
À cela s’ajoutent des politiques de soutien à la recherche et développement, à la conformité aux normes environnementales et à la qualité, devenues des conditions d’accès incontournables aux marchés internationaux.
Dans un monde marqué par l’incertitude, la consolidation des nouveaux métiers mondiaux ne peut ainsi être dissociée d’une stratégie globale de résilience commerciale, visant à sécuriser les gains de diversification tout en préparant l’économie aux chocs de demain.
Source de l’article : EcoActu.ma



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