Matériel de pointe, formation et moyens XXL : pourquoi les Allemands sont si forts en bobsleigh
Les premières médailles olympiques allemandes datent de 1928 pour le bob à quatre, 1952 pour la version à deux. Les athlètes d’Outre-Rhin figurent largement en tête du palmarès aux Jeux, avec 32 médailles, dont la moitié en or (sans compter les récompenses obtenues par la RFA et la RDA).
Depuis une trentaine d’années, leur domination s’est accentuée. Les Allemands ont en effet glané six des huit titres olympiques décernés depuis 1994 en bob à quatre, et six sur sept en bob à deux depuis 1998, dont deux triplés : en 2022 et 2026. La razzia se confirme chaque année aux Championnats du monde, le bob à 4 détenant le titre depuis 2017, celui à 2 depuis 2013, avec des triplés en 2024 et 2025.
Les femmes, en duo, ont également réalisé le triplé en 2024 et 2025, et détiennent les trois derniers titres mondiaux. Seule exception : le monobob, introduit aux Mondiaux en 2021 et aux JO l’année suivante, Laura Nolte n’ayant pris l’or mondial qu’en 2023 et 2024, puis l’argent olympique lundi.
Un « avantage indécent sur le matériel » Si le monobob ne domine pas autant que les autres embarcations, il y a une raison simple : il s’agit de la seule discipline où toutes les concurrentes possèdent un bob standard. Et à ce jeu-là, les Américaines sont meilleures, même si l’Allemagne tente de faire la différence sur les patins.
Pour le reste, « les Allemands ont un avantage indécent sur le matériel, juge Romain Heinrich, le pilote français. Ils n’ont pas perdu une course depuis quatre ans et ont trois dixièmes d’avance par descente grâce au matériel. Sur une compétition en quatre manches, ça fait 1 »2 en stock sur la glisse. » Soit plus que l’écart qui séparait le 3e équipage allemand, médaillé de bronze en bob à deux mardi, du 8e (le Letton Jekabs Kalenda), sachant que le 4e, l’Américain Frankie del Duca, pointait à 44 centièmes… « Les meilleurs sur le matériel restent les Allemands et les Américains, estime Bruno Mingeon, le coach des Français, médaillé de bronze olympique à Nagano en 1998 et champion du monde en 1999. D’autres nations essaient de s’en rapprocher en mettant des moyens cette année, comme les Suisses, les Autrichiens ou les Italiens, bien entendu. On a l’impression qu’ils ont gagné quelque chose, mais pas à la hauteur des Américains ou des Allemands. » Des sponsors qui pèsent lourd, quatre pistes de calibre mondial
Les bobeurs bénéficient des ressources de l’Institut de recherche et de développement des équipements sportifs (FES), une structure publique, à Berlin. Un centre avec « plus de 80 ingénieurs, qui sert à tous les sports olympiques, été et hiver, avec de la mécanique » , explique Mingeon.
Grâce à l’étude de l’aérodynamisme, de la position des bobeurs, de la forme du capot, du frottement au freinage… « des châssis spécifiques sont développés et adaptés à chaque piste » , vante le site web de l’Institut. « Je pense que la raison pour laquelle je suis si rapide sur cette piste (de Cortina) est que je comprends comment glisser et diriger au minimum, pour que le bob fasse tout le travail » , souligne Johannes Lochner, champion olympique en bob à deux.
Les athlètes, sponsorisés notamment par un grand constructeur automobile allemand (BMW) et une entreprise internationale de transport (DHL), sont également suivis à l’entraînement comme en compétition, pour l’entretien, les réparations et l’adaptation du matériel, là où ceux de certaines nations sont quasiment seuls. La suite est logique : les pilotes sont formés depuis leur plus jeune âge, l’émulation faisant le reste. « C’est fou, c’est ma première année en Coupe du Monde, je commence à rivaliser avec ces gars que je regardais encore à la télé il y a un an, et maintenant je me tiens à côté d’eux sur un podium » , s’étonnait Alexander Schaller, le pousseur d’Adam Ammour, médaillé de bronze en bob à 2. Les Allemands peuvent en outre compter sur quatre pistes de calibre mondial, dont deux figurent au calendrier de la Coupe du monde (Altenberg et Winterberg). En France, il n’existe que celle de La Plagne, sortie de terre à l’occasion des Jeux Olympiques d’Albertville 1992. « On a moins de marge que les Allemands sur les budgets, donc il faut qu’on cible la recherche sur des points bien précis, explique Bruno Mingeon. La base, c’est de partir de ce qu’on fait le mieux actuellement (la France a racheté un bob à 4 au Canada, ceux des toutes meilleures nations n’étant pas vendus). Notre optique, pour les Jeux 2030, est de se rapprocher des Allemands. Sur le bob à 2 par exemple, il faudrait gagner 25 centièmes. On a la partie humaine (poussée et pilotage), qu’on maîtrise malheureusement le moins, et la partie matérielle, le facteur important pour performer. On est déjà en train de réfléchir, mais ce sont des coûts et de la recherche, et même si on a quand même des idées et de l’expérience, on ne peut pas se planter sur les directions. »
Source de l’article : L'Équipe



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