Grenoble. Un « gentleman boy lover » : le portrait glaçant de Jacques Leveugle accusé de 89 viols

Comment Jacques Leveugle, homme de 79 ans accusé de viols et d’agressions sexuelles aggravés sur au moins 89 mineurs, a-t-il expliqué ses actes aux enquêteurs ?

Né à Annecy en 1946 et domicilié à Vizille près de Grenoble, le septuagénaire a été mis en examen par le parquet de Grenoble. L’affaire n’a été révélée que mardi 10 février par le parquet de Grenoble. Les faits s’étaleraient sur près de 55 ans, entre 1967 et 2022.

Son neveu le dénonce

L’Isérois a fait des études de lettres et a suivi des formations d’éducateur et d’infirmier, qui n’ont jamais été achevées. Cela lui a toutefois permis de travailler au contact de mineurs.

Il a été confondu un jour d’octobre 2023, quand son neveu découvre dans la chambre de son oncle une clé USB. À l’intérieur, « des choses manifestement répréhensibles » , précise le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux.

Y sont consignés les mémoires du septuagénaire, un document de 15 tomes où sont évoqués des rapports sexuels avec 89 mineurs de 13 à 17 ans dans une dizaine de pays différents.

Le neveu de Jacques Leveugle remet alors les documents à la gendarmerie de Vizille, qui ouvre une enquête.

Une première plainte en 2016

Après avoir lu ses mémoires, les enquêteurs soupçonnent d’abord « une part de mythomanie » , mais l’homme leur confirme que tout est réel. Il n’a pas d’antécédent judiciaire.

Une de ses victimes l’a pourtant dénoncé en 2016, en déposant plainte dans le Sud-Ouest de la France. Plainte qui n’a pas abouti.

Face au nombre important de victimes potentielles, et pour tenter d’en trouver davantage, le parquet de Grenoble a lancé un appel à témoins.

La justice invite les personnes concernées à se faire connaître rapidement, les enquêteurs espérant clore l’information judiciaire en 2026, en raison des risques de prescription et de l’âge avancé de Jacques Leveugle.

Attiré par les « garçons au seuil de la puberté » Les mémoires du pédophile présumé nous en apprennent un peu plus sur la psyché de l’homme.

Jacques Leveugle s’y décrit comme un « gentleman boy lover » , invoquant la Grèce antique et ses « éphèbes » , des jeunes hommes juste arrivés à l’âge adulte, et citant les auteurs André Gide et Henry de Montherlant pour expliquer ses actes.

Il se dit « prodigieusement dégoûté » par l’homosexualité, comme par l’hétérosexualité, mais reconnaît une « nature particulière » qui le fait « s’attacher brusquement à un garçon au seuil de la puberté » pour s’en détacher « lorsqu’il devient un homme » , ajoute le parquet de Grenoble.

De quoi faire dire au procureur de Grenoble que le suspect est un « personnage particulièrement complexe » .

Une « aura extraordinaire » On en apprend aussi un peu plus sur son mode opératoire.

Sans recourir à la violence, Jacques Leveugle use de son « aura extraordinaire de par sa culture et de par son charisme » auprès de jeunes issus de milieux défavorisés, les initiant aux langues étrangères ou à l’architecture pour mieux les approcher, résume Étienne Manteaux.

Le colonel de gendarmerie Serge Procédès, commandant de la section de recherches de Grenoble en charge de l’enquête, décrit la « toile tissée par cet homme autour de chacun des jeunes » , pour lesquels « il s’investissait intellectuellement mais pour mieux assouvir, derrière, ses pulsions sexuelles » .

Il a abusé de jeunes dans au moins dix pays

Bon nombre de ses victimes n’apparaissent que par leur surnom ou prénom dans les mémoires du suspect, et sont donc difficiles à identifier. Une quarantaine l’ont déjà été par les enquêteurs, dont « la plupart ont déposé plainte » , précise le parquet.

Les deux tiers des 89 victimes recensées vivent en France. Les enquêteurs prévoient également de se rendre au Maroc.

Car l’enquête a établi que Jacques Leveugle a « sillonné le monde entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 2020 » comme enseignant ou éducateur sportif, faisant du soutien scolaire ou encadrant des enfants délinquants.

Outre la France métropolitaine et la Nouvelle-Calédonie, il a circulé dans neuf pays : Algérie, Suisse, Allemagne, Maroc, Niger, Colombie, Philippines, Portugal et Inde.

Lorsqu’il est interpellé en février 2024, il vivait principalement au Maroc et revenait à l’occasion chez son frère à Vizille.

Il avoue deux meurtres

Dernier point non moins glaçant révélé dans les mémoires de Jacques Leveugle : il avoue avoir donné la mort à deux personnes.

Il s’agit de sa mère, alors en phase terminale d’un cancer, en 1974 à Maisons-Laffitte dans les Yvelines, et de sa tante âgée de 92 ans en 1992, domiciliée en Suisse. Jacques Leveugle affirme les avoir étouffées avec un coussin. Et « légitime son passage à l’acte en considérant qu’il aimerait bien qu’on lui fasse la même chose » s’il se trouvait en fin de vie, précise Étienne Manteaux.

Ces deux meurtres font l’objet d’une enquête distincte.

Avec AFP

Source de l’article : Actu.fr

Laisser un commentaire