Banques : un nouveau cycle de création de valeur

Longtemps analysé sous l’angle de la stabilité, le secteur bancaire semble entrer dans une nouvelle phase de son cycle. Dans son dernier rapport sectoriel, Attijari Global Research met en évidence un basculement plus structurel qu’il n’y paraît. Portées par le supercycle d’investissement, la normalisation du risque et la transformation progressive des modèles opérationnels, les banques cotées renouent avec une dynamique de rentabilité durable.

Pendant des années, le secteur bancaire a été appréhendé avant tout sous l’angle du rendement et de la stabilité. Cette lecture ne suffit plus à rendre compte de la dynamique en cours. C’est en tout cas la lecture proposée par Attijari Global Research dans son dernier rapport sectoriel, publié en février 2026. Derrière les bons chiffres de 2025, AGR identifie un basculement plus profond, celui d’un nouveau cycle de rentabilité, porté par l’investissement, la normalisation du risque et une transformation silencieuse des modèles bancaires.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse le simple rebond post-crise. Les banques cotées semblent avoir enclenché un cercle vertueux dans lequel croissance du crédit, amélioration des marges, discipline opérationnelle et maîtrise du risque s’alimentent mutuellement. Or, selon AGR, cette mutation n’est pas encore pleinement reflétée par les valorisations boursières.

Un environnement macro qui redonne de l’épaisseur au crédit

Le point de départ de cette dynamique est macroéconomique. Après une croissance limitée à 3,8% en 2024, l’économie nationale a accéléré à 5% en 2025, un niveau inédit depuis 2017. Cette reprise s’est appuyée sur le levier clé de l’investissement public, qui a atteint 340 milliards de dirhams (MMDH), soit 21% du PIB, bien au-dessus de sa moyenne historique.

Dans ce contexte, la politique monétaire accommodante de Bank Al-Maghrib (BAM) a joué un rôle d’amplificateur. Les baisses successives du taux directeur ont soutenu la demande de financement sans dégrader la qualité des bilans.

Pour AGR, cet alignement rare entre politique budgétaire et politique monétaire constitue l’un des fondements du cycle actuel. L’un des signaux les plus marquants de l’année 2025 réside dans la dynamique du crédit. Les encours à l’économie ont progressé de 8%, leur plus forte croissance depuis quinze ans. Mais au-delà du chiffre global, c’est la composition du crédit qui interpelle. Les crédits à l’équipement ont bondi de 25%, atteignant plus de 300 MMDH et représentant désormais près d’un quart de l’encours total.

Cette montée en puissance traduit un recentrage du financement bancaire sur l’investissement productif, les infrastructures et les besoins institutionnels, notamment à travers des opérations structurées comme les lease-back d’actifs publics. Pour AGR, cette bascule structurelle confère une meilleure visibilité aux revenus bancaires, tout en renforçant la qualité des portefeuilles.

Des résultats solides, mais surtout mieux équilibrés

Sur le plan financier, les réalisations des banques cotées à fin 2025 sont en ligne avec les prévisions d’AGR. Le produit net bancaire a progressé de 6%, tandis que le résultat net part du groupe a enregistré une croissance à deux chiffres, supérieure à 13%. Mais l’intérêt du cycle actuel réside moins dans l’ampleur de la croissance que dans sa qualité. Les banques ont su optimiser leur coût des ressources, profitant du poids élevé des dépôts non rémunérés.

Parallèlement, la montée en charge des activités de marché dans un environnement de taux plus favorable a permis de diversifier les sources de PNB. La digitalisation, souvent évoquée de manière incantatoire, commence ici à produire des effets tangibles.

AGR souligne une baisse structurelle du coefficient d’exploitation, traduisant une rationalisation progressive des réseaux et des processus. Autre élément clé du raisonnement d’AGR : le cycle du risque. Après plusieurs années de dégradation, le coût du risque a amorcé un retournement en 2025, soutenu par l’amélioration du cadre macroéconomique au Maroc et par une meilleure performance des filiales africaines.

Cette normalisation contribue directement à la progression de la rentabilité financière. Selon les projections d’AGR, le ROE sectoriel devrait franchir durablement la barre des 13% sur la période 2026-2027, un niveau rarement observé dans l’histoire récente du secteur bancaire.

Une décorrélation inédite entre rentabilité et valorisation

C’est précisément sur ce point que se cristallise la thèse boursière du rapport. Malgré cette amélioration marquée des fondamentaux, les banques cotées continuent d’évoluer sur des multiples historiquement bas. Le PER sectoriel ressort autour de 12,6 fois, un niveau que AGR juge difficilement compatible avec la rentabilité attendue.

Cette décorrélation entre performance opérationnelle et valorisation est au cœur du diagnostic. Pour AGR, elle reflète un décalage temporel du marché, encore influencé par les cycles passés, alors que les paramètres structurels ont évolué.

Sur cette base, Attijari Global Research estime le potentiel d’appréciation global du secteur bancaire coté à environ 26% en 2026, avec plusieurs valeurs combinant croissance bénéficiaire, rendement du dividende et visibilité stratégique.

Le rapport d’AGR met en lumière une transformation plus discrète mais déterminante. Les banques se positionnent comme des acteurs centraux du cycle d’investissement national, capables d’absorber des volumes élevés tout en préservant leurs équilibres financiers.

Cette mutation, encore sous-estimée, pourrait redonner au secteur bancaire un rôle moteur dans la performance du marché actions. À condition, bien sûr, que les investisseurs acceptent de revoir leur lecture d’un secteur longtemps perçu comme mature, mais qui semble aujourd’hui entrer dans une nouvelle phase de création de valeur.

Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma

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