De Gaulle, Allende, Kadhafi… Et les fabuleux souvenirs de deux grands reporters établis en Béarn
« Des gens vraiment sympas ici » « Il y a des gens vraiment sympas ici, explique l’ancien rédacteur en chef adjoint de RFI. J’ai été très entouré quand Françoise a été opérée il y a quelques mois. » Madame confirme : « Un voisin a remué ciel et terre pour que Jean-Claude soit admis quelques jours à l’Ehpad le temps que je rentre. Avant cela, il est venu dormir deux nuits ici pour l’aider, sa mère faisait le petit-déjeuner, le dîner, etc. On n’avait jamais vécu une telle solidarité. » Les époux de Thandt ont découvert le Béarn dans les années 1980 alors que Jean-Claude, devenu chef de locales dans le réseau Radio France, était pressenti à Pau. « On avait visité la ville, ça nous avait plu, mais Françoise travaillait à France 3 et il n’y avait pas de locale à l’époque. » Ils y sont revenus pour leurs vieux jours.
Fondus de jazz
Entre-temps, le couple a terminé sa carrière entre la Bourgogne, La Réunion et la Corse, jamais très loin du jazz adoré de Jean-Claude et de ses festivals. « Vous pourriez peut-être commencer votre article avec Louis Armstrong, suggère-t-il, pas tout à fait rangé des voitures. C’est une des personnalités qui compte le plus pour moi, avec le philosophe [Vladimir] Jankélévitch. Je l’ai rencontré pour la première fois, j’avais 15 ans, lors d’un concert à Bâle… » Le journaliste rencontrera quelques années plus tard Boris Vian à Paris. Mais son album souvenir empruntera aussi bien au sport et à ces JO de 1968 à Mexico marqués par les exploits de Bob Beamon et Colette Besson. « Le moment le plus fou, c’est quand même Fosbury. Tout le monde s’est marré quand on a vu le gars sauter à l’envers… » « Khadafi a piqué une colère noire et demandé ‘‘pourquoi madame ne pose-t-elle pas sa question en arabe ?’’ » Mais Jean-Claude, ancien de « Combat » et de Radio Alger, a surtout œuvré en politique et voisiné avec les grands noms de nos livres d’histoire. « J’étais à la Cnuced [Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement à Santiago-du-Chili, NDLR] en 1972, explique-t-il depuis son bureau avec vue sur les Pyrénées. J’y ai rencontré Salvador Allende et Pablo Neruda, qui avait invité des journalistes français dans sa villa à Valparaiso. » Il a croisé De Gaulle, qui n’a pas répondu à sa question sur le tarmac du Bourget au lendemain de la mort de Kennedy en 1963. Voyagé avec Pompidou en Haute-Volta, l’actuel Burkina Faso. Et suivi Giscard d’Estaing en Algérie. « De tous ces leaders, ceux qui m’ont le plus impressionné sont Léopold Sédar Senghor [Sénégal] et Hassan II [Maroc] » , jure-t-il néanmoins. Jean-Claude rentrera ensuite à Paris avant de poursuivre sa carrière en région, où la victoire de Limoges en Coupe Korać 1982 ne sera pas le moindre de ses souvenirs professionnels.
Jazz, stars et revue de presse
On tait ce genre d’anecdotes au pays de Pau-Orthez (l’Élan Béarnais a lui aussi remporté la Coupe Korać en 1984) et on s’intéresse de plus près au riche parcours de Françoise, Jeannet de son nom de jeune fille et de reporter. Celle qui rêvait de théâtre est finalement entrée à RFI pour rédiger la revue de presse des hebdomadaires africains. Elle y a réalisé des portraits d’artistes (Arletty, Boris Vian, Claude Piéplu ou encore Salvador Dalí) et interviewé les légendes du jazz Count Basie, Duke Ellington ou Ella Fitzgerald.
Du choc pétrolier au Mercosur
Comme son mari, Françoise de Thandt a ensuite sillonné la planète en chassant les grands fauves politiques. Les deux avaient couvert ensemble la Conférence des pays non alignés en 1973 avec Tito, Castro et de nombreux chefs d’État africains. « Moi, je travaillais beaucoup plus sur le monde arabe, indique-t-elle dans un large sourire. J’ai rencontré beaucoup de chefs d’État, dont Sadate et Kadhafi. J’ai été invitée deux fois en Libye alors qu’ils n’acceptaient pas beaucoup de journalistes. » L’aurore sur le Kilimandjaro
Source de l’article : Sud Ouest



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