Filière avicole : La FISA alerte sur des déséquilibres majeurs du marché
La FISA met en garde contre un risque réel de ralentissement de la production et de contraction de l’offre à moyen terme.
Production : Le secteur avicole traverse une crise marquée par de forts déséquilibres entre l’offre et la demande, selon la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA). Malgré une hausse significative de la production de poussins et de viandes blanches en 2025, destinée à répondre à une forte demande et à stabiliser les prix, cette augmentation non régulée a provoqué un effondrement des prix à la production, entraînant de lourdes pertes pour les éleveurs. Les producteurs de poulets de chair font également face à des prix de vente insuffisants pour couvrir leurs coûts, tandis que la baisse des prix à la source ne se répercute pas sur le consommateur final, en raison de dysfonctionnements dans les circuits de commercialisation. Les détails.
Le secteur de la production des poussins de chair et des viandes blanches traverse « une situation particulièrement préoccupante, marquée par de profonds déséquilibres affectant l’ensemble des maillons de la chaîne de production et de commercialisation » . C’est l’alerte lancée par la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) dans un communiqué publié le 4 février. Cette situation préoccupante intervient pourtant dans un contexte d’efforts soutenus consentis par les investisseurs et les professionnels du secteur afin d’assurer un approvisionnement régulier du marché national et de préserver la stabilité des prix, en adéquation avec le pouvoir d’achat des ménages. Selon la Fédération, face à une demande soutenue en viandes blanches, les opérateurs ont adopté une stratégie anticipative en augmentant sensiblement les volumes de production, dans le but d’éviter toute pénurie et de contribuer à la stabilisation des prix du poulet, principale source de protéines animales pour une large partie de la population. Ainsi, la production hebdomadaire de poussins de chair a atteint près de 10,4 millions d’unités en 2025, enregistrant une hausse d’environ 11 % par rapport à 2024.
Dans le même temps, la production de viandes de volailles a progressé de 14 %, illustrant, selon la FISA, l’engagement des professionnels à répondre à la demande croissante du marché. Cependant, cette augmentation soutenue et non régulée de la production a entraîné un effondrement inédit des prix des poussins. Le prix unitaire est ainsi tombé à environ 0,5 dirham, un niveau largement inférieur aux coûts réels de production. Une situation qui a engendré des pertes financières importantes pour les producteurs de poussins de chair et qui menace la pérennité de plusieurs unités de production. Les répercussions de cette crise se font également sentir chez les producteurs de poulets de chair. Depuis le dernier trimestre de 2025, les prix de vente à la sortie des fermes oscillent entre 9 et 12 dirhams le kilogramme de poulet vif, en raison de l’abondance de l’offre. Des niveaux de prix insuffisants pour couvrir les coûts de production, notamment ceux liés à l’alimentation animale, à l’énergie et aux services vétérinaires. La FISA met en garde contre un risque réel de ralentissement de la production et de contraction de l’offre à moyen terme. Paradoxalement, malgré cette forte baisse des prix à la production, le consommateur final n’a pas bénéficié d’une diminution équivalente sur les marchés. La Fédération attribue cette situation à des dysfonctionnements structurels du système de commercialisation des volailles, caractérisé par la multiplicité des intermédiaires et des pratiques spéculatives, qui neutralisent tout impact positif de la baisse des prix à la source. À ces difficultés s’est récemment ajoutée une crise d’approvisionnement en aliments composés, provoquée par l’impossibilité de décharger des navires dans les ports de Casablanca et de Jorf Lasfar en raison de perturbations météorologiques. Cette situation a entraîné une pénurie de matières premières et des ruptures de stocks au niveau des usines d’aliments pour bétail, affectant à la fois les secteurs de l’élevage et de la volaille, avec une hausse prévisible des coûts de production, notamment en raison des pénalités de retard.
Face à cette conjoncture, la FISA estime impératif de mettre en place, dans les plus brefs délais, des mécanismes visant à sécuriser l’approvisionnement des usines en matières premières, afin de garantir la disponibilité des aliments composés pour les exploitations agricoles. La Fédération appelle également à une refonte de l’organisation de la chaîne de production et de commercialisation des viandes blanches, à travers des dispositifs permettant une meilleure adéquation entre l’offre et la demande, un encadrement plus strict des circuits de distribution et une limitation des pratiques spéculatives. L’objectif, souligne-t-elle, est de préserver l’équilibre entre les intérêts des producteurs, le pouvoir d’achat des consommateurs et la durabilité économique et sociale de ce secteur stratégique.
Source de l’article : Aujourd'hui le Maroc



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