ENQUETE. « Dropshipping » , « lucratifs » , « peu sanctionnés » … Enquête sur les trafics de pesticides en France

ENQUETE. « Dropshipping » , « lucratifs » , « peu sanctionnés » … Enquête sur les trafics de pesticides en France

Et c’est vrai. Le glyphosate, classé « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer, reste aujourd’hui encore autorisé en France pour les professionnels disposant d’un agrément. Les particuliers, en revanche, n’ont plus le droit de s’en procurer depuis 2019. « Je le savais bien sûr, mais j’en avais besoin, se justifie Laurent, je l’utilisais pour mes allées et mon jardin potager. C’est très efficace » . Promis, on ne l’y reprendra plus.

600 perquisitions dans 83 départements français

En 2025, l’Office français de la biodiversité (OFB) a identifié de nombreux acheteurs, comme Laurent, et mené près de 600 perquisitions dans 83 départements français. Ici un agent SNCF. Là un aide-soignant. « Les risques pour ces utilisateurs sont importants : tous les produits phytopharmaceutiques sont dangereux, insiste Solenn Briand, cheffe du service national d’enquête et de contrôle de l’OFB. » Les professionnels, eux, suivent une formation, ils ont des équipements de protection et ont connaissance des dosages à respecter, détaille la magistrate. Là, nous avons découvert des produits importés, avec des notices en espagnol. « Risques pour les utilisateurs. Risque pour l’environnement aussi. » Nous voulions éviter que tous ces produits se retrouvent dans le milieu. « Si l’OFB a pu identifier autant d’acheteurs, c’est grâce à un fichier client, contenant près de 13 000 noms, récupéré en marge d’une enquête judiciaire visant plusieurs vendeurs de pesticides.

Deux d’entre eux se tenaient côte à côte le 18 novembre dernier devant la cour d’appel d’Orléans. D’un côté, Idir Guizem, 35 ans, un entrepreneur de nationalité algérienne, dont la société est basée en Espagne. Entre 2020 et 2023, il a vendu des produits interdits sur des » market places « , des boutiques en ligne hébergées notamment par EBay ou Rakuten. Lui dénonce une grande injustice : » Si le glyphosate est dangereux alors, il faut l’interdire pour tout le monde : ce n’est pas clair « . » Je préfère même en vendre aux particuliers plutôt qu’aux agriculteurs « , lance-t-il, bravache, à la fin de l’audience, » au moins, eux, ils ne l’utilisent que dans leur jardin « . Il sera condamné à 2 ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende**. La cour a estimé qu’il a touché directement 200 000 euros grâce à ces transactions illicites. Idir Guizem envisage un pourvoi en cassation.

Entre 40 et 200 000 euros de bénéfice en quelques années

L’autre homme jugé ce jour-là s’appelle Benoît Labrunhie. Bronzé, la quarantaine, cet ancien coach sportif vit en Thaïlande. Il est d’ailleurs venu à l’audience… avec sa valise à roulettes. » Il a fait 10 000 kilomètres pour se présenter devant vous « , plaide son avocat, Julien Brosson. Si Idir Guizem est considéré par la justice comme l’un des plus gros fournisseurs de pesticides aux particuliers en France, Benoît Labrunhie est un intermédiaire. Le glyphosate, il ne l’a jamais vu ni stocké. Il se » contentait « de le mettre en vente sur ses boutiques en ligne et de faire le lien entre vendeur et acheteur… En touchant au passage une commission. 40 000 euros en quelques années, a estimé la cour d’appel. » C’est ce qu’on appelle le ‘dropshipping’ « , explique-t-il à l’audience, » Le principe, c’est d’être en mode automatique. Je vendais aussi des stylos, des nounours… Et puis en 2021, j’ai commercialisé du glyphosate et ça a marché. C’est pathétique, je ne sais pas quoi vous dire. « Benoît Labrunhie, devant la cour d’appel, présente ses excuses. Mais lui aussi a été condamné, à un an de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. » Des sanctions financières trop faibles « , s’agace Pia Savart, juriste à France nature environnement et partie civile dans ces affaires. » Il y a une perception par les acheteurs, par les vendeurs et par la société en général que ce sont là des trafics moins graves que d’autres, poursuit-elle, alors qu’ils sont en fait extrêmement lucratifs et peu sanctionnés, comparés aux dommages considérables qui sont causés. « Un troisième vendeur, repéré également par les enquêteurs et surnommé » le Chinois « , dans le dossier, n’a pas été inquiété en France : » Il vendait pourtant plus que les deux autres, confie l’un des enquêteurs, mais il n’a jamais mis un pied sur le sol français. Il faut savoir couper les branches de certains dossiers pour pouvoir les clôturer. « À eux trois, ces vendeurs ont fourni 30 000 litres de glyphosate illégalement à des particuliers. De quoi traiter, selon le mode de calcul de l’Office français de la biodiversité, l’équivalent de 15 000 terrains de football. » En 2025, les agents locaux nous remontaient des signalements. De nouveaux produits, vendeurs et acheteurs étaient découverts « , se rappelle Solenn Briand, la magistrate en poste à l’OFB. L’offre, sur le net, reste pléthorique malgré les arrestations. » En fait, nous n’avons pas la capacité d’absorber tous les dossiers qui existent. « Du glyphosate sur la » market place « de Leroy Merlin

En octobre dernier, c’est ainsi Leroy Merlin qui a dû retirer » sans délai « des produits à base de glyphosate de son site internet, a appris la cellule investigation de Radio France. Un vendeur, hébergé plus précisément par la » market place « de l’enseigne de bricolage et de jardinage, a été identifié après un signalement de la Direction départementale de la protection des populations. » Une situation exceptionnelle qui a fait l’objet d’un traitement rapide « , assure Leroy Merlin.

Quand on parle de trafic de pesticides, il y a donc ces ventes sur le net, tentaculaires, à destination des particuliers. Mais des professionnels aussi contournent la loi. Ils sont peut-être moins nombreux mais ils achètent de plus grandes quantités de produits interdits. En France, deux procès ont mis en lumière l’existence d’un réseau d’approvisionnement structuré qui a profité, au fil des années, à des agriculteurs de Normandie, de la Drôme et des Bouches-du-Rhône. » L’affaire des carottes de Créances « , une première

C’est d’abord une dénonciation en 2020, qui a mis sur la piste les enquêteurs de la BNEVP, la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires. Dans la région de Créances, dans la Manche, des producteurs de carottes des sables utiliseraient toujours, dans l’illégalité la plus totale, du dichloropropène. Un pesticide interdit depuis 2018, qui leur permet d’éradiquer le ver qui s’attaque à leurs carottes. » Il ne s’agissait pas d’un oubli ou de quelques bidons conservés dans un local phyto que l’on va terminer « , précise Cyril Lacombe, le procureur de la République de Coutances. » On était vraiment dans la continuation d’anciennes pratiques, avec le maintien d’un approvisionnement. Clairement, à l’échelle de la Normandie, c’était inédit. « Les comptes des fermes sont épluchés. Des perquisitions sont menées. Les agriculteurs sont même mis sur écoute. » Ça nous a permis de savoir que les gens échangeaient beaucoup entre eux « , se rappelle le major Christophe Omont, qui dirige la brigade de recherches de Coutances, dans la Manche. Se croyant seuls au bout du fil, des agriculteurs se mettent d’accord pour garder le silence, » il faut rester bouche cousue « , dira l’un d’entre eux. Une cargaison en attente de livraison est même repérée. » Nous avons pu identifier dans le sud de la France, à Perpignan, une zone dans laquelle était stockées 22 ou 23 tonnes de pesticides « , explique encore le major Omont. Les palettes étaient dissimulées, entourées d’un film plastique noir.

Un commercial, homme clé de l’enquête

Lors de cette enquête, les gendarmes identifient également un homme clé, Alain Hébrard, un ancien commercial spécialisé dans les engrais. Lors d’une perquisition à son domicile, ils vont saisir des notes et des factures qui montrent que le retraité a utilisé ses réseaux en Espagne pour organiser la livraison de produits en France. Définitivement condamné à 50 000 euros d’amende et 6 mois de prison avec sursis pour son rôle d’importateur, il a fini par reconnaître les faits : » Les producteurs n’avaient plus du tout de solution alors qu’on importait d’Espagne des carottes traitées au dichloropropène. Quand la loi est mal faite, il pense qu’il faut la modifier « , ajoute-t-il, encore surpris de la très forte demande qu’il a reçue à l’époque : » au départ, je pensais ne livrer qu’un type, mais il en a parlé à tout le monde « . A la Confédération paysanne, qui s’est portée partie civile dans ce dossier, l’argument de l’impasse technique agace : » Je peux comprendre que modifier un système basé sur la chimie c’est complexe, réagit Annick Briand, maraîchère bio dans la Manche. Faire autrement, c’est difficile, mais pas impossible ! Il y a aussi des agriculteurs qui ont respecté la réglementation. « De la prison ferme requise pour le numéro un de la salade

Depuis cette affaire des carottes, Alain Hébrard, 78 ans, explique qu’il » a arrêté les bêtises « . Mais il a comparu de nouveau, devant le tribunal de Marseille en janvier 2026. Cette fois, Alain Hébrard est accusé d’avoir fourni des pesticides à plusieurs maraîchers de la Drôme et des Bouches-du-Rhône. » Des clients m’ont demandé, ‘toi qui vas en Espagne et au Maroc, est-ce que tu peux avoir tel ou tel produit ?’ Je n’ai pas initié ce marché parallèle « . Alain Hébrard a en tout cas donné de sa personne. Basé dans le Gard, il s’est parfois chargé lui-même des livraisons. Il touchait au passage des commissions. L’enquête a montré que le retraité avait fondé plusieurs sociétés, dont une dans le Delaware, paradis fiscal américain.

Dans le lot des 3,5 tonnes de produits retrouvés lors des saisies chez les maraîchers du Sud-Est, certains bidons ont été identifiés par la firme Bayer comme des contrefaçons.

Parmi les six professionnels renvoyés à la barre, Didier Cornille, numéro un de la salade en France, 25 millions d’euros de chiffres d’affaires annuels et fournisseur de Florette, Leclerc ou encore Grand Frais. Comme les autres prévenus présents à l’audience, il reconnait avoir » oublié de se débarrasser d’herbicides interdits « , mais il dément les avoir utilisés. » Ce serait une folie : je me tirerais une balle dans le pied si je faisais ça, avec la clientèle que j’ai. « A l’audience, il a présenté des résultats d’analyse de ses salades qui ne montrent, assure-t-il, aucuns résidus suspects sur ses cultures. Le procureur, en se basant sur les produits retrouvés par les gendarmes mais aussi sur des notes manuscrites et une facture incriminante, a requis à son encontre six mois de prison ferme. » Ceux qui trichent, il faut les sanctionner, tacle Clément Lajoue, représentant des Jeunes agriculteurs dans les Bouches-du-Rhône, qui dénonce dans le même temps la concurrence déloyale à laquelle sont exposés les agriculteurs français. « Qu’on nous laisse travailler, qu’on arrête de nous enlever des produits. On ne sait plus comment faire » , appuie Thierry Boyer, producteur de fruits et légumes poursuivi dans le dossier marseillais. Le tribunal correctionnel de Marseille rendra son jugement le 7 avril prochain.

Un grand absent : le fournisseur espagnol

Mais d’où viennent ces produits interdits ? Dans le dossier marseillais, comme dans celui des « Carottes de Créances » , une entreprise a été identifiée par les enquêteurs : Agro Naqui, basée en Catalogne.

Son patron, José Maria Naqui Vilalta, est enregistré au registre du commerce de Barcelone pour ses activités dans les semences et les céréales. Un homme mystérieux que nous avons cherché à rencontrer. A l’adresse de sa société, ni maison, ni entrepôt. « Ça ne vaut pas la peine de me rencontrer, glissera-t-il, laconiquement au téléphone, je vais seulement dire du mal des politiques et de l’administration espagnole » . Des clients, il en a en France mais aussi en Espagne. « C’est un mec d’expérience. Quand tu as des problèmes, il sait très bien te faire un diagnostic » , témoigne l’un d’entre eux, Josep, qui tient une petite exploitation agricole dans la région de Gérone, en Espagne. « Il n’a pas de boutique. On échange par WhatsApp et il livre à domicile. » Josep ne travaille plus avec lui depuis quelques temps. « J’ai entendu dire qu’il avait eu des problèmes à cause d’herbicides interdits. Mais c’était il y a un paquet d’années : c’est prescrit maintenant. » Un passif que n’a pas souhaité nous confirmer la justice espagnole. En revanche, José Maria Naqui Vilalta serait « connu pour trafic de stupéfiants, en 2011 et 2014 » . C’est ce qui figure en tout cas dans une note, transmise par les autorités espagnoles à leurs homologues français, lors de l’enquête sur les carottes de Créances.

Trafic de drogue et trafic de pesticides ? La police environnementale espagnole, la SEPRONA, assure en tout cas ne pas enquêter actuellement, sur cet homme. « Mais de manière générale, il existe un point commun entre ces deux trafics, analyse le lieutenant Carlos Munos Carpena. » Si tu as une logistique pour acheminer de la drogue, tu peux aussi acheminer des produits phytosanitaires. « » Ce que nous avons aussi détecté, ajoute Carlos Munos Carpena, ce sont des entreprises qui ont un volet légal… Mais qui commettent aussi des délits. C’est sophistiqué : il est parfois difficile de savoir ce qui est illégal. « Pourtant les sanctions existent. La cellule investigation de Radio France a retrouvé un autre vendeur de produits phytosanitaires, concurrent d’Agro Naqui, qui a écopé de 100 000 euros d’amende, il y a une dizaine d’années. Daniele Cazorla vendait des produits interdits en France à des agriculteurs français. Aujourd’hui, les acheteurs défilent toujours dans son magasin de Figueras, en Catalogne, pas très loin de la frontière. Mais plus question, assure-t-il, de contourner la loi : » Si quelqu’un nous réclame un produit interdit, on l’envoie chez quelqu’un d’autre. On ne veut pas perdre notre autorisation de vente. « 8 000 tonnes de pesticides saisis en 10 ans en Europe

Parce que ces trafics sont difficiles à identifier et à stopper, les États européens tentent de se coordonner. En 10 ans, selon les chiffres collectés par la cellule investigation de Radio France, ce sont 8 000 tonnes de pesticides qui ont été saisies sur le sol européen. » Et puisque la France est une puissance agricole forte, évidemment, on en voit passer beaucoup « , analyse le général Ludovic Ehrhart, qui dirige l’OCLAESP (Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique). » Alors nous surveillons, avec nos partenaires, ces trafics. « La surveillance des pesticides interdits dans l’environnement apporte aussi des informations sur un éventuel usage illicite. Comme par exemple avec l’étude Pestiriv, de Santé Publique France et de l’Anses, qui a montré la présence de substances interdites depuis plus d’un an (le chlorpyriphos méthyl et le quinoxyfène) dans six prélèvements d’air ambiant de capteurs installés sur un stade de football ou dans une cour d’école en Champagne, en Alsace et dans le Rhône. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces cas, » il s’agit soit d’une persistance plusieurs mois ou années après leur utilisation, soit d’utilisations résiduelles frauduleuses « , admet l’Anses.

En France, c’est ATMO, la fédération des associations de surveillance de la qualité de l’air, qui détecte la présence de ces pesticides interdits. Elle surveille 27 produits et 6 sont retrouvés régulièrement. Si certains apparaissent avec des variations en fonction des saisons et des régions, d’autres, comme le lindane, sont détectés systématiquement, sur la quasi-totalité des points de captage. Cet insecticide, interdit depuis longtemps, est extrêmement persistant dans l’environnement. » Quand on retrouve un pesticide après son interdiction, ce peut être lié à des pratiques actuelles, précise Charlotte Lepitre, la déléguée générale d’ATMO France. Mais la nature même de la molécule peut expliquer qu’on la retrouve des décennies après son interdiction. Et ce n’est pas une pollution limitée à la proximité des parcelles agricoles. « Selon elle, » on peut dire aujourd’hui que quasiment tous les Français sont exposés à des pesticides interdits. « Parfois, la détection naît de l’inquiétude de citoyens. C’est le cas dans l’agglomération de La Rochelle, où des parents en quête de réponse face au nombre de cancers d’enfants dans le secteur, ont fait tester les urines et les cheveux de 72 mineurs. » Les enfants avaient 45 molécules différentes dans les cheveux et 14 dans les urines, explique Franck Rinchet-Girollet, porte-parole de l’association Avenir Santé Environnement, qui a porté cette campagne de tests en 2024. « On a retrouvé des pesticides interdits depuis 10, 20, 30 ans. On n’est pas là pour dire : ‘il y a eu un usage prohibé’ mais on se pose vraiment des questions » , témoigne ce père dont l’enfant a déclaré un cancer il y a quelques années. « On a les résultats, qu’est-ce qu’on en fait ? » , s’indigne Christophe, habitant de Saint-Rogatien et père de Fleur, 17 ans, dont les analyses ont montré la présence de substances interdites. « Je vais être un peu trivial mais j’ai des envies de meurtre. Je ressens un sentiment d’impuissance totale. » De l’acétamipride dans l’urine des enfants

La présence d’une substance a particulièrement alerté et surpris la toxicologue Laurence Huc : l’acétamipride. Ce néonicotinoïde, dont la réautorisation est encore aujourd’hui poussée par le sénateur Laurent Duplomb, a été détecté chez onze enfants. « Il a été retrouvé dans les urines : cela reflète une exposition très récente, dans les 48 heures maximum, précise la chercheuse de l’INRAE. Et les enfants qui vivent le plus près des zones agricoles avaient des niveaux très élevés. » Pour elle, l’hypothèse d’un usage agricole récent et illégal est la plus solide.

D’autres pistes ont pourtant été explorées. L’usage domestique notamment, puisque l’acétamipride est encore présent dans des bombes anti-fourmis par exemple. Mais la plupart des familles assurent qu’elles n’en utilisaient pas. L’alimentation des enfants a aussi été questionnée, puisque les produits importés de pays étrangers peuvent avoir été traités avec ce néonicotinoïde. Mais ils ne fréquentaient pas tous la même cantine. « Les fruits et les légumes que nous mangeons à la maison sont quasiment toujours français » , précise Romain, médecin et père d’un petit garçon testé positif à l’acétamipride, sur la commune de Dompierre-sur-Mer. « Je ressens une colère froide. Et pourtant, je ne suis pas du genre à m’emporter. » Si l’acétamipride comme les autres néonicotinoïdes a un impact sur les insectes, « il est aussi considéré aujourd’hui comme un perturbateur endocrinien, ce que l’on n’avait pas vu lors de son évaluation en 2008 » , détaille l’ancien directeur scientifique de l’INRAE, Christian Huyghe « avec un impact en particulier sur la santé des femmes, selon des études chinoises récentes très bien faites. » Une plainte pour utilisation de phytosanitaires interdits

À la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime, Cédric Tranquard, son président, est catégorique. « Des épandages de ce produit, c’est impossible. » Localement, l’acétamipride a bien été utilisé par le passé sur « le colza et quelques plantes légumières comme les choux et les pommes de terre » , explique celui qui est aussi président de la commission environnement de la FNSEA. « On a cherché, parce qu’on s’est sentis incriminés. Mais non, il n’y a pas eu d’utilisation agricole, assure-t-il. Il n’y a d’ailleurs jamais eu ni produit, ni épandage trouvé ici. » Selon la préfecture, aucun contrôle de l’État n’a effectivement « mis en avant d’usage criminel ou délibéré de molécules interdites ces dernières années. » « Ces contrôles ont plutôt relevé six à douze fois par an des non-conformités sur la tenue des registres, par exemple, la qualité du matériel ou la durée de stockage des produits » , précise le préfet, Brice Blondel.

Sur cette question des stocks, un chiffre intrigue pourtant. Selon la banque nationale des ventes de produits phytopharmaceutiques, les ventes d’acétamipride ont plus que doublé en Charente-Maritime, dans les années précédant son interdiction. Moins de 36 kilos vendus en 2013 contre 85 en 2018. « Il y a des explications à cela » , assure Cédric Tranquard. A en croire le président de la Chambre d’agriculture, le développement de la filière noisettes, gourmande en acétamipride, en est une. « Et il ne faut pas se le cacher, puisque l’arrêt de la vente était en 2018 et l’arrêt de l’utilisation en 2020, les gens en ont acheté 25 à 30% de plus pour tenir. » Chez les défenseurs de l’environnement, on demande à voir. Selon les informations de la cellule investigation de Radio France, l’association Nature environnement 17 a déposé une plainte contre X en 2025 pour mise sur le marché et utilisation de produits phytosanitaires interdits. « C’est l’appellation qui correspond au trafic de pesticides » , précise Marie Bomare, responsable de la cellule juridique de l’association. « L’étude menée par les parents sur les urines et cheveux de leurs enfants donne, selon nous, matière à enquêter. » *Son prénom a été modifié

** Dont 10 000 euros avec sursis.

Écouter l’enquête dans « Révélations » sur l’application Radio France

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Source de l’article : Franceinfo

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