Réforme universitaire: la bronca des enseignants

Réforme universitaire: la bronca des enseignants

L’adoption, par les deux Chambres, du projet de loi n° 59.24 relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique suscite la protestation des syndicats des enseignants qui appellent à la grève. Les enseignants qui essaient de médiatiser leur cause s’opposent notamment, à une gestion de l’université qui se ferait sans eux.

La bronca des enseignants contre les grands chantiers de la réforme universitaire lancés par l’exécutif risque de nous rappeler de bien mauvais souvenirs du bras de fer engagé à l’époque, par les enseignants du secondaire avec le gouvernement. Les cadres supérieurs sont ainsi résolus dans la lutte qu’ils ont engagée contre le plan de réforme et pour une transformation démocratique de l’Université .

Bien qu’adoptée en deuxième lecture par la Chambre des représentants, la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur censée marquer un tournant pour l’université marocaine, amorce l’année sous de mauvais auspices. Pourtant, ce nouveau-né a été accouché dans de dures joutes oratoires entre députés de l’opposition et membres de la majorité, dont certains appartiennent au corps enseignant. Un débat vif qui a abouti le 20 janvier 2026 à son adoption en seconde lecture par la Chambre des représentants, par 82 voix pour, contre 33 voix défavorables.

Selon le communiqué du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, ce moment législatif constitue un jalon majeur dans le chantier national de modernisation du secteur. Le ministère a salué « le climat de débat sérieux, l’interaction fructueuse et le travail conjoint qui ont caractérisé toutes les étapes de l’élaboration, de la discussion et du vote du projet de loi » , estimant que cette dynamique reflète « un engagement collectif mûr pour la réussite de cet atelier législatif décisif » .

Dans sa présentation du projet, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, M. Azzedine El Midaoui, s’est gargarisé du fait que cette réforme qui a été élaborée « en toute objectivité et loin de toute considération ou arrière-plan idéologique » , est censée mettre à niveau le système national de l’enseignement supérieur et de créer les conditions nécessaires à l’émergence d’une université en phase avec les transformations profondes que connaît le pays.

Le texte prévoit également, la mise en place d’une stratégie nationale de la recherche scientifique, technologique et de l’innovation. Celle-ci devra définir les priorités nationales et renforcer la coordination entre les différents intervenants, afin d’améliorer l’efficacité des politiques publiques dans ce domaine considéré comme un levier essentiel du développement.

En matière de gouvernance, la réforme introduit la création d’un Conseil des administrateurs, nouvelle instance chargée d’accompagner les universités, tout en maintenant l’ensemble des prérogatives du Conseil de l’université dont la composition a été révisée. Le projet de loi établit par ailleurs un lien clair entre la nomination des présidents d’université et des établissements universitaires et sectoriels et des cahiers des charges précis, renforçant ainsi la logique de responsabilité et de performance.

Le texte consacre aussi l’institutionnalisation de la filière en tant que structure d’encadrement des activités pédagogiques et scientifiques. Il introduit une ingénierie linguistique affirmant la place des deux langues officielles du Royaume tout en s’ouvrant aux langues étrangères, dans une optique d’internationalisation maîtrisée de l’enseignement supérieur.

Pourquoi alors le Syndicat national de l’enseignement supérieur a appelé à une grève nationale générale les 3, 4 et 5 février prochains au sein de l’ensemble des établissements universitaires? Cette décision serait en contradiction avec les revendications exprimées par les enseignants-chercheurs.

La grève touchera l’ensemble des activités pédagogiques, y compris les cours, les travaux dirigés et pratiques, ainsi que les réunions au sein des structures universitaires et des centres de recherche. Par contre, les examens, manifestations, séminaires et rencontres scientifiques programmés à l’avance ne sont toutefois pas concernés par cet arrêt de travail.

Dans son communiqué, le bureau national du syndicat estime que le gouvernement n’a pas respecté l’approche participative lors de l’élaboration du texte. Les syndicalistes espèrent toujours le gel de la procédure d’adoption du projet de loi et à sa réintégration dans un cadre de dialogue et de négociation avec le Syndicat. Pour le bureau national, le passage du texte sans consensus fragilise la confiance entre les partenaires sociaux et les pouvoirs publics.

En clair, le Syndicat estime que cette lutte est engagée contre le plan de réforme et pour une transformation démocratique de l’Université, tout en espérant encore que le gouvernement comprendra qu’une réforme aussi importante ne peut valablement s’accomplir sans l’accord des intéressés, qui passe d’abord par la remise en discussion des points sur lesquels ce projet suscite les plus vives controverses.

Source de l’article : Challenge.ma

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