Trouville : depuis plus de 15 ans, Off-Courts noue des liens avec l’Afrique autour des courts-métrages
Si le festival Off-Courts est le temps fort vibrant et créatif, le « Studio Off » fait vivre l’esprit du festival tout au long de l’année, en accueillant de nombreux artistes en résidence, mais aussi en accompagnant des laboratoires de création… parfois à des milliers de kilomètres de Trouville-sur-Mer (Calvados). Notamment en Afrique où des liens solides se sont créés avec différents festivals et associations.
Ainsi, ces dernières semaines, Thomas Lesourd et Clara Michel, de l’équipe du Studio, sont allés animer et encadrer des laboratoires de création au Togo, pour le festival Émergences de Lomé, puis au Rwanda, à Kigali, pour une toute nouvelle collaboration avec le Mashariki African Film Festival. Au menu : mise à disposition de matériel de tournage et de montage, ateliers autour de l’écriture ou de la technique, mais aussi encadrement des tournages de films dans l’esprit Kino, mouvement cinématographique international consistant à réaliser des films sans budget, dans un esprit d’entraide, non-compétitif, de liberté et de bienveillance.
Les premiers liens avec Madagascar « Dès 2007, d’autres festivals nous ont demandé des coups de main pour organiser des kinos, faire des petits partenariats » , raconte Thomas Lesourd, coordinateur artistique des projets internationaux, qui mentionne notamment la Finlande, l’Autriche ou encore le Québec avec Kinomada.
Pour le continent africain, les premiers liens se sont noués en 2009. À cette époque, le festival Rencontres du Film Court d’Antananarivo au Madagascar demande à Off-Courts de venir organiser un kino pendant leur festival. « Samuel Prat est allé faire du repérage, et dès 2010, on y est retourné très régulièrement » , indique Thomas, évoquant « des liens très forts » noués avec Madagascar qui se poursuivent, même si les années après-covid ont pu être plus compliquées.
Depuis le début, le principe est le même. Des membres du Studio Off se rendent sur place pour encadrer des jeunes et des moins jeunes dans la réalisation de courts-métrages. « Il y a une dimension pédagogique qui est arrivée super vite parce qu’autant chez nous, quand on fait un kino, il y a une moitié d’amateur et une autre de professionnels qui viennent pour retrouver une part de liberté, alors que là-bas, je n’avais que des amateurs » , se souvient Thomas Lesourd qui raconte des années où ils étaient deux pour accompagner une vingtaine de films avec de jeunes cinéastes malgaches.
Maroc, Togo, Tanzanie… « Comme le monde du cinéma africain est petit, les gens se connaissent. Donc le mot s’est vite répandu » . Rapidement, Off-Courts a été invité à proposer le même encadrement à Imouzzer au Maroc. « Comme c’était moins loin, on était sept encadrants pour les ateliers » .
Grâce au bouche à oreille et aux rencontres humaines, l’association est venue successivement encadrer des laboratoires de création dans d’autres pays. Ils sont allés en Algérie, « la semaine de la Révolution » , dans le cas des Rencontres cinématographiques de Béjaïa, mais aussi trois fois au Sénégal « à chaque fois avec une association différente » , à Arusha et Dar es Salaam en Tanzanie, à Agadir au Maroc, à Kigali au Rwanda, ou encore, en dehors du continent africain, à Jacmel à Haïti. « Comme pour Madagascar, il y a des pays avec lesquels on a des partenariats fraternels qui durent, comme avec le festival Emergence à Lomé au Togo, depuis 2020 » . Un événement qui attire des participants qui viennent aussi du Bénin, du Sénégal ou encore de Côte d’Ivoire.
Si lors d’Off-Courts, par exemple, les réalisateurs des kinos ont trois jours pour tourner un film, lors de ces laboratoires en Afrique, les sessions sont souvent plus longues. « Par exemple, on peut avoir une vingtaine de participants qui vont faire une dizaine de films sur dix jours. Cela nous permet être plus souple, et surtout, les deux premiers jours, de proposer que de la théorie » , détaille Thomas. Une période de formation sur les bases de l’écriture et sur la mise en scène, mais aussi parfois, en fonction des intervenants présents, sur d’autres sujets plus techniques comme le montage, le son ou encore l’image. « Mais j’insiste souvent sur le fait que la base, c’est le sens artistique » . « L’idée c’est d’avoir un échange » « Souvent, on va dans ces pays pendant un an ou deux, on aide à monter le Kino, mais on forme aussi des personnes qui peuvent prendre le relais, car l’idée, c’est qu’ils les organisent ensuite à leur tour » , insiste Thomas, qui précise : « On aide le cinéma du pays à se développer, mais il n’est pas question de se rendre indispensable. D’où l’intérêt de former des gens sur place, mais aussi d’inviter les cinéastes chez nous » .
Ainsi, chaque année, certains réalisateurs africains viennent au Studio en résidence, mais sont aussi invités à participer au festival trouvillais, en septembre. « L’idée c’est d’avoir un échange, sinon ça n’aurait pas de sens » . Un échange parfois difficile, financièrement mais aussi selon le contexte politique des pays, qui nécessite pour l’équipe d’Off-Courts de travailler avec les instituts français et les ambassades pour débloquer des visas ou des aides financières. « Cela nous permet tous les ans d’accueillir des Tanzaniens, des Sénégalais ou encore des Malgaches qui viennent à Off-Courts, qui rencontrent d’autres gens, agrandissent leur réseau… » .
Un échange qui permet aussi d’avoir un vrai suivi du travail réalisé sur place qui va parfois au-delà des laboratoires de création. En Tanzanie, par exemple, l’équipe d’Off-Courts a accompagné la production de deux courts-métrages à plus long terme. « Une partie des équipes des films étaient d’ailleurs issues du Kino qui avait été organisé l’année d’avant » , sourit Thomas, se réjouissant de ces trajectoires. À Madagascar également, au fil des années, ou encore au Togo, les intervenants d’Off-Courts ont vu des talents émerger. « À la différence d’autres pays, là-bas c’est quasiment que des Malgaches qui participent. Cela permet d’avoir un vrai suivi. On a vu certains étudiants qui ont débuté au kino, qui se sont améliorés, et qui aujourd’hui proposent des films en compétition. On en croise certains au festival à Clermont-Ferrand. C’est une vraie preuve que ça marche et qu’on ne fait pas ça pour rien » .
Source de l’article : Actu.fr



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