SREP, la nouvelle norme qui bouscule les banques marocaines

SREP, la nouvelle norme qui bouscule les banques marocaines

La mise en œuvre progressive du SREP (Supervisory Review and Evaluation Process) par Bank Al-Maghrib marque un tournant majeur dans l’évolution du cadre prudentiel marocain. À l’horizon 2027, ce dispositif introduira une supervision plus exigeante, fondée à la fois sur des exigences de fonds propres renforcées et sur une évaluation globale des risques. Solidité financière, qualité de la gouvernance et capacité de résistance aux chocs deviennent désormais les piliers de la surveillance bancaire. En rapprochant le système marocain des standards internationaux, cette réforme est appelée à transformer en profondeur la manière dont les banques pilotent leur croissance et maîtrisent leurs risques.

Avec l’introduction du SREP, la supervision bancaire marocaine entre dans une nouvelle phase. Inspiré des meilleures pratiques internationales, notamment des accords de Bâle et des méthodologies européennes, ce cadre dépasse la logique traditionnelle de contrôle des seuls ratios prudentiels. Il vise à instaurer une appréciation globale de la situation des établissements, intégrant leur profil de risque, la robustesse de leur gouvernance et la soutenabilité de leur modèle économique. À partir de 2027, les banques devront ainsi répondre à un ensemble de critères qualitatifs et quantitatifs couvrant l’ensemble de leurs activités. L’objectif affiché par Bank Al-Maghrib est clair : renforcer la résilience du système bancaire en mettant l’accent sur la pérennité des modèles d’affaires, la solidité des dispositifs internes et la capacité d’absorption des chocs macroéconomiques.

Selon Fitch, « Bank Al-Maghrib met progressivement en œuvre le SREP, dont la pleine application est prévue pour 2027. Il s’agit d’une étape clé dans le renforcement de la capitalisation du secteur bancaire et de la gouvernance des risques » . L’agence souligne notamment l’introduction de surcharges de fonds propres pour les trois banques d’importance systémique nationale — Attijariwafa Bank, Bank of Africa et le Groupe Banque Centrale Populaire — portant leur ratio minimum de fonds propres de catégorie 1 de 9 % à 11 %. Une évolution qui rapproche le cadre marocain des normes internationales et renforce la capacité du secteur à absorber les chocs.

Dans un environnement marqué par des incertitudes externes persistantes et par des mutations structurelles profondes — digitalisation accélérée, évolution des comportements des clients, rationalisation des réseaux physiques — le SREP s’impose comme un outil de prévention proactive des risques. « Sa mise en œuvre constitue à la fois une convergence vers les normes internationales et un test de maturité pour les banques marocaines, qui doivent désormais intégrer une évaluation dynamique de leur gestion du capital, de la liquidité et des risques » , souligne Andrea Bises, expert en régulation financière et bancaire au Fonds monétaire arabe.

Le SREP : une approche holistique de la supervision

Inscrit au cœur du pilier 2 du cadre prudentiel international, le SREP repose sur une analyse globale de chaque établissement bancaire. Il ne se limite plus à la conformité aux seuils réglementaires, mais s’attache à évaluer la banque dans toutes ses dimensions : modèle d’affaires, profil de risque, liquidité, gouvernance et dispositifs de contrôle interne. Cette approche impose une cartographie des risques plus structurée et une vision prospective des vulnérabilités.

Concrètement, le SREP examine notamment :

la cohérence et la viabilité du modèle d’affaires ;

l’adéquation entre les risques pris et les niveaux de fonds propres ;

la gestion de la liquidité et des besoins de refinancement, y compris en situation de stress ;

la qualité de la gouvernance, des contrôles internes et des mécanismes de conformité, incluant les risques cyber et la lutte contre le blanchiment.

Pour Andrea Bises, le déploiement du SREP poursuit trois objectifs structurants : adapter la supervision au profil de risque réel de chaque banque, privilégier la prévention des fragilités plutôt que leur correction a posteriori, et préparer le secteur bancaire marocain à un environnement plus intégré, plus digital et plus international, où la crédibilité prudentielle constitue un véritable avantage compétitif.

Des impacts concrets sur le secteur bancaire

Le renforcement des exigences en fonds propres constitue l’un des effets les plus visibles du SREP, en particulier pour les banques systémiques. Les surcharges introduites par Bank Al-Maghrib élèvent désormais le seuil minimum de fonds propres Tier 1 à 11 % pour les principaux groupes bancaires, contre 9 % auparavant. Cette évolution contribue à consolider les coussins de capital et à renforcer la capacité d’absorption des pertes en période de tension. Dans les faits, les ratios moyens du secteur demeurent largement supérieurs aux minima requis, traduisant une solvabilité globalement confortable.

Au-delà des chiffres, le SREP modifie en profondeur le pilotage interne des établissements. Les banques sont désormais tenues de conduire des auto-évaluations approfondies, d’identifier leurs faiblesses structurelles et de mettre en place des plans d’action correctifs. La gouvernance, le rôle des conseils d’administration, la qualité des contrôles internes et la gestion des risques émergents deviennent des axes centraux de la supervision.

Fitch estime que ces exigences « renforceront la gouvernance interne et les cadres de gestion des risques des banques, contribuant à une meilleure allocation et gestion des fonds propres » . L’agence rappelle que la mise en œuvre de Bâle III au Maroc figure parmi les plus avancées du continent, avec la publication déjà effective des ratios de liquidité, de financement stable net et de levier.

Un secteur mieux armé face aux défis à venir

L’introduction du SREP intervient à un moment charnière pour le secteur bancaire marocain, confronté à des transformations structurelles profondes et à une volatilité accrue de l’environnement économique. En renforçant les exigences en matière de gouvernance, de capital et de gestion des risques, Bank Al-Maghrib envoie un signal fort : celui d’un système bancaire appelé à gagner en robustesse et en crédibilité sur la scène internationale.

Comme le résume Andrea Bises, là où la supervision reposait auparavant principalement sur des contrôles de conformité classiques, le SREP instaure une approche plus proactive et personnalisée, fondée sur une analyse fine des risques propres à chaque établissement. Les banques doivent désormais intégrer cette discipline renforcée dans leurs stratégies, ajuster leurs politiques de croissance et de distribution, et consolider durablement leurs coussins de capital en vue de l’échéance de 2027.

Source de l’article : Financial Afrik

Laisser un commentaire