« Si c’est un groupe familial, cette délocalisation est un infanticide! » : frappés par la crise de l’automobile, les salariés de l’usine Lisi se rappellent de la visite d’Emmanuel Macron alors ministre
Le groupe Lisi a confirmé la fermeture de son usine de pièces automobiles de Puiseux-Pontoise, dans le Val-d’Oise, pour délocaliser la production vers d’autres pays. Pour les 135 salariés du site, l’annonce est difficile à entendre.
Ils gardent dans leur téléphone une photo d’Emmanuel Macron venu visiter leur usine du Val-d’Oise, « fleuron » industriel français aujourd’hui promis à la délocalisation: les salariés de Lisi Automotive ruminent la suppression annoncée de 135 postes et le transfert de leur activité vers trois pays. Sous un petit auvent métallique battu par la pluie, face à l’usine de 15.000 m2 de Puiseux-Pontoise, une quinzaine d’ouvriers et de techniciens partagent mardi des sandwichs aux frites tièdes et des pensées amères. « Ils disent sur internet qu’on est un groupe familial. Merci la famille! Cette délocalisation, c’est un infanticide » , accuse Wilfried, 42 ans, « régleur en injection plastique » sur ce site – l’une des cinq usines françaises de pièces automobiles du groupe – qui produit des fixations en plastique et métal.
Coté en Bourse, Lisi « c’est un groupe qui a de l’argent, qui délocalise et qui l’assume, pour le profit, alors donnez-nous de bonnes indemnités » , lâche-t-il, six jours après l’annonce du « plan de restructuration » .
Quand une psychologue vient à la rencontre du piquet de grève, Wilfried accepte un dialogue sans illusion. « Vous savez que vous allez avoir un accompagnement » , dit la jeune femme mandatée par un cabinet spécialisé, « à l’écoute » de ceux qui se voient déjà chômeurs. « C’est du blabla tout ça. Ils accompagnent quelques mois et après ils abandonnent. Comment on va recaser 130 personnes? Ils vont me dire de faire un bilan de compétences, mais j’en ai déjà fait, ce sont des discours de gens qui n’ont pas été sur le marché du travail depuis longtemps » , lâche Wilfried. « La France s’en va en miettes » Les cornes de brume résonnent, face à un feu de palettes. Crayons et réglette rangés dans la poche de sa blouse grise Lisi, Arnaud, 37 ans, se confie près du brasero: « Ce qui m’attriste, réellement, c’est qu’un groupe français soit moteur de délocalisation » , dit ce salarié. Son propre père travaillait sur le site où il est lui entré comme outilleur à 18 ans, avant de devenir chargé de projet. « En 2015, M. Macron était venu nous rencontrer au sein de nos ateliers et avait mis l’accent sur nos performances » , raconte-t-il. « Comme il était ministre de l’Industrie, il était en soutien à notre fleuron français. Aujourd’hui, on ne voit pas le soutien de nos politiques » , affirme le salarié.
Parmi les grévistes mobilisés mais qui ne souhaitent pas donner leur patronyme, Muriel, syndiquée CGT de 62 ans. Habituellement affectée à l’assemblage, à « trier les pièces » , l’ouvrière, retenant sa colère, a l’impression que « la France s’en va en miettes » . Auprès d’elle, Sébastien, 46 ans, barbe grisonnante, a « toujours fait de l’ajustage » et « ne sait franchement rien faire d’autre » . Et voit bien que « dehors, ça ne va pas mieux » , après l’annonce de la fermeture d’une usine Bosch France dans l’Allier (265 salariés).
Dans un bureau de l’usine, Vincent Quinaux, directeur général « Business group solutions clippées » chez Lisi Automotive, déroule la logique du projet: d’abord « l’arrêt de la production » puis le « transfert d’activité » vers l’Allemagne, le Maroc et la Hongrie, et même le « passage à du négoce en Asie pour une partie des produits qu’on ne sait plus produire de manière financièrement acceptable » . « On n’est plus compétitifs par rapport à la concurrence » , notamment asiatique, argue-t-il, après plusieurs années de pertes. « On l’a fait tourner, cette boîte » « Le premier facteur, c’est la situation du marché automobile européen, durablement dégradée » , ajoute-t-il, énumérant le problème initié depuis le Covid en 2020, les pénuries de semi-conducteurs, la guerre en Ukraine avec une forte inflation… Et maintenant, plaide le dirigeant, « on voit que le phénomène est durable, avec une arrivée massive des véhicules chinois en Europe, qui impacte significativement les clients européens » . L’usine, appartenant à un groupe familial « fondé en 1777 » , fabrique des clips pour l’automobile: 800 millions de pièces par an qui s’en vont vers les usines Stellantis, Renault, Mercedes ou BMW.
Dans un hall de stockage, Sébastien, 56 ans, conduit encore un engin « préparateur de commandes » . Tout en se demandant s’il ne deviendra pas gréviste mercredi, après la première réunion officielle sur la fermeture. « J’en ai passé des centaines de samedis ici, on l’a fait tourner, cette boîte, et on ferme pour pas grand-chose » , dit-il. « Les Hongrois ont des salaires bien plus bas mais les voitures, on les paiera toujours au même prix » , assure-t-il.
Source de l’article : BFM



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