Bois européen : les importations reculent de 16%
En novembre 2025, les importations de bois en provenance de l’UE ont reculé de 16 %. Ce repli s’inscrit dans une logique de volatilité des flux vers le Maroc. Il souligne par ailleurs la dépendance du pays aux importations pour satisfaire ses besoins en construction, menuiserie et ameublement. La production locale, elle, ne couvre que 30% de la demande.
Avec plus de 60 milliards de dollars d’échanges en 2024, l’Union européenne reste le premier partenaire commercial du Royaume. Cet espace fournit au Maroc des produits industriels, des matières premières et des équipements essentiels à de nombreux secteurs.
Parmi ces produits, le bois scié (lumber), qui représente un segment porteur particulièrement sensible aux variations de la demande et aux facteurs macroéconomiques. Bien que son poids global soit limité par rapport aux importations agricoles ou énergétiques, il demeure stratégique pour certains secteurs comme la construction, la menuiserie et l’ameublement. Dans ces spécialités, les volumes importés influencent directement la production locale et les prix du marché.
Des exportations européennes volatiles
Les volumes de bois exportés depuis l’UE vers le Maroc ont connu une forte variabilité en 2025. Cette tendance montre la sensibilité du secteur aux facteurs conjoncturels. Ainsi, en mars 2025, les exportations ont progressé de 38% par rapport à mars 2024. Un bond qui témoigne d’un regain de demande ou d’une reprise des flux logistiques après un début d’année relativement calme.
En août 2025, les exportations ont atteint un pic de +62%. Un sursaut qui confirme une dynamique estivale soutenue, probablement liée aux projets de construction saisonniers et à l’approvisionnement des industries locales en matériaux de qualité. Cependant, cette tendance haussière s’est inversée en novembre 2025, avec une baisse de 16% par rapport à la même période de l’année précédente.
Cette contraction souligne la volatilité inhérente aux échanges internationaux de bois, affectés par la logistique maritime, les coûts de transport et la concurrence régionale.
Selon les données douanières et COMTRADE, l’UE a exporté vers le Maroc, en 2024, environ 253 millions de dollars de bois scié, sur un total de 453,7 millions de dollars de produits ligneux importés.
Parmi les produits les plus importés, les panneaux, les menuiseries et autres produits dérivés. Ces chiffres mettent en lumière le rôle de l’UE comme fournisseur principal, mais également la dépendance du Maroc aux importations pour répondre à ses besoins industriels.
Une demande marocaine structurée mais dépendante
Le Maroc reste largement dépendant des importations pour satisfaire ses besoins en bois, malgré une production locale qui représente un socle solide mais limité. Selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), la production nationale de bois d’œuvre et d’industrie couvre environ 30% des besoins du pays, évalués à 2,2 millions de mètres cubes par an.
En se basant sur ces données, la production locale atteint donc approximativement 680.000 m³ par an. Ce qui implique que le Royaume doit importer près de 70% de ses besoins, pour une facture annuelle estimée à 220 millions de dollars. Cette dépendance souligne les enjeux structurels du secteur forestier marocain : développer la production locale, diversifier les sources d’approvisionnement et maîtriser les coûts d’importation.
Les facteurs du recul des exportations en novembre 2025
Plusieurs éléments permettent d’expliquer la baisse de 16% observée en novembre dernier. D’abord, les pics précédents ont placé les volumes à un niveau élevé de référence et rendent tout ajustement visible et statistiquement significatif. Ensuite, les contraintes logistiques en Méditerranée, comme la disponibilité limitée de conteneurs ou des retards portuaires, peuvent ralentir temporairement les flux de bois.
Enfin, la concurrence régionale et internationale influence également les importations : certains producteurs européens, notamment allemands ou espagnols, orientent leurs exportations vers des marchés offrant des prix plus attractifs, ce qui modifie la répartition des volumes vers le Maroc.
Par ailleurs, la demande intérieure marocaine reste un facteur clé. Les projets immobiliers, l’essor du secteur de la construction et la croissance de l’ameublement moderne stimulent ponctuellement les importations. En outre, les fluctuations saisonnières ou les cycles de production industrielle peuvent générer des creux temporaires dans les flux importés.
Perspectives et enjeux pour 2026
L’année 2026 devrait confirmer l’importance de l’UE comme fournisseur principal de bois pour le Maroc. Elle permettra par ailleurs de mettre en évidence plusieurs points stratégiques. Le premier est relatif au maintien de la dépendance aux importations : le ratio production nationale / demande restera proche de 30%, ce qui implique que la part des importations demeurera élevée.
Le deuxième point stratégique concerne l’optimisation de la chaîne logistique : les importateurs marocains devront gérer la volatilité des flux et les variations de prix internationaux pour sécuriser l’approvisionnement des industries locales.
Le troisième point à relever couvre les politiques publiques et la Loi de finances : la LF 2026 prévoit des mesures fiscales pour soutenir la transformation locale et réduire le coût des intrants importés, ce qui pourrait influencer les volumes importés et renforcer la compétitivité du secteur national.
En effet, depuis le 1er janvier 2026, le tarif des bois importés (TBI) au Maroc est soumis au taux unifié à 6% pour l’ensemble des bois et ouvrages en bois. Ces tendances mettent en évidence que, malgré des fluctuations mensuelles, les importations européennes restent un levier essentiel pour l’économie marocaine et offrent une marge de progression pour renforcer la production nationale et réduire la dépendance externe.
Ainsi, même si les exportations de bois de l’UE vers le Maroc ont montré une volatilité marquée en 2025, avec des pics au printemps et un recul fin novembre, la dépendance structurelle, combinée à la variabilité des flux européens, reste structurelle et souligne les enjeux stratégiques et économiques du secteur forestier, tant pour la sécurité d’approvisionnement que pour le développement de l’industrie locale et la compétitivité du marché marocain.
Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



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