la météo et les arbitrages au port de Casablanca menacent la filière d’effondrement
La filière avicole marocaine est prise dans une tempête sans précédent: derrière la chute brutale des prix du poulet, un bradage forcé des lots révèle une rupture d’alimentation. Entre météo capricieuse et arbitrages portuaires défavorables, les usines d’aliments sont à l’arrêt, les fermes en détresse, et la filière menacée d’effondrement.
Sur les marchés, les consommateurs ont certainement remarqué une baisse soudaine et étrange des prix du poulet. Au niveau des fermes, le seuil de vente se situe en dessous de 10 dirhams le kilogramme (DH/kg), un niveau qui rappelle l’époque de la crise sanitaire du COVID-19. Toutefois, cette situation en toute favorable est loin de l’être, comme l’atteste le récent communiqué de l’Association des Producteurs de Volailles (APV), relayé dans la presse.
En effet, selon Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’organisation, la situation actuelle est un bradage orchestré par les producteurs, confrontés à l’épuisement de leurs stocks d’alimentation et à une difficulté d’approvisionnement.
Usines à l’arrêt, fermes en rupture
Cette difficulté d’approvisionnement prend racine dans les ruptures de la chaîne de fabrication des usines spécialisées dans les aliments composés destinés aux volailles. « Dans les usines, il n’y a plus rien à produire » , fait savoir le professionnel. Depuis quelques semaines, ces unités ne trouvent plus de matières premières – soja et maïs notamment. « Depuis décembre, il n’y a pas eu de débarquement de navires convoyant ces matières premières au port de Casablanca. Après avoir travaillé quelques semaines sur leur stock, les usines sont tombées en rupture, occasionnant chez les éleveurs et les fermes un manque d’alimentation » , explique Abderrahmane Ryadi à notre rédaction.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, « il n’y a plus rien à manger dans les fermes depuis quelques jours » , déplore-t-il. À défaut d’alimentation, les volailles subissent des chutes de poids et « on peut s’attendre d’ici un jour ou deux à vraiment avoir beaucoup de mortalité » , prévient-il.
Une situation inédite, selon lui. « Je suis dans le métier depuis plus de 36 ans, je n’ai jamais vu ça. On n’est jamais tombé dans une situation comme ça, où on n’a plus rien à donner à manger à nos volailles » .
Poussins bradés, production menacée
Le bradage auquel l’on assiste n’est rien d’autre que le moyen trouvé par les éleveurs pour se débarrasser de leurs poulets et éviter le cauchemar de l’approvisionnement. « Les gens vendent un peu la production qui n’est pas encore prête, ce qui va directement conduire à un manque à produire dans les deux semaines à venir » , souligne Ryadi. Mais les conséquences vont bien au-delà.
Déjà, la mise en place des poussins est perturbée. Faute d’aliments, les éleveurs se désistent. « Ce qui s’est passé ces dernières semaines, c’est que les éleveurs exigent aux fournisseurs de poussins de leur livrer l’aliment avec le poussin, sans quoi pas de transaction » , explique-t-il. Résultat : les poussins sont bradés à quelques centimes, parfois donnés, alors qu’ils valaient encore 5 dirhams il y a quelques semaines. Les couvoirs, eux, préfèrent vendre directement les œufs au lieu de les incuber.
Cette contraction de la production annonce une baisse de l’offre dans les deux à trois mois à venir, avec une tension logique sur les prix. Et ce n’est pas tout. « S’il n’y a pas de solution, les producteurs vont subir des pertes énormes, leur trésorerie va être entachée, les usines ne vont pas être payées ; c’est tout le secteur qui va ainsi être déstabilisé » , alerte Ryadi.
Port de Casablanca : un arbitrage qui fragilise la filière
Si au premier plan le curseur peut être mis sur le mauvais temps qui caractérise la météo actuellement, le tableau présenté par Abderrahmane Ryadi fait également peser la responsabilité sur le port de Casablanca. « La météo, elle fait ce qu’elle veut » , rappelle-t-il, en soulignant que d’autres pays parviennent à maintenir leurs activités portuaires malgré des conditions climatiques difficiles.
Comme pour enfoncer le clou, le SG fustige, « lorsqu’il y a une petite fenêtre comme c’est le cas aujourd’hui, on priorise les bateaux qui ramènent le blé. Donc ils font passer d’abord les importations de blé pour approvisionner les minoteries. Et les usines d’aliments, c’est comme si les animaux pouvaient attendre. Mais après, ce sont des poulets, des dindes, des œufs que les consommateurs attendent aussi, comme le pain. C’est un grand problème que le gouvernement doit s’appeler à résoudre » .
En clair, derrière l’accalmie actuelle sur les prix, la filière avicole s’achemine vers une baisse de l’offre et une tension des prix. Pour les responsables, s’il est évident qu’on ne peut empêcher les caprices de la météo, l’effondrement de la filière, lui, peut être évité. Il urge que des mesures idoines soient prises par les autorités compétentes sur le port de Casablanca.
Faute d’action, c’est non seulement l’approvisionnement des ménages pour le Ramadan qui sera compromis, mais aussi l’équilibre d’un secteur stratégique, ses acteurs et des milliers d’emplois. Un risque de déséquilibre socio-économique majeur.
Source de l’article : H24info



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