Offshoring : le Maroc muscle son offre pour s’imposer comme hub numérique mondial
Responsables gouvernementaux, acteurs institutionnels et professionnels du secteur ont convergé autour d’un constat commun : l’offshoring marocain doit désormais dépasser les modèles classiques fondés principalement sur la compétitivité des coûts pour se repositionner sur la valeur ajoutée, les compétences avancées, la confiance numérique et l’innovation.
Une rupture assumée avec les modèles classiques
Les participants ont souligné que le Maroc aspire à opérer une « rupture positive » avec les schémas traditionnels de l’externalisation. Il ne s’agit plus seulement d’accueillir des activités standardisées, mais d’attirer des métiers à forte valeur ajoutée, capables de renforcer le positionnement du Royaume comme plateforme numérique de référence aux niveaux régional et international. « Le Maroc ne doit plus être perçu uniquement comme une destination compétitive en termes de coûts, mais comme une plateforme de compétences, de valeur ajoutée et d’innovation » , a insisté le président de la Fédération marocaine de l’externalisation des services (FMES), Youssef Chraibi.
Intervenant lors de ce panel, le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, a rappelé que le secteur de l’offshoring constitue « un levier stratégique pour l’emploi qualifié » , au cœur des transformations du marché du travail. « Notre département s’appuie sur un système de formation flexible, capable d’identifier et d’anticiper les mutations technologiques » , a-t-il affirmé, soulignant que l’enjeu principal réside dans l’adéquation permanente entre les compétences formées et les besoins réels des entreprises.
Selon le ministre, le Maroc dispose aujourd’hui d’un atout majeur, « un véritable vivier de talents en mesure de répondre aux attentes des plus grandes entreprises mondiales » . Cette dynamique renforce la capacité du Royaume à attirer « les métiers du numérique les plus pointus ainsi que des activités de recherche et développement » , grâce à une approche centrée sur la « formation pour l’emploi » .
Capital humain et montée en compétences continue
Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’un effort soutenu en matière de formation et de montée en compétences. L’évolution rapide des technologies impose, selon eux, une adaptation constante des profils, notamment dans les domaines liés à la data, à l’intelligence artificielle appliquée et à la cybersécurité. « Un projet d’intelligence artificielle, ce n’est pas uniquement de l’IA » , a relevé un intervenant du secteur, soulignant que « l’essentiel réside dans les process, les métiers, l’implémentation et la capacité à faire fonctionner les modèles dans des contextes métiers précis » . Dans cette logique, le Maroc dispose « d’une valeur énorme à jouer » en se positionnant sur l’IA appliquée et la spécialisation sectorielle.
La question de la protection des données a été présentée comme un facteur déterminant de l’attractivité de l’offre offshoring marocaine. Le président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP), Omar Seghrouchni, a rappelé que « sans confiance, il n’y aura pas d’adoption » . « La conformité aux standards internationaux confère au Maroc une crédibilité mondiale » , a-t-il souligné, précisant que cette conformité érige le Royaume « en destination sûre pour les flux numériques transfrontaliers » . Selon lui, la protection des données ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme « une offre valorisable » pour les entreprises du secteur.
La CNDP accompagne ainsi les acteurs de l’offshoring afin de garantir « un environnement numérique sain, protégeant la privacité des données et offrant un cadre pratique transparent aux investisseurs » , a-t-il ajouté.
Des performances record et une ambition renforcée
Pour Youssef Chraibi, la nouvelle offre d’offshoring intervient dans un contexte particulièrement favorable. « Le secteur a prouvé sa résilience et ses capacités à travers des performances record » , a-t-il rappelé, notant que les exportations de services ont dépassé « 26 milliards de dirhams à fin 2024 » .
Mais l’ambition affichée va bien au-delà. « À l’horizon 2030, notre objectif est d’atteindre 40 milliards de dirhams et de créer 270.000 emplois » , a-t-il déclaré, soulignant que la nouvelle offre apporte « visibilité et clarté aux investisseurs » , grâce à un partenariat étroit entre les secteurs public et privé.
Présentant les aspects opérationnels et techniques de la nouvelle offre marocaine, le président du directoire de CDG Développement, Adil Chennouf, a expliqué que celle-ci vise à rompre avec les dispositifs antérieurs jugés complexes.
Adil Chennouf a également mis en avant le développement « d’une nouvelle génération de zones d’activités numériques » , conçues comme des écosystèmes modernes intégrant « des technologies de pointe et des services à forte valeur ajoutée » .
Des conventions pour accélérer la mise en œuvre
Organisée par le ministère délégué chargé de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, cette rencontre s’inscrit dans un esprit d’anticipation face aux mutations économiques et technologiques mondiales. Elle a été marquée par la signature de trois conventions majeures, traduisant la volonté commune d’ « accélérer la mise en œuvre opérationnelle de la nouvelle feuille de route » .
Ces conventions portent notamment sur le déploiement de la Prime à la formation, considérée comme « un investissement stratégique dans le capital humain » , ainsi que sur le développement des Tech valley offshoring. Ces pôles économiques visent à « combiner infrastructures de pointe et services à forte valeur ajoutée » , afin d’attirer des investissements nationaux et internationaux et de générer des emplois qualifiés.
À travers cette nouvelle dynamique, le Maroc confirme sa volonté de s’inscrire pleinement dans les chaînes de valeur numériques mondiales. L’offshoring apparaît ainsi comme un pilier stratégique du développement socio-économique du Royaume, à la croisée de l’emploi qualifié, de l’innovation et de la souveraineté numérique.
Source de l’article : Lebrief



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