Énergies renouvelables : le Maroc avance, le système résiste
Engagé de longue date dans la transition énergétique, le Maroc a enregistré des avancées notables dans le développement des énergies renouvelables, mais les objectifs initiaux n’ont pas été atteints dans les délais prévus. La Cour des comptes dresse un bilan nuancé, mettant en évidence les progrès réalisés, tout en alertant sur les limites persistantes en matière de gouvernance, de choix technologiques, de stockage et d’intégration effective des renouvelables dans la production électrique.
Le Maroc a fait très tôt le choix stratégique des énergies renouvelables, bien avant que la transition énergétique ne devienne un impératif mondial.
En misant sur le solaire, l’éolien et l’hydraulique, le Royaume a cherché à réduire sa dépendance énergétique, à valoriser ses ressources naturelles et à se positionner comme un acteur crédible de la décarbonation. Mais seize ans après le lancement de la stratégie énergétique nationale, la Cour des comptes dresse un constat nuancé. Les résultats sont réels, parfois spectaculaires, mais la transition reste freinée par des défaillances de gouvernance, des choix technologiques coûteux et une exécution encore incomplète.
La stratégie 2009-2030 fixait des objectifs clairs. Atteindre 42% de capacités installées renouvelables dès 2020, puis 52% à l’horizon 2030, en répartissant équitablement les efforts entre solaire, éolien et hydraulique. Les investissements consentis sont à la hauteur de l’ambition, avec près de 66 milliards de dirhams mobilisés entre 2009 et juin 2025.
Pourtant, les premières échéances n’ont pas été tenues. À fin 2020, la part des énergies renouvelables dans les capacités installées plafonnait à 37%, bien en deçà de l’objectif initial.
Des avancées réelles, mais des retards structurels
Le bilan sectoriel révèle des trajectoires contrastées. Le solaire concentre les plus grands écarts, avec seulement 38% de l’objectif initial atteint en 2020. L’éolien affiche une performance plus robuste, tandis que l’hydraulique stagne depuis plus d’une décennie.
La Cour des comptes pointe, sans ambiguïté, les causes de ces retards, notamment les changements successifs dans la conception des projets et une coordination insuffisante entre MASEN et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable.
Depuis 2021, une accélération est toutefois observable. Les capacités installées ont progressé rapidement pour atteindre plus de 5 400 MW en 2024, portant la part des énergies renouvelables à plus de 45% dans le mix de capacités.
L’éolien et l’hydraulique ont même dépassé les objectifs initialement fixés pour 2020. Mais cette dynamique masque une réalité plus préoccupante. Malgré l’augmentation des capacités, la contribution effective des renouvelables à la production électrique reste limitée, ne dépassant pas 26,7% en 2024.
Un mix encore dominé par le fossile
Ce décalage entre capacités installées et production effective constitue l’un des points d’alerte majeurs du rapport. Il s’explique par la nature intermittente des sources renouvelables, la baisse prolongée des niveaux hydriques, les retards dans les infrastructures de stockage et les incidents techniques ayant affecté certaines centrales emblématiques. En l’absence de solutions de flexibilité suffisantes, le système électrique reste dépendant des énergies fossiles, en particulier du charbon.
Pour y remédier, le plan d’équipement électrique 2025-2030 mise sur une montée en puissance des renouvelables, combinée à un renforcement des capacités de stockage et à un recours accru au gaz naturel comme énergie de transition. L’objectif est ambitieux. Atteindre plus de 12.000 MW de capacités renouvelables sur un total de 15.672 MW installés. Mais, là encore, la Cour insiste sur la nécessité d’un pilotage rigoureux pour éviter la reproduction des retards passés.
Réseaux, stockage et arbitrages technologiques
L’intégration massive des énergies renouvelables repose sur des infrastructures lourdes, encore incomplètes. Le renforcement du réseau électrique apparaît comme un préalable incontournable, en particulier pour exploiter le potentiel éolien des régions du Sud. Le projet d’autoroute électrique reliant Dakhla à Casablanca illustre ces enjeux. Jugé stratégique, il a pourtant accusé des retards significatifs avant la signature tardive de son partenariat public-privé.
Le stockage constitue un autre maillon critique. Les capacités existantes demeurent limitées, malgré les STEP d’Afourer et d’Abdelmoumen. De nouveaux projets sont engagés, notamment dans le solaire photovoltaïque et les batteries, mais leur concrétisation reste déterminante pour sécuriser l’équilibre du système électrique. La Cour souligne également la nécessité d’arbitrer plus finement les choix technologiques.
Le coût élevé du solaire thermique concentré a généré un déficit d’exploitation persistant pour MASEN, partiellement compensé par les excédents du photovoltaïque, révélant l’importance d’une approche fondée sur le coût global et la soutenabilité financière.
Hydrogène vert, ambition stratégique encore fragile
L’hydrogène vert incarne l’horizon de long terme de la transition énergétique marocaine. Le pays dispose d’atouts indéniables, ressources naturelles abondantes, infrastructures portuaires et proximité avec l’Europe. Une feuille de route a été élaborée dès 2021, mais sa mise en œuvre a longtemps souffert d’un manque de coordination.
Ce n’est qu’en 2024, à la suite des Hautes Instructions Royales, qu’une offre structurée a émergé, permettant la sélection de projets d’envergure. Malgré cette relance, la Cour des comptes met en garde contre les fragilités persistantes. L’accès aux marchés, la sécurisation de contrats à long terme et l’adaptation au cadre réglementaire européen constituent autant de défis qui conditionnent la viabilité économique de cette filière stratégique.
Gouvernance, financement et cadre réglementaire
Au-delà des projets, la Cour pointe des faiblesses transversales. Le financement reste largement dépendant des ressources concessionnelles, tandis que l’accès aux financements commerciaux à grande échelle demeure limité. Sur le plan institutionnel, les avancées législatives sont réelles, mais leur traduction opérationnelle souffre de retards dans la publication des textes d’application, freinant l’accès au réseau et la montée en puissance de l’autoproduction.
La réforme du secteur électrique, notamment la séparation effective des activités de production, de transport et de distribution, apparaît comme une condition essentielle pour améliorer la transparence et attirer l’investissement privé. À défaut, la transition énergétique risque de rester contrainte par des rigidités structurelles.
S.R. / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



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