Vers une rupture des relations entre Paris et Alger?
Escalade : Pour certains, le régime algérien n’osera jamais franchir ce pas et plonger les deux pays dans une dangereuse crise politique. Et ce pour plusieurs raisons objectives.
Les relations entre la France et l’Algérie sont-elles sur le point d’être rompues ? Cette interrogation qui paraît à première vue si incongrue et si improbable ne choque plus personne. La tension entre les deux pays est telle que le prochain plafond à casser dans cette spirale serait la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Il est vrai que si cette idée circule actuellement dans les milieux de l’analyse et du décryptage politique des relations franco-algériennes. Cette menace est plus présente côté algérien mais quasiment absente côté français. Les voix qui appellent le régime algérien à s’engouffrer dans cette voie font partie de ces faucons de la politique algérienne qui ont élaboré la politique agressive à l’égard du Maroc qui avait fini par la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.
Cette idée de rupture dans l’axe Paris-Alger est évoquée à l’occasion de la dernière escalade médiatique et politique entre les deux pays. France 2, une télévision du service publique, vient de diffuser une enquête documentaire qui dénonce par des preuves concrètes l’implication du régime algérien dans des opérations d’enlèvements, de séquestrations et de terrorisme. Et parce qu’elle est publique, le régime algérien pense que cette chaîne reflète une stratégie antagoniste de l’Etat français à son égard et envisage donc une réponse à cette posture.
Et comme la piste du rappel des ambassadeurs a déjà été usée, il ne restait pour certains commentateurs algériens que la solution de la rupture des relations diplomatiques entre les pays. Mais cette approche n’est pas si évidente dans le contexte des relations tendues entre Paris et Alger. Pour certains, le régime algérien n’osera jamais franchir ce pas et plonger les deux pays dans une dangereuse crise politique. Et ce pour plusieurs raisons objectives.
Première raison . Le régime algérien ne pourra envisager de rompre ses relations avec la France parce que son élite dirigeante, civile et militaire, détient énormément d’intérêts dans ce pays qu’une rupture pourrait geler, remettre sous la lumière dans la case des biens mal acquis. C’est un énorme frein qui pousserait le décideur algérien à réfléchir à deux fois avant de recourir à cette décision aux incalculables conséquences.
La seconde raison est d’ampleur diplomatique. Si le régime algérien décidait de rompre avec Paris et mettrait en application les modalités économiques et politiques de cette rupture, il se mettrait automatiquement à dos l’ensemble de l’architecture du pouvoir européen. Par une solidarité inscrite dans les statuts de l’Union européenne, les autres pays de l’Union seront dans l’obligation d’apporter leurs soutiens à Paris et désavouer à tous les niveaux la stratégie de rupture algérienne. La facture économique et politique sera lourde à ce niveau.
La troisième raison est à trouver dans les possibles réactions au sein de l’immense diaspora algérienne qui vit en France. Il n’est pas certain qu’une telle décision soit favorablement accueillie par cette diaspora qui verra automatiquement ses intérêts remis en cause à cause d’un bras de fer politique dans lequel elle a tout à perdre. Si la diaspora algérienne dans son ensemble se retourne contre le régime algérien, comme le scénario le plus probable le laisse entendre, Alger pourrait perdre un précieux levier d’influence.
La quatrième raison touche au statut international de l’Algérie. Si le régime algérien ose aller dans le sens de la rupture diplomatique avec un pays comme la France, il provoquerait un grand séisme diplomatique qui va souligner davantage son isolement et sa solitude. Déjà avant cette possible décision, Alger vivait une situation de boycott et de méfiance internationale.
Rajouter une crise et une rupture avec Paris pourrait précipiter le régime algérien dans un profond précipice.
Même si l’hypothèse de la rupture diplomatique entre les deux pays n’est pas la plus plausible dans le contexte actuel pour les raisons citées, il n’en demeure pas moins que la relation franco-algerienne traverse une période d’une grande gravité. Les deux pays n’ont de choix que de trouver des compromis autour de leurs divergences ou laisser les ruptures s’installer. Dans cette perspective, Paris a un intérêt stratégique à trouver une issue à cette crise tandis que de l’aveu de certains, la tension avec Paris sert les desseins d’un régime algérien en perte de vitesse et à la recherche effrénée d’une légitimité perdue depuis longtemps.
Source de l’article : Aujourd'hui le Maroc



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