« Le monde est fragmenté » : pourquoi Renault va chercher sa croissance loin de l’Europe
Fabrice Cambolive, directeur général de la marque Renault et responsable de la croissance du groupe, a détaillé ses ambitions. C’est lors d’un entretien pour Automotive News Europe que le PDG a partagé sa vision.
De nouveaux véhicules Renault qui n’arriveront pas chez nous
2026 sera l’année de l’offensive internationale avec des marchés cibles comme le Brésil, l’Inde et la Corée du Sud. Ces pays sont donc prioritaires alors que là-bas, on trouve des constructeurs chinois bien installés comme BYD. Les chiffres donnent raison à cette stratégie. En 2025, Renault a écoulé 2,336 millions de véhicules dans le monde. C’est une hausse de 3,2 % dans un marché qui n’a progressé que de 1,6 %. Mais le véritable moteur de la croissance se trouve hors du Vieux continent. En dehors de l’Europe, les ventes ont bondi de 11,7 % et représentent 38 % des volumes totaux de la marque. C’est donc 3 points de plus qu’un an auparavant. L’Amérique latine affiche une progression de 11,3 %. Pour la Corée du Sud et le Maroc, c’est respectivement 55,9 % et 44,8 %. C’est en octobre 2023 au Brésil que le Renault International Game Plan a été présenté. Il s’agit d’un plan stratégique de 3 milliards d’euros d’investissement et du lancement de huit nouveaux modèles en dehors de l’Europe d’ici 2027. Cinq véhicules ont déjà été dévoilés : le Kardian, le Grand Koleos, le Duster, le Boréal et le Filante. Trois autres modèles compléteront l’offensive, dont un pick-up pour l’Amérique latine. Le Filante, c’est la star de cette ambition. Un crossover de 4,92 mètres, le plus grand jamais produit par Renault. C’est en Corée du Sud, pays de son officialisation, qu’il sera commercialisé dès mars 2026 à environ 30 000 euros. Ce crossover est le fruit d’un partenariat avec le chinois Geely sur la plateforme CMA.
Sous le capot, on trouve une motorisation hybride de 250 chevaux et 565 Nm de couple. Trois écrans de 12,3 pouces se trouvent à bord, dont un à l’avant pour le passager. Le véhicule s’exportera vers l’Amérique latine et les pays du Golfe courant 2027 en plus de la Corée du Sud. L’Inde, c’est l’autre front majeur de cette offensive. Le 26 janvier, Renault a présenté une version adaptée du Duster pour le marché indien. Rappelons que l’Inde est le troisième marché automobile mondial avec plus de 5 millions d’unités vendues chaque année. Ce modèle sera assemblé à l’usine de Chennai dont Renault a racheté les parts détenues par Nissan en août 2025. Le groupe français a mis la main à 100 % sur ce site et produit plus de 3 millions de véhicules depuis son ouverture en 2008. Pour la commercialisation, ce sera au printemps 2026 en Inde, puis suivra l’Afrique du Sud et les pays du Golfe. Au Brésil, Renault assemble déjà le Kardian, le Boréal et le Duster dans l’usine de Curitiba. D’ici trois ans, un autre véhicule électrique produit en collaboration avec Geely verra le jour. Ce partenariat avec l’entreprise chinoise est la colonne vertébrale de l’expansion mondiale. Geely détient 34 % du capital de Renault Korea Motors et 26,4 % de Renault do Brasil. Une alliance qui permettra au constructeur français d’accéder à des plateformes modernes, de partager les coûts de développement et de profiter de l’expertise de Geely. Renault ne manque pas d’ambition avec l’objectif de doubler le chiffre d’affaires par véhicule vendu à l’international.
Renault travaillera avec des partenaires locaux dans le monde
L’entreprise mise donc sur une montée de gamme puisque cinq des huit modèles du plan international se positionnent sur des segments C, D et au-delà. C’est là que les marges sont les plus confortables. Le constructeur a aussi revu son organisation industrielle. Le seuil de rentabilité des usines se trouve désormais entre 50 000 et 80 000 véhicules par an. Pour Renault, cette flexibilité permettra d’être profitable même sur des marchés aux volumes modestes. La stratégie de localisation pousse cette logique jusqu’au bout. En Inde, 95 % des fournisseurs sont locaux. Alors Fabrice Cambolive prévient : « sans ce travail main dans la main, la compétitivité sera impossible à atteindre. » En Corée du Sud, par contre, la répartition est différente. 46 % des fournisseurs sont chinois, 17 % sont sud-coréens, 31 % sont européens. Renault s’adapte donc à chaque marché pour optimiser les coûts tout en gardant le niveau de qualité que les consommateurs attendent. Bien évidemment, l’électrification n’est pas oubliée alors que ces modèles dominaient en 2025 en Europe. Renault vise un véhicule sur trois électrifié hors d’Europe d’ici 2027. Bien évidemment, le but est de viser une transition progressive et de miser sur l’hybride. Le Filante et sa motorisation hi-tech montrent cette approche pragmatique qui s’adapte à des marchés où les infrastructures de recharge sont encore minimes.
Source de l’article : Autoplus



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